Sans doute, les lecteurs seront juges.
- Ils seront juges du fait que les citations convoquées par vous ruinent la thèse que vous défendez. Il vous aurait suffi de prendre la peine de lire quelque peu pour vous en rendre compte... ou bien de faire montre du minimum d'honnêteté intellectuelle requis pour ce faire. Mais de cela vous semblez manifestement incapable.
- Ils seront juges également des contre-vérités historiques que vous véhiculez, notamment au sujet du déroulement du Concile Vatican I. Vous avez affirmé entre autres bêtises que les Pères du Concile étaient en désaccord sur le magistère ordinaire et universel et en accord sur l'infaillibilité pontificale, alors que c'est le contraire qui est avéré.
- Ils seront juges encore du fait que vous n'avez rien à répondre à cela :
Sans doute, et je n'ai jamais affirmé le contraire, la parole d'un représentant de la Députation de la Foi n'est pas en elle-même infaillible. Mais cette parole est :
- en droit représentative des Pères du Concile,
- et en fait représentative d'un accord auquel sont très facilement arrivés ces mêmes Pères du Concile.
Or c'est bien la doctrine sur laquelle les Pères du Concile se sont si facilement accordés, et dont les interventions de la Députation de la Foi sont représentative, qui a été infailliblement promulguée par ces mêmes Pères du Concile avec le pape Pie IX.
Conclusion : c'est le même objet qui est failliblement proposé par la Députation de la Foi et infailliblement proposé par le Concile Vatican I. Par conséquent refuser comme vous le faites l'objet failliblement proposé par la Députation de la Foi, c'est refuser l'objet infailliblement proposé par le Concile Vatican I.
- Ils seront juges de votre profonde méconnaissance de l'autorité du magistère, des pères, docteurs et théologiens.
"Une Âme" vous interpelle fort justement à ce sujet :
"Le fameux "Roma locuta est" ne s'applique pas qu'à des jugements infaillibles ex cathedra.
L'Eglise ne parle pas que par la seule voix du pape se revêtant des 4 caractères de l'infaillibilité du jugement solennel.
Et tout ce qui n'est pas infailliblement défini n'est pas pour autant à rejeter comme facultatif."
C'est exact.
« Il en est qui, soit ignorance, soit plutôt malice, prétendent que le magistère de l’Église n’est infaillible que lorsqu’il définit les dogmes révélés par Dieu ; ils disent que l’Église s’acquitte de ce magistère uniquement lorsque, par un jugement solennel, elle définit un point de foi ou de morale, soit au sein des Conciles, soit dans les décrets pontificaux. Ces affirmations sont toutes deux contraires à la vérité.
« D’abord le magistère de l’Église est double : l’un extraordinaire, l’autre ordinaire.
« Le premier est uniquement celui qui s’exerce par un jugement solennel, quand certains doutes ont surgi par rapport à l’intelligence des dogmes, ou bien encore à raison de quelque erreur pernicieuse menaçant la pureté de la croyance ou des mœurs.
« Mais le magistère ordinaire est celui qui s’exerce, sous la vigilance du Pape, par les pasteurs sacrés répandus dans le monde entier, soit par la parole écrite ou parlée dans les prédications et dans les catéchismes, soit par l’exercice du culte et des rites sacrés, soit par l’administration des sacrements et toutes les autres pratiques et manifestations de l’Église.
« Ces deux genres de magistères sont affirmés en termes exprès par le Concile du Vatican [Vatican I] : « On est tenu de croire, de foi divine et catholique, tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par un enseignement ordinaire et universel, propose à notre croyance comme révélé de Dieu. »
« Prétendre que le fidèle n’est obligé de croire que ces vérités qui ont été l’objet d’une définition solennelle de l’Église, ce serait aboutir à dire qu’avant le Concile de Nicée il n’y avait pas d’obligation de croire à la divinité du Verbe ; ni à la présence réelle de Jésus-Christ en la sainte Eucharistie, avant la condamnation de Béranger.
« En second lieu, l’infaillibilité du magistère extraordinaire et du magistère ordinaire ne s’étend pas uniquement aux dogmes que Dieu a révélés, mais encore aux conséquences qui y sont renfermées, et généralement à tout ce qui est connexe avec eux, à tout ce qui est indispensable pour les conserver intacts et les protéger contre les attaques et les pièges de l’erreur. Sans cela, Dieu n’aurait pas pris des mesures suffisantes pour que les pasteurs sacrés fussent à même de préserver les fidèles contre les sources empoisonnées, il ne les aurait pas pourvus des moyens nécessaires pour garantir efficacement le dépôt de la foi qui leur est confié. »
R.P. M. Liberatore, S.J., Le Droit public de l’Église, éd. Retaux-Bray, Paris, 1888, p. 113 et ss.
[Rappelons que le Père Liberatore, éminent collaborateur de
La Civiltà cattolica, fut l’un des précurseurs du renouveau thomiste au XIXème siècle. Consulté par Léon XIII en plusieurs occasions, notamment dans l’élaboration de l’encyclique
Rerum novarum, dont il rédigea le premier jet.]
- Ils seront juges enfin des graves contradictions internes de votre argumentaire. Vous opposez aux références autorisées que je cite, et qui ruinent la thèse par vous défendue, que la religion doit être accessible aux gens simples, à savoir ceux qui n'ont pas accès ordinairement à de telles références.
Pour une fois, ce que vous dites possède une certaine exactitude : il est bien vrai que le commun des fidèles ne doit pas avoir ordinairement à recourir aux théologiens, aux délibérations et à l'histoire des conciles etc. Et c'est justement pourquoi il existe dans l'Eglise un magistère ordinaire et universel qui, avec le pape (lorsque pape il y a) s'exerce chaque jour, est règle prochaine et directive de la foi, et peut, chaque fois qu'il s'exerce, attester infailliblement que telle ou telle proposition est conforme ou contraire au Donné Révélé.
Or c'est précisément ce que vous refusez ! Qui donc prêche une religion ésotérique sinon vous-même ou plutôt les plumitifs que vous suivez aveuglément comme s'ils étaient un magistère de remplacement ?
Ceci étant dit, peut-être que le commun des fidèles, ceux qui à bon droit se contentent du magistère ordinaire et universel, ont justement le droit et le profit de voir démontés les contre-vérités et les mensonges des démolisseurs en règle du magistère ordinaire et universel.