Monsieur,
1. Vous récusez par un vain et désastreux sophisme les règles élémentaires de la critique
Ce que j'ai effectivement reconnu, c'est que les interventions de la Députation de la Foi ne relevent pas en tant que telles de l'exercice du magistère, et encore moins du magistère infaillible.
Pour autant, le B-A-BA de la critique impose de reconnaître, du moins à toute personne de bonne foi, que l'interprète le plus autorisé d'un texte n'est autre que l'auteur même de ce texte. Or les auteurs mêmes de ce texte nous affirment que le magistère ordinaire et universel est celui qui s'exerce chaque jour par les évêques et le pape, et qu'il est infaillible chaque fois qu'il atteste qu'une proposition est fondée sur la Révélation.
Quant à vous, vous affranchissez de ces règles élémentaires de la critique. Et au nom de quoi ? Au nom d'un énième sophisme de votre part. Selon vous, puisque le magistère est divinement assisté, l'auteur de la Constitution Dei Filius n'est pas le concile, à savoir le pape et les évêques, mais Dieu lui-même. Par conséquent, les Pères du Concile ne seraient EN RIEN auteurs de ladite Constitution et ne pourraient donc EN RIEN être regardés comme les interprètes les plus autorisés de leur propre travail.
Votre thèse est un pur et simple sophisme parce qu'il est impossible d'avancer que les auteurs de la Constitution ne sont en aucune façon les Pères du Concile Vatican I. En effet, le magistère n'est pas exercé directement par le Christ. Il est exercé par la hiérarchie enseignante, par le pape et les évêques qui la composent, qui ne sont pas même cause instrumentale (comme dans l'ordre sacramentel) mais tout simplement cause seconde. Cause seconde divinement assistée sans aucun doute, mais cause seconde néanmoins. Et pour cette cause seconde vaut l'adage : Dieu meut librement les causes libres. Par conséquent un acte magistère infaillible comme la Constitution infaillible est à la fois le fait du Christ qui assiste son Eglise, et des membres de la hiérarchie de cette Eglise, véritables auteurs de ladite Constitution.
En tant que les Pères du Concile sont cause seconde, ils sont auteurs de leur Constitution dogmatique et pour eux également, comme n'importe quel auteur, les règles élémentaires de la critique s'appliquent.
Et il en est ainsi parce que l'Eglise est à la fois divine et humaine. Votre sophisme ruine la dimension proprement humaine de l'Eglise. C'est en cela qu'il est non seulement vain mais désastreux.
2. De surcroît, vous niez l'accord des théologiens en soi décisif.
Non seulement les règles élémentaires de la critique nous obligent à embrasser les interprétations de la Députation de la Foi, mais encore l'accord unanime des théologiens, ainsi qu'il a été démontré
ici,
là et
encore là !
Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire (une mémoire bien courte !)
L'accord unanime des théologiens est regardé par le Saint-Office comme suit :
a) Soit "tenu comme révélé par un accord quasi unanime";
- Note : "proche de la foi" ;
- Assentiment requis : "assentiment théologique en vertu de la lumière de la foi" ;
- Censure (d'une proposition contraire) : "proche de l'erreur" ;
- Péché (commis par celui qui est pertinace dans l'adhésion à une proposition contraire) : "mortel,indirect contre la foi".
b) Soit "commun à toutes les écoles" ;
- Note : "commun et certain" ;
- Assentiment requis "assentiment théologique" ;
- Censure : "téméraire" ;
- Péché : "possiblement mortel de témérité".
[Source : Cartechini, De Valore Notarum Theologicarum, Rome, Université Pontificale Grégorienne, 1951, pp. 134-135.]
Or il y a accord des théologiens relativement à l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel comme étant le magistère ordinaire du pape et des évêques à un moment donné, de telle sorte que chaque fois que ce magistère atteste qu'une proposition est fondée sur la Révélation, il en est infailliblement ainsi.
