1. Le Concile Vatican I
"Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel propose à croire comme divinement révélé."
Concile Vatican I : Constitution dogmatique sur la foi catholique Dei Filius, 24 avril 1870 (Denzinger 1792 et Denzinger-Schönmetzer 3011).
2. L'interprétation authentique de la définition conciliaire par les Papes
a) Léon XIII
"Il est donc évident, d'après tout ce qui vient d'être dit, que Jésus-Christ a institué dans l'Eglise un magistère vivant, authentique et, de plus, perpétuel, qu'il a investi de sa propre autorité, revêtu de l'Esprit de Vérité, confirmé par des miracles, et Il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres. Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes : "Seigneur, si c'est une erreur, c'est par Vous que nous avons été trompés" [Richard de Saint-Victor, De Trinitate, I 2]. Les Pères du Concile du Vatican n'ont donc rien édicté de nouveau, mais ils n'ont fait que se conformer à l'institution divine, à l'antique et constante doctrine de l'Eglise, et à la nature même de la foi, quand ils ont formulé ce décret : "Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel propose à croire comme divinement révélé." [Concile Vatican I, Constitution Dei Filius]."
Léon XIII, Lettre-Encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896 (Enseignements pontificaux - Solesmes - 571-2).
b) Pie XI
"Le Magistère de l'Eglise, établi ici-bas d'après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance des hommes s'exerce chaque jour par le Pontife Romain et les Evêques en communion avec lui ; mais il comporte encore toutes les fois qu'il est nécessaire pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou développer avec plus de clarté certains points de la doctrine sacrée, afin de les faire mieux pénétrer dans l'esprit des fidèles, la mission de procéder par des décrets à des définitions opportunes et solennelles."
Pie XI, Lettre-Encyclique Mortalium Animos, 6 janvier 1928 (D.S. 3683).
"Rien ne convient moins en effet à un chrétien [...] que de regarder l'Eglise, envoyée par Dieu cependant, pour enseigner et régir toutes les nations, comme médiocrement informée des choses présentes et de leurs aspects actuels, ou même jusqu'à n'accorder son assentiment et son obéissance qu'aux définitions plus solennelles dont Nous avons parlé, comme si l'on pouvait prudemment penser que les autres définitions de l'Eglise sont entachées d'erreurs ou qu'elles n'ont pas un fondement suffisant de vérité et d'honnêteté."
Pie XI, Lettre-Encyclique Casti Connubi, 31 janvier 1931 (E.P. 871).
3. Les théologiens
a) Sullivan
"Le concile, ici, définit qu’il faut croire de foi divine et catholique les choses qui sont proposées à croire comme divinement révélées même par le magistère ordinaire et universel. Il apparaît par les Actes du Concile que les mots « magistère ordinaire et universel » signifient ce magistère ordinaire qu’exercent les évêques de toute l’Eglise dispersée sur la terre. Or il est clair qu’on ne doit croire de foi divine tout ce qui est proposé comme révélé par le magistère ordinaire et universel, le concile a implicitement défini que ce magistère ne peut errer lorsqu’il propose une doctrine à croire comme divinement révélée."
F.A. Sullivan, De Ecclesia, I Quæstiones Theologicæ Fundamentalis, Roma, 1965 (pp. 305-306).
Et Sullivan précise :
"Dans la seconde partie de la thèse, nous avons démontré d’une manière générique que l’accord collégial des évêques en communion avec l’Evêque de Rome enseignant dans les choses de foi et de mœurs est infaillible. Maintenant nous disons qu’un tel accord peut avoir lieu non seulement dans les conciles œcuméniques, mais aussi en dehors des conciles, chaque fois qu’on peut montrer que les évêques dispersés sur la terre sont d’accords entre eux et avec le Pontife Romain en proposant à leurs fidèles une doctrine à tenir en matière de foi ou de mœurs. Nous disons donc que cet accord peut avoir lieu non seulement dans ce magistère extraordinaire qu’ils exercent lorsqu’ils définissent les choses de foi dans les conciles œcuméniques, mais aussi dans ce magistère ordinaire qu’ils exercent lorsqu’ils enseignent authentiquement les choses de la foi, soit dans leur propre diocèse, soit en synodes ou conciles particuliers.
