Le seul fait que Padre Pio ait reconnu Paul VI pour Souverain Pontife n'est pas de soi un critère suffisant en faveur de la légitimité de Paul VI.
En effet :
« Nous ne devons pas juger de la légitimité des papes par des prophéties, des miracles et des visions. Le peuple chrétien est gouverné par des lois, contre lesquels les faits extraordinaires ne prouvent rien. »
Saint Vincent Ferrier, De moderno Ecllesiæ schismate, cité par F. Mourret in Histoire générale de l’Église, tome V (p. 128), Bloud et Gay, 1914.
Un saint peut très bien reconnaître pour Souverain Pontife quelqu'un qui n'est pas réellement Pape. Inversement, un saint peut très bien dénier le Souverain Pontificat à quelqu'un qui est réellement Pape.
Ce n'est pas parce que, lors du « Grand Schisme d'Occident » (1378-1417), saint Vincent Ferrier reconnut pour papes Clément VII et Benoît XIII - et ce, avec quelle véhémence ! - que chacun desdits pontifes fût effectivement Pape. L'Église ne s'est jamais prononcée avec autorité sur la légitimité de l'une ou l'autre lignée durant le « Grand Schisme ». Toutefois, l'hypothèse la plus probable concernant la lignée de Clément VII est l'illégitimité. Cela n'enlève absolument rien à la sainteté de Vincent Ferrier et de sa doctrine.
Autre exemple : Jérôme Savonarole. Le Pape Benoît XIV rapporte dans son De servorum Dei beatificatione et sanctorum canonisatione (lib. III, cap. XXV) que saint François de Paule, saint Philippe de Néri et sainte Catherine de Ricci tenaient Jérôme Savonarole pour un saint. Quant au Pape Jules II, il fit figurer Savonarole parmi les docteurs de l'Église sur la fresque de Raphaël : « Dispute du Saint-Sacrement ». En soi, rien de tout cela n'est à proprement parler décisif en faveur (ou en défaveur) de la sainteté de Savonarole. Retenons toutefois qu'il a existé des « supporters » « de poids » en faveur de la sainteté dudit Savonarole.
Or, voilà quelle était la position de Jérôme Savonarole au sujet d'Alexandre VI :
« Le Seigneur, irrité de cette intolérable corruption, depuis quelque temps déjà , a permis que l'Église fût sans pasteur. Car je vous atteste au nom de Dieu que cet Alexandre VI n'est point pape et d'aucune façon ne peut l'être. Car outre le crime de simonie [...], voici que je déclare en premier lieu, ce que j'affirme en toute certitude, que cet homme n'est pas chrétien, il ne croit même plus qu'il y ait un Dieu, il passe les dernières limites de l'infidélité et de l'impiété. »
Lettre à l'Empereur citée par Charles Journet, Excursus IX « L'amission du pontificat », in L'Église du Verbe Incarnée, tome I.
Il ne s'agit pas ici de (re)faire le « procès » qui d'Alexandre VI, qui de Savonarole. Il s'agit tout bonnement de constater :
- qu'un présumé saint peut se tromper lorsqu'il ne reconnaît pas pour Pape un pontife qui l'est très probablement, sinon très certainement ;
- que le jugement privé de saints aussi incontestables que saint François de Paule, saint Philippe de Néri ou sainte Catherine de Ricci peut ne pas correspondre à la réalité.
Conclusion : le témoignage d'un (ou plusieurs) saint(s) (ou présumés saints) n'est pas de soi un critère suffisant en faveur de la légitimité (ou de la non-légitimité) d'un pontife.
Cordialement (mais si !)
N.M.