Ce que cela prouve...
1. C'est que vous ne reconnaissez aucune autorité à l'unanimité morale des théologiens et récusez les Pères du Concile Vatican I comme interprêtes autorisés de ce qu'ils ont effectivement promulgué (ce qui est absurde, d'un simple point de vue de critique interne de base).
Comment se fait-il alors que le Saint-Office considère comme suit l'accord moralement unanime des théologiens ?
a) Soit "tenu comme révélé par un accord quasi unanime";
- Note : "proche de la foi" ;
- Assentiment requis : "assentiment théologique en vertu de la lumière de la foi" ;
- Censure (d'une proposition contraire) : "proche de l'erreur" ;
- Péché (commis par celui qui est pertinace dans l'adhésion à une proposition contraire) : "mortel,indirect contre la foi".
b) Soit "commun à toutes les écoles" ;
- Note : "commun et certain" ;
- Assentiment requis "assentiment théologique" ;
- Censure : "téméraire" ;
- Péché : "possiblement mortel de témérité".
[Source : Cartechini, De Valore Notarum Theologicarum, Rome, Université Pontificale Grégorienne, 1951, pp. 134-135.]
Comment se fait-il également, dans l'extrait par vous cité de
Tuas libenter que le pape Pie IX invoque l'accord unanime et constant des théologiens est preuve suffisante de l'infaillibilité des évêques dispersés avec le pape ?
Récuseriez-vous également l'enseignement de Pie IX ?
Ignorez-vous également que l'accord des théologiens est presque systématiquement invoqué par le magistère comme moyen de preuve suffisant de la vérité d'une proposition que l'on s'apprête à définir ?
2. Cela prouve par conséquent que le dissentiment qui est vôtre, vis-à-vis des Pères du Concile Vatican I et vis-à-vis de l'accord moralement unanime des théologiens est un désaccord vis-à-vis de la doctrine effectivement promulguée par le Concile Vatican I relativement à l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel.
Or il s'agit là d'une vérité de foi divine et catholique...
Quant à vos commentaires sur les motivations providentielles de la prorogation du Concile Vatican I, c'est vraiment du grand n'importe quoi !
3. Cela prouve également que vous vous inscrivez non pas dans la lignée des théologiens et historiens qui défendaient la papauté au moment du Concile Vatican I, mais tout au contraire du côté des historiens gallicans.
Avez-vous jamais ouvert
De la Monarchie pontificale par Dom Guéranger ? Si tel n'était pas le cas vous auriez grand tort, et si tel était le cas je vous inviterais alors à le relire.
Cela vous éviterait notamment de rabâcher les vieilles lunes gallicanes dépourvues de fondement notamment pour ce qui regarde le pape Libère.
Je reprends ci-après les notes de mon excellent ami Semur, historien distingué, et déjà publiées sur ce même forum il y a de cela deux ans.
Deux remarques préalables:
-il me paraît pour le moins très dangereux de s'appuyer sur cet exemple pour soutenir qu'un pape peut errer gravement dans une question de foi.
-une fois de plus, il est tout à fait significatif de constater que les plus acharnés à soutenir la culpabilité du pape Libère se trouvent dans le même camp que les ennemis de l'Eglise, parmi lesquels les protestants.
Pour rentrer dans le vif du sujet:
-en 352, les ariens exercent de fortes pressions pour que soit excommunié Athanase. Libère refusa de le condamner et demanda la tenue d'un concile à Aquilée. Finalement, il se tint à Arles mais fut verrouillé par les évêques ariens et l'empereur Constance. Athanase fut condamné malgré les protestations énergiques des légats pontificaux.
Libère envoya une lettre à Constance dans laquelle il confirmait l'innocence d'Athanase et la condamnation de l'arianisme.
-en 355, au concile de Milan, Constance fit condamner Athanase en menaçant les évêques.
-en 356, Libère, enlevé sur ordre de Constance, refusa une nouvelle fois de signer l'excommunication d'Athanase. Pour cette raison, il fut exilé en Thrace.
Que s'est-il passé durant son exil? Nous n'en savons rien, car les textes sont bien discordants...