"Certes, le magistère qu’exerce chaque évêque dans son diocèse, ou même plusieurs ensemble dans un concile provincial ou plénier, à lui seul, n’est pas infaillible, bien qu’il ait autorité, et réclame l’assentiment religieux des sujets de ces évêques. Ici nous ne parlons pas du magistère ordinaire de chaque évêque en particulier, mais nous ajoutons un élément nouveau : à savoir l’accord des évêques et entre eux, et avec le Pontife Romain pour enseigner la même doctrine. Cela est appelé magistère ordinaire et universel, dont nous disons qu’il est infaillible parce que et selon que, par l’accord, il est le magistère vraiment collégial du corps des évêques." (Id. pp. 303-304).
b) Louis Ott
« L’ensemble des évêques est infaillible, quand, réunis en concile général ou bien dispersés sur toute la terre, ils présentent un enseignement sur la foi ou les mœurs comme une vérité devant être tenue par tous les fidèles. De foi.
« Le concile de Trente enseigne que les évêques sont les successeurs des apôtres (D. 960) ; de même le concile du Vatican (D. 1828). En tant que successeurs des apôtres, ils sont, comme ceux-ci, pasteurs et docteurs des fidèles (D. 1821). En tant que docteurs officiels de la foi, ils sont possesseurs de l’infaillibilité active assurée au magistère ecclésiastique.
« On distingue deux formes de l’activité doctrinale de l’ensemble de l’épiscopat, une forme extraordinaire et une forme ordinaire :
« 1° Dans la forme extraordinaire les évêques exercent leur pouvoir doctrinal infaillible au concile général ou œcuménique. […]
« 2° Dans la forme ordinaire, les évêques exercent leur pouvoir doctrinal infaillible, quand ils promulguent, dans leurs diocèses, en union morale avec le pape et unanimement, les mêmes vérités sur la foi et les mœurs. »
Louis Ott, Précis de Théologie Dogmatique, éd. Savator-Mulhouse, 1955 (pp. 421-422).
c) Héris
« On le voit, l’infaillibilité de l’Eglise ne s’exerce pas seulement en des circonstances solennelles, mais aussi dans l’enseignement quotidien et universel par lequel les fidèles sont conduits en toute sûreté dans la voie de la vérité. « Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé. »
Ch.-V. Héris, L’Eglise du Christ. Son sacerdoce, son gouvernement, éd. du Cerf, 1930 (p. 46).
d) Journet
« Les évêques disséminés sur le globe régissent leur Eglise particulière. Ils font davantage. Du fait qu’ils sont étroitement unis au pasteur suprême et qu’ils agissent avec son consentement tacite ou exprès, ils contribuent, d’une manière lente, vivante, diffuse, à conserver et à expliquer dans le monde le dépôt de la vérité révélée, à maintenir et à formuler les règles de la discipline commune, en un mot à régir même l’Eglise universelle. Est-il question, par exemple, du pouvoir déclaratif, le corps épiscopal, pour autant qu’il est en accord avec le souverain pontife, devient un organe par lequel l’enseignement ordinaire et quotidien de l’Eglise peut être donné au monde avec une infaillibilité propre et absolue. La foi divine et catholique, selon le concile du Vatican, embrasse, en effet, toutes les vérités qui se trouvent contenues dans la parole de Dieu écrite ou traditionnelle et que l’Eglise propose à notre foi comme divinement révélées, qu’elle fasse cette proposition par un jugement solennel ou par son magistère ordinaire et universel (D. 1792) ; et Pie IX précise que l’exercice du magistère ordinaire peut se faire sur tout le globe : « la foi divine ne doit pas se restreindre aux points expressément définis par les décrets des conciles œcuméniques, ou des pontifes romains et du siège apostolique ; mais elle doit s’étendre aussi aux points qui sont donnés comme divinement révélés par le magistère ordinaire de toute l’Eglise dispersée sur la terre ». »
Charles Journet, L’Eglise du Verbe Incarné, I. « La Hiérarchie apostolique », 2ème éd., 1955, Desclée de Brouwer (pp. 533-534).
e) Zapelena
« Le collège épiscopal succédant au collège apostolique, il est infaillible en proposant une doctrine révélée ou liée à la Révélation, comme on l’a vu dans la thèse précédente. Or ce collège ne se trouve pas moins dans le magistère ordinaire ou dispersé des évêques, que dans leur magistère extraordinaire ou conciliaire. Donc les évêques ne sont pas moins infaillibles lorsqu’ils enseignent de manière concordante par leur magistère ordinaire que lorsqu’ils exercent leur magistère extraordinaire ou solennel. Et