Et cet accord des théologiens de la période 1870-1962 est lui-même en concordance avec l'Aquinate du XIII° siècle et deux phares de la période post-tridentine éminemment représentatifs de leur école respective (Melchior Cano le Dominicain, et Suarez le Jésuite).
Et cet accord vous donne tort. Doit-on en conclure, pour reprendre les notes théologiques en vigueur au Saint-Office (cf. Cartechini) que votre tendance est au péché contre la foi, ou bien au péché de témérité ?
3. Et qui plus est, vous vous opposez au magistère lui-même !
Au prétexte que le magistère ne se serait pas prononcé sur le sujet, vous avancez benoîtement que vous n'êtes pas tenu de croire que le magistère ordinaire et universel soit le magistère ordinaire du pape et des évêques à un moment donné, de telle sorte que chaque fois que ce magistère atteste qu'une proposition est fondée sur la Révélation, il en est infailliblement ainsi.
Or il n'en est rien, ainsi qu'il a été montré
ici.
Mais là encore, il faut vous rafraîchir la mémoire...
Un acte du magistère ordinaire et universel à un moment donné peut faire en lui-même autorité et être infaillible : c'est ce qu'enseigne notamment le pape Pie XII dans la Constitution apostolique
Munificentissimus Deus (1er novembre 1950) portant définition dogmatique de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie.
Au fil de la Constitution en question, Pie XII explique quelle a été sa démarche préalable.
Le 1er mai 1946, Pie XII adressa à tous les évêques la Lettre
Deiparae Virginis Mariae, dans laquelle le Pape leur demandait :
« Pensez-vous, vénérables frères, dans votre grande sagesse et prudence, que l’Assomption corporelle de la bienheureuse Vierge puisse être proposée et définie comme dogme de la foi, et le souhaitez-vous, en union avec votre clergé et vos fidèles ? »
Et Pie XII – dans la Constitution
Munificentissimus Deus, de rappeler que :
« Ceux que l’Esprit Saint a établis évêques pour gouverner l’Église de Dieu donnèrent à l’une et à l’autre question une réponse presque unanimement affirmative. »
Et Pie XII de revendiquer qu’il s’agit là de « l’accord universel du magistère de l’Eglise »
- Lettre
Deipare Virginis Mariae
- Réponse « presque unanimement affirmative » des évêques
… soit un acte qui a pour sujet :
- le pape
- et l’unanimité morale des évêques.
En effet :
« Cet accord remarquable des évêques et des fidèles catholiques, qui estiment que l’Assomption corporelle au ciel de la Mère de Dieu peut être définie comme un dogme de foi, comme il Nous offre l’accord de l’enseignement du magistère ordinaire de l’Église et de la foi concordante du peuple chrétien – que le même magistère soutient et dirige – manifeste donc par lui-même, et d’une façon tout à fait certaine et exempte de toute erreur, que ce privilège est une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin, confié par le Christ à son Épouse, pour qu’elle le garde fidèlement et le fasse connaître d’une façon infaillible. »
Il s’agit donc du pape et de l’unanimité morale des évêques à un moment donné : mai 1946. Le pape recourant aux évêques, ces derniers répondant affirmativement, et Pie XII s’associant à leur réponse : voilà, de par le propre témoignage de Pie XII, un acte du magistère ordinaire et universel proposant infailliblement l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie comme vérité révélée, et ce, en mai 1946.
4. La thèse que vous défendez s'oppose donc à la fois à l'interprétation même des promulgateurs de
Dei Filius, à l'accord moralement unanime des théologiens et au magistère en la personne de Pie XII. Elle est de surcroît absurde.
Cela a également déjà été exposé :
clic !
Mais n'hésitons pas à nous répéter...
L'accord avec les enseignements antécédents du magistère n'est pas et ne peut pas être, de par la nature des choses, une condition de l'infaillibilité du magistère du pape et des évêques ; c'en est tout au contraire la conséquence.