Cependant:
- Rufin, un auteur du IVe siècle, originaire d'Aquilée, n'est pas du tout certain des motifs du retour du pape Libère en 358: il hésite entre la pression du peuple romain qui regrettait le pape ou la signature éventuelle du pape Libère
- on ne possède aucun témoignage d'arien concernant la signature de Libère, ni même de catholiques au sujet de son éventuelle rétractation.
-en admettant même que le pape ait souscrit la troisième formule de Sirmium (qui n'employait pas le mot consubstantiel), on remarque que saint Hilaire loue Basile d'Ancyre de l'avoir signé et saint Athanase lui-même employa cette formule pour ramener à la foi des semi-ariens. Faut-il traiter Libère moins bien qu'Athanase et Libère?
-les évêques orientaux tels saint Basile, Epiphane ou Syriaque, considèrent que Libère a toujours conservé la pureté de la foi
-bizarrement, à son retour de Rome, Libère est accueilli triomphalement par les Romains, ce qui ne serait pas très cohérent quand on connaît le mépris dont ils entouraient l'antipape Félix II, pourtant nicéen lui aussi!
-il est honoré dans les anciens martyrologes latins, grecs et coptes.
- Bossuet dans la dernière révision de sa Défense de la déclaration gallicane, enlève tout ce qui se réfère au pape Libère, par manque de preuves.
Reprenons donc les différentes et grossières erreurs que vous reprenez malheureusement à votre compte, et tordons-leur le cou...
Vous dites :
"Tous les évêques étaient gagnés à l'arianisme à l'exception du seul saint Athanase"
C'est inexact. C'est faire bien peu de cas notamment de saint Hilaire, docteur de l'Eglise, d'Eusèbe de Verceil, de Denis de Milan, de Lucifer de Caligari, d'Osius de Courdoue et du pape Libère lui-même.
Vous dites :
"le pape Libère lui même, bien loin de réprimer l'arianisme, persécutait le seul Saint Athanase allant jusqu'à l'excommunier."
C'est encore inexact.
- Tout d'abord concernant la troisième formule de Sirmium, on n'est absolument pas certain que Libère l'ait effectivement signée.
- Ensuite, ladite formule ne peut être considérée comme arienne ou favorable à l'arianisme puisqu'il est en revanche établi d'une part que saint Athanase lui-même en fit usage contre l'arianisme et que d'autre part saint Hilaire loua Basile d'Ancyre de l'avoir signée. Combattre l'arianisme au moyen d'une formule favorable à l'arianisme, voilà qui est pour le moins difficile à admettre chez saint Athanase. De surcroît accuser le pape Libère de l'avoir signée implique nécessairement condamnation morale de saint Athanase et de saint Hilaire. Pourquoi tant de partialité derrière chez les ennemis de Libère qui se revendiquent faussement d'Athanase ?
- On voit également qu'avant son exil forcé, le pape Libère a toujours refusé de condamner Athanase et donné tort aux ariens : refus de s'associer aux conciles provinciaux d'Arles et de Milan qui condamnèrent saint Athanase, condamnation de l'arianisme.
- Pour ce qui regarde la période d'exil, il en va de même pour la prétendue condamnation d'Athanase que pour la signature de la troisième formule de Sirmium : il n'y a rien de sûr.
- Ensuite, même si Libère avait effectivement signé la condamnation de saint Athanase lors de son exil forcé, cette signature n'aurait aucune valeur et l'on ne pourrait pas parler de condamnation d'Athanase par Libère dans la mesure où le pape n'était pas libre de ses actes et où sa signature a été extorquée. On ne considère pas autrement la signature apportée par le pape Pie VII au prétendu concordat de Fontainebleau (25 janvier 1813), signature arrachée par Napoléon dont le pape était le prisonnier (cf. le Bref de Pie VII du 24 mars 1813 qui déclare nulle ladite signature).
Le gallican Bossuet a fini par détruire l'argumentaire gallican contre Libère accusé d'avoir condamné Athanase en faisant valoir un principe fondamental du droit : "Tout acte qui est extorqué par la force ouverte est nul de tout droit et réclame contre lui-même".
Il est donc impossible, tant du point de vue des sources que de la situation qui était faite au pape Libère d'affirmer que ce dernier a excommunié saint Athanase.
