Concernant le magistère de l'ensemble des évêques avec le Pape, tant dans leurs jugements solennels que dans leur magistère ordinaire et universel, le Concile Vatican I nous enseigne solennellement ceci :
"Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel propose à croire comme divinement révélé."
Concile Vatican I : Constitution dogmatique sur la foi catholique Dei Filius, 24 avril 1870 (Denzinger 1792 et Denzinger-Schönmetzer 3011).
Proposer l'objet de la foi, telle est la fonction du pouvoir magistériel dans l'Eglise, et si l'on veut reprendre la terminologie de Journet, voilà qui relève du "pouvoir déclaratif"...
"La plus haute tâche du pouvoir juridictionnel est donc de conserver intact parmi les hommes le sens de la révélation divine et d'en expliciter avec autorité le contenu, suivant que le réclame le progrès du temps. Cela n'est possible qu'avec le secours de la plus haute forme existante de l'assistance divine. Elle ne supprimera pas l'effort humain ; elle le consacrera divinement : à la manière un peu dont le miracle de Cana consacra l'effort des serviteurs rempissant les urnes. Dans ce cas suprême, l'assistance divine est infaillible au sens propre et d'une manière absolue ; au sens propre, car elle garantit chacune des décisions qui sont prises ; d'une manière absolue, car elle les garantit comme irréformables."
Charles Journet, Théologie de l'Eglise, Desclée de Brouwer, 1958.
Maintenant, posons-nous la question suivante : dans quelle mesure le magistère ordinaire et universel est-il infaillible ?
1) Le pouvoir de magistère consiste à proposer à la foi des fidèles les vétités révélées et connexes au Donné Révélé ;
2) Par magistère ordinaire, on entend le magistère quotidien, qui se "contente" de proposer lesdites vérités (ceci est révélé, connexe à la Révélation etc.), tandis que le jugement solennel (ou magistère extraordinaire) "vise (avant tout) un énoncé" (il est vrai que ceci est révélé)[M. l'Abbé C. Gouyaud explique très bien, quoique succintement, cette distinction dans
La Nef n°158, p. 26] ;
3) Ce magistère est universel, c'est-à-dire qu'il est exercé par l'unanimité morale des Evêques avec le Pape (et non sans le Pape) ;
4) Ce magistère ordinaire et universel est lui aussi infaillible.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Cela signifie que chaque fois que le Pape et les évêques, enseignent :
- telle doctrine (a) est fondée sur la Révélation
- ou bien telle doctrine (b) est contraire à la Révélation
c'est que
- telle doctrine (a) est bien fondée sur la Révélation
- telle doctrine (b) est bien contraire à la Révélation.
En d'autres termes : le magistère ordinaire et universel est toujours et forcément, nécessairement, infaillible dans ce qu'il propose (à la foi des fidèles) comme fondé sur la Révélation.
Et maintenant distinguons...
Dans un acte du magistère, il faut distinguer d'une part ce qui relève de la proposition de l'objet de la foi, et d'autre part les considérants divers qui introduisent, amènent, une telle proposition.
Les considérants en question, en tant qu'ils ne relèvent pas de la proposition de l'objet de la foi, ne relèvent pas de l'assistance infaillible absolue qui garantit l'exercice du "pouvoir déclaratif".
En revanche, et toujours pour reprendre les catégories de Journet, il semble bien que l'on entre à ce moment-là dans le cadre imparti à l'assistance prudentielle infaillible.
"[...] Assistance prudentielle infaillible au sens propre, qui garantit divinement la prudence de chacune des mesures d'intérêt général. Non seulement ces mesures ne prescriront jamais rien d'immoral et de pernicieux qui blesse soit la loi évangélique soit la loi naturelle ; mais toutes seront en outre sages, prudentes, bienfaisantes."
Résumons-nous à nouveau...
Dans un acte du magistère ordinaire et universel :
a) Il y a ce qui relève de la proposition de l'objet de la foi, et en cela le Pape et l'unanimité morale des Evêques sont forcément infaillibles, d'une assistance infaillible absolue ("pouvoir déclaratif") ;
b) Il y a le "reste", qui est également adressé à toute l'Eglise et relève ce faisant de "l'intérêt général" de l'Eglise, et se trouve conséquemment garanti par une assistance prudentielle infaillible, ce qui signifie qu'il ne peut rien s'y trouver de "mauvais", "imprudent", "immoral", "pernicieux" etc.
Cordialement
N.M.