Le problème, c'est que même si l'on
choisit l'hypothèse la plus favorable en faveur qui de Benoît XVI, qui de Jean-Paul II, il n'en demeure pas moins le scandale et l'incitation objective du plus grand nombre à l'indifférentisme en matière de religion.
[Au passage, je ne prêche nullement "l'apostasie de Pierre" ! Cf. le message d'Olo]
Faute d'usage possible de la fonction recherche, je vous poste ci-après l'intervention d'Abel sur ce forum, suite à la méditation de Benoît XVI à la mosquée.
Abel - 2006-12-01 23:14:32
Les pauvres sont-ils évangélisés ?
Les esprits sont-ils suffisamment rafraîchis pour que nous puissions parler en toute sérénité de la visite de Benoît XVI à la mosquée bleue d’Istambul ?
Car, voyez-vous, il me semble qu’on omet toujours de considérer un des éléments dans la donnée du problème. Je m’explique.
On distingue, Ã juste titre, entre le fait et le droit.
En l’occurrence, le fait est la visite à la mosquée et ce qu’y a fait Benoît XVI. Je n’ai aucune lumière particulière sur l’affaire, et mes seules informations viennent du forum : difficile de s’y retrouver ! Il semble cependant avéré que Benoît XVI a ôté ses chaussures, enfilé des babouches, s’est recueilli quelques instants en silence, son attitude étant en tout point semblable que celle du mufti son voisin. (Si je me trompe sur quelque détail, ne hurlez pas, cela n’a pas grande importance pour la suite).
Le droit consiste en la légitimité d’une telle chose : est-ce compatible avec le nécessaire témoignage de la foi ? Est-ce ou non un acte de culte ? Cela, je ne l’analyse pas, ce n’est pas mon propos.
Mais voilà , on omet de mentionner ce qui est intermédiaire entre le fait et le droit : on dirait de nos jours la répercussion, on dit en théologie : le scandale ; pas le scandale des pharisiens, mais celui des faibles (je veux dire l’éventualité du scandale).
Car enfin, supposons (puisque je ne l’examine pas) que le comportement de Benoît XVI soit, considéré en lui-même, irréprochable. Il ne faut pas s’arrêter là , il faut se demander si les pauvres sont évangélisés.
Quand Notre-Seigneur a voulu donner un signe de sa mission divine, il a fait dire à saint Jean-Baptiste que les pauvres étaient évangélisés : les ignorants instruits, les faibles affermis, les païens éclairés. Et personne n’était induit en erreur, personne n’était détourné de la vérité, personne n’était poussé à l’indifférence.
Car, bien évidemment, il ne s’agissait pas (pas uniquement) des pauvres qui manquent d’argent, mais surtout de ceux qui manquent d’instruction, de ceux qui manquent de jugement, de ceux qui manquent d’indépendance d’esprit ou d’indépendance sociale, de ceux qui manquent de la facilité d’aller loin au-delà des apparences. Ceux-là (et d’autres) étaient évangélisés par notre adorable Sauveur, qui s’est fait pauvre parmi les pauvres.
La majorité des catholiques manque cruellement d’instruction religieuse ; elle subit une écrasante pression du monde, des médias, du conformisme ambiant. Elle est immergée dans un monde de péché, et n’a pas le ressort de le dominer. La majorité des catholiques est constituée de pauvres.
Par certaine visite à la mosquée, tous ces pauvres sont-ils évangélisés ? Sont-ils confortés dans la foi ? Sont-ils instruits de la nécessité et l’unicité de la foi ? De l’unicité et la nécessité d’un vrai culte rendu au vrai Dieu selon le mode que Dieu lui-même a choisi ? Eux qui ont à se défendre (et nombreux sont ceux qui ne se défendent plus) contre l’indifférentisme, contre le relativisme, contre le naturalisme, sont-ils évangélisés ou proprement scandalisés (même si c’est en douceur), encouragés et enfoncés dans leur mal.
Ah ! que nous sommes misérables d’oublier les vrais hommes concrets, en proie à la sape de la foi. Ceux-là seront encore plus abandonnés, d’autant plus que les actes parlent beaucoup plus haut que les paroles, et qu’ils sont compris par tous. Ce sont même souvent eux seuls que les pauvres comprennent.
Et les musulmans, pauvres davantage encore, eux emplis d’une fierté ombrageuse de leur « foi », vont-ils concevoir de l’estime, du respect, de l’intérêt pour une religion qui ne fait plus que des carpettes ? N’est-ce pas mépriser ces âmes rachetées dans le Sang de Jésus-Christ que de taire la vérité par des actes qui bafouent ainsi la foi ?
Je m’enflamme... mais les catholiques sont par trop émasculés et prêts à tout accepter, prêtes à avaler toute justification qui leur permettra de ne pas se poser de question par trop gênante. On a tellement l’impression qu’il considèrent la foi comme une opinion : la meilleure, la plus respectable, la plus réconfortante, mais une opinion.
Pour les pauvres, les gestes comptent plus que les paroles. Et devant de tels gestes, on trouvera toujours quelque théologien pour vous expliquer qu’en faisant les distinctions subtilo-nécessaires, on ne peut rien reprocher... En attendant, la foi des pauvres aura été meurtrie, noyée peut-être.
Prenez le cas de la liberté religieuse. Vatican II enseigne que la liberté religieuse est un droit, et un droit qui doit prendre place dans toutes les législations. On vous démontera par milliers de pages que cela n’est pas tout à fait totalement opposé à l’enseignement antérieur, et donc que... Admettons (bien que je n’en crois rien, mais rien !). Admettons donc. Mais pour les pauvres, ce qui est légal est moral – ou le devient bien vite (les promoteurs du « mariage civil » comptaient là -dessus, et ils ont réussi). Et donc si toutes les religions doivent être légalement reconnues, c’est qu’elles sont moralement permises, se disent spontanément, ou petit à petit, les pauvres. Vatican II n’enseigne pas du tout l’indifférentisme. Mais sa liberté religieuse y conduit les esprits aussi sûrement que tous les discours. Et peut-être de façon plus durable.
Pour conclure, j’en reviens à ma question, question qui devrait hanter tout catholique : les pauvres sont-ils évangélisés ? C’est le signe du passage de Jésus-Christ.
Abel