Vous concluez :
"Est-ce que les théories d'Arius étaient donc couvertes par le Magistère Ordinaire et universel ? Personne n'a jamais soutenu cela, car tout le monde savait qu'il manquait à l'ensemble des évêques unis au pape Libère d'être aussi en accord avec leurs prédécesseurs et avec les définitions infaillibles du concile de Nicée."
Réponses :
a) Les thèses d'Arius n'étaient bien évidemment pas couvertes par le magistère ordinaire et universel, à savoir le pape et les évêques de ce temps, puisque d'une part sans le pape il n'y a pas de magistère ordinaire et universel - or Libère ne professait pas l'arianisme, bien au contraire - et puisque d'autre part il y avait encore une sanior pars des évêques qui condamnaient l'arianisme... avec le pape Libère !
Une proposition enseignée par le pape avec les évêques, mais qui serait rejetée par une part plus ou moins importante de l’épiscopat relève bien du magistère ordinaire et universel ou du jugement solennel de l’Eglise (selon les cas).
Pourquoi ? Parce que cette universalité ne se jauge pas à l’aune d’une unanimité numérique mais d’une unanimité morale. Et cette unanimité morale elle-même est représentée par la sanior pars de l’épiscopat : précisément ceux qui enseignent avec le pape.
« Il est de foi que l’Église enseignante est infaillible. Or que désigne ce nom d’Église enseignante ? Tous conviennent que l’Église enseignante c’est le Pontife romain avec les évêques, sinon avec tous, du moins avec la partie la plus saine. Or la partie la plus saine des évêques, dit Noël Alexandre, non suspect, est toujours censée être celle qui adhère au pape. »
Mgr d’Avanzo, au nom de la Députation de la foi (Concile Vatican I), (Mansi 52, 765 C).
Le sujet du magistère de l’Église, ce sont le pape et les évêques. Mais puisque ce magistère exercé par les successeurs des Apôtres ne fait vraiment autorité que s’il est confirmé par le pape, il ne s’agit que des évêques qui adhèrent à l’enseignement du pape, ou bien des évêques dont l’enseignement est confirmé par le pape. De telle sorte que si une portion de l’épiscopat - plus ou moins grande, là n’est pas la question - ne s’associait pas à l’enseignement du pape et des autres évêques, il s’agirait encore, bien entendu, en la personne du pape et des quelques évêques qui lui seraient unis, du magistère ordinaire et universel.
Saint Hilaire, saint Athanase, Eusèbe de Verceil, Denis de Milan, Lucifer de Caligari, d'Osius de Courdoue, et d'autres évêques associés au pape Libère formaient bel et bien le magistère ordinaire et universel portant infailliblement condamnation de l'arianisme.
b) Cette condamnation de l'arianisme par le magistère ordinaire et universel de ce temps, à savoir le pape Libère et la sanior pars de l'épiscopat, avait autorité par elle-même.
Pourquoi ?
Parce qu'un acte du magistère ordinaire et universel à un moment donné peut faire en lui-même autorité et être infaillible : c'est ce qu'enseigne notamment le pape Pie XII dans la Constitution apostolique
Munificentissimus Deus (1er novembre 1950) portant définition dogmatique de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie.
Au fil de la Constitution en question, Pie XII explique quelle a été sa démarche préalable.
Le 1er mai 1946, Pie XII adressa à tous les évêques la Lettre
Deiparae Virginis Mariae, dans laquelle le Pape leur demandait :
« Pensez-vous, vénérables frères, dans votre grande sagesse et prudence, que l’Assomption corporelle de la bienheureuse Vierge puisse être proposée et définie comme dogme de la foi, et le souhaitez-vous, en union avec votre clergé et vos fidèles ? »
Et Pie XII – dans la Constitution
Munificentissimus Deus, de rappeler que :
« Ceux que l’Esprit Saint a établis évêques pour gouverner l’Église de Dieu donnèrent à l’une et à l’autre question une réponse presque unanimement affirmative. »
Et Pie XII de revendiquer qu’il s’agit là de « l’accord universel du magistère de l’Eglise »
- Lettre
Deipare Virginis Mariae
- Réponse « presque unanimement affirmative » des évêques
… soit un acte qui a pour sujet :
- le pape
- et l’unanimité morale des évêques.