Utile distinction préalable :
Inerrance : c’est la simple absence d’erreur…
Ex : ce texte - cet OBJET - ne contient aucune erreur.
Infaillibilité : garantie, de droit, qu’il ne peut pas y avoir d’erreur…
Ex : le pape et les évêques - ce SUJET- ne peu[ven]t pas proposer l’erreur en guise de vérité.
Selon la thèse dont vous vous faites le porte-voix la conformité avec les enseignements antécédents est condition de l'infaillibilité du magistère présent, sachant que les enseignements antécédents attestent de la Vérité (c'est le postulat nécessaire).
C'est-à-dire que le magistère présent serait dans le vrai à partir du moment où il redirait la même chose qu'hier et avant hier à savoir la vérité attestée.
Du point de vue de l'inerrance, cela est rigoureusement exact. Mais du point de vue de l'infaillibilité, cela est absolument faux.
Pourquoi ? Parce que si l'infaillibilité du MOU était conditionnée par la conformation à la vérité précédemment attestée, cela signifierait que le MOU serait ni plus ni moins "infaillible" que Monsieur d'André !
En effet, il arrive à Monsieur d'André (mais rarement dans ce fil) d'être dans le vrai en se conformant aux vérités antécédemment attestées. Plus fort encore, lorsque Monsieur d'André se conforme aux vérités antécédemment attestées, il est nécessairement dans le vrai.
Doit-on en conclure que Monsieur d'André est infaillible ?
Monsieur d'André est "infaillible" aux mêmes conditions par lui assignées au magistère ordinaire et universel pour être infaillible.
Et pourtant Monsieur d'André n'est pas infaillible. Il est de fait dans l'inerrance, mais il n'y est pas de droit.
Si la thèse suivie par Monsieur d'André relativement à l'infaillibilité du magistère ordinaire et universel était exacte, il faudrait dire que, ni plus ni moins que Monsieur d'André baptisé et confirmé lambda, ledit magistère ordinaire et universel est de fait dans l'inerrance quand il est l'écho de la vérité, mais qu'il n'est pas de droit dans l'inerrance en raison de l'assistance divine.
Or c'est bien tout au contraire cela l'infaillibilité : être de droit dans la vérité en raison de l'assistance divine... et par conséquent (mais non par condition) d'être en conformité avec les enseignements antécédents du magistère.
Par conséquent affirmer que le magistère ordinaire et universel est infaillible à condition d'être dans le vrai, c'est consignifier que le magistère ordinaire et universel, tout comme Monsieur d'André, n'est pas infaillible.
Or cette conclusion est contraire à l'enseignement de foi divine et catholique du Concile Vatican I.
Où l'on voit une fois encore que Monsieur d'André n'adhère pas vraiment sur ce point à l'enseignement de l'Eglise. Et c'est grand dommage !
5. En conclusion de votre dernier message en date, vous formulez deux propositions qui sont là encore irrecevables. Votre interprétation de
Dei Filius contraire aux explications des Pères du Concile Vatican I, à l'accord moralement unanime des théologiens, au magistère en la personne de Pie XII et au simple bon sens serait néanmoins vrai pour les raisons que voilà :
- La première raison, c'est que ni les Pères du Concile Vatican I, ni les théologiens, ni Pie XII n'auraient prévu Vatican II qui auraient rendu leur lecture autorisé de Vatican I ni plus ni moins caduque. Autrement dit, le magistère et le Donné Révélé qu'il atteste subissent une évolution substantielle au gré des événements ! Seriez-vous devenu moderniste ?
- La deuxième raison est la suivante : reconnaître que la proposition centrale de
Dignitatis humanae relative à la liberté religieuse (proposition contraire à la foi catholique) relève par soi au moins du magistère ordinaire et universel infaillible oblige à reconnaître que Paul VI ne pouvait pas être l'autorité suprême. Or cette conclusion, par une espèce de rage atavique, il vous faut la refuser par tous les moyens, y compris et surtout le rejet de la doctrine catholique relativement au magistère ordinaire et universel.
Or loin d'être contraire aux promesses faites à l'Eglise, l'absence de pape est chose régulière dans l'Eglise (à la mort de chaque pontife). Bien plus, l'absence prolongée de pape n'est pas chose inédite dans l'histoire de l'Eglise.
Mais vous, vous préférez refuser l'infaillibilité du MOU et postuler un vrai pape qui enseignerait l'erreur et l'hérésie à tous vents et qui induirait presque tous les catholiques en erreur. Si tel était le cas. Si tel était effectivement le travail d'un vrai pape, alors assurément les Portes de l'Enfer aurait définitivement prévalu contre l'Eglise. Où l'on voit que c'est bien plutôt la thèse par vous embrassée qui ruine l'infaillibilité et la sainteté de l'Eglise.
"Remarquons que cette succession formelle ininterrompue doit s'entendre moralement et telle que le comporte la nature des choses : succession de personnes, mode électif, comme l'a voulue le Christ et l'a comprise toute l'antiquité chrétienne. Cette perpétuité n'exige donc pas qu'entre la mort du prédécesseur et l'élection du successeur il n'y ait aucun intervalle, ni même que dans toute la série des pasteurs aucun ne puisse avoir été trouvé douteux ; mais "on entend par là une succession de pasteurs légitimes telle que jamais le siège pastoral, même vacant, même occupé par un titulaire douteux, ne puisse réellement être réputé tombé en déshérence ; c'est-à-dire encore que le gouvernement des prédécesseurs persévère virtuellement dans le droit du siège toujours en vigueur et toujours reconnu, et que toujours aussi ait persévéré le souci d'élire un successeur." (Ch. Antoine, "De Ecclesia")."
R.P. Goupil s.j., L'Eglise, 5ème édition, 1946, Laval, pp. 48-49.
"Le grand schisme d’Occident me suggère une réflexion que je m’autorise à exprimer ici. Si ce schisme n’avait pas eu lieu, l’hypothèse d’un tel évènement paraîtrait chimérique à beaucoup. Ils diraient que cela ne pouvait pas être ; Dieu ne permettrait pas que l’Église se trouve dans une si triste situation. Les hérésies pourraient surgir et durer péniblement, par la faute et pour la perdition de leurs auteurs et complices, à la très grande détresse aussi des fidèles à laquelle pourrait s’ajouter la persécution là où les hérétiques l’emporteraient. Mais que les catholiques soient divisés sur l’identité du pontife – que la vraie Église reste entre trente et quarante ans sans chef bien connu et connaissable …ceci ne pourrait arriver.
"Et pourtant c’est arrivé. Et nous n’avons pas de garantie que cela ne se renouvellera pas, bien que nous puissions espérer le contraire.
"Mon inférence est celle-ci : nous ne devrions pas être trop prompts à prononcer sur la question de ce que Dieu pourrait permettre. Nous savons avec une certitude absolue qu’Il tiendra ses promesses… Il soutiendra son Église et lui permettra de triompher de tout ennemi et de toute difficulté. Il donnera à chacun des fidèles les grâces qu’il lui faut pour faire son salut, comme Il l’a fait durant ce schisme et durant toutes les souffrances et épreuves que l’Église a traversées dès le début. Nous pouvons même avoir la confiance qu’Il fera bien plus qu’Il n’a promis… Mais il pourrait arriver à nous et de futures générations de chrétiens de voir des malheurs pires encore que nous avons vus jusqu’ici, et cela même avant l’approche imminente du jour du jugement. Je ne me réclame pas de prophète, mais je voudrais signaler qu’il ne faut pas considérer comme pratiquement impossibles des éventualités dans l’ordre ecclésiastique seulement à titre qu’elles seraient terribles et lamentables au plus haut point."
R.P. Edmund O’Reilly, S.J. (professeur à l'Université catholique de Dublin), The Relations of the Church to Society, 1882 (pp. 287-288).