En effet :
« Cet accord remarquable des évêques et des fidèles catholiques, qui estiment que l’Assomption corporelle au ciel de la Mère de Dieu peut être définie comme un dogme de foi, comme il Nous offre l’accord de l’enseignement du magistère ordinaire de l’Église et de la foi concordante du peuple chrétien – que le même magistère soutient et dirige – manifeste donc par lui-même, et d’une façon tout à fait certaine et exempte de toute erreur, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin, confié par le Christ à son Épouse, pour qu’elle le garde fidèlement et le fasse connaître d’une façon infaillible. »
Il s’agit donc du pape et de l’unanimité morale des évêques à un moment donné : mai 1946. Le pape recourant aux évêques, ces derniers répondant affirmativement, et Pie XII s’associant à leur réponse : voilà, de par le propre témoignage de Pie XII, un acte du magistère ordinaire et universel proposant infailliblement l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie comme vérité révélée, et ce, en mai 1946.
c) L'accord avec les enseignements antécédents du magistère n'est pas et ne peut pas être, de par la nature des choses, une
condition de l'infaillibilité du magistère du pape et des évêques ; c'en est tout au contraire la
conséquence.
Utile distinction préalable :
Inerrance : c’est la simple absence d’erreur…
Ex : ce texte - cet OBJET - ne contient aucune erreur.
Infaillibilité : garantie, de droit, qu’il ne peut pas y avoir d’erreur…
Ex : le pape et les évêques - ce SUJET- ne peu[ven]t pas proposer l’erreur en guise de vérité.
Selon la thèse dont vous vous faites le porte-voix la conformité avec les enseignements antécédents est condition de l'infaillibilité du magistère présent, sachant que les enseignements antécédents attestent de la Vérité (c'est le postulat nécessaire).
C'est-à-dire que le magistère présent serait dans le vrai à partir du moment où il redirait la même chose qu'hier et avant hier à savoir la vérité attestée.
Du point de vue de l'inerrance, cela est rigoureusement exact. Mais du point de vue de l'infaillibilité, cela est absolument faux.
Pourquoi ? Parce que si l'infaillibilité du MOU était conditionnée par la conformation à la vérité précédemment attestée, cela signifierait que le MOU serait ni plus ni moins "infaillible" que Monsieur d'André !
En effet, il arrive à Monsieur d'André (mais rarement dans ce fil) d'être dans le vrai en se conformant aux vérités antécédemment attestées. Plus fort encore, lorsque Monsieur d'André se conforme aux vérités antécédemment attestées, il est nécessairement dans le vrai.
Doit-on en conclure que Monsieur d'André est infaillible ?
Monsieur d'André est "infaillible" aux mêmes conditions par lui assignées au magistère ordinaire et universel pour être infaillible.
Et pourtant Monsieur d'André n'est pas infaillible. Il est
de fait dans l'inerrance, mais il n'y est pas
de droit.
Si la thèse suivie par Monsieur d'André relativement à l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel était exacte, il faudrait dire que, ni plus ni moins que Monsieur d'André baptisé et confirmé lambda, ledit magistère ordinaire et universel est de fait dans l'inerrance quand il est l'écho de la vérité, mais qu'il n'est pas de droit dans l'inerrance en raison de l'assistance divine.
Or c'est bien tout au contraire cela l'infaillibilité : être de droit dans la vérité en raison de l'assistance divine...
et par conséquent (mais non par condition) d'être en conformité avec les enseignements antécédents du magistère.
Par conséquent affirmer que le magistère ordinaire et universel est infaillible à condition d'être dans le vrai, c'est consignifier que le magistère ordinaire et universel, tout comme Monsieur d'André, n'est pas infaillible.
Or cette conclusion est contraire à l'enseignement de foi divine et catholique du Concile Vatican I.
Où l'on voit une fois encore que Monsieur d'André n'adhère pas vraiment sur ce point à l'enseignement de l'Eglise. Et c'est grand dommage !
N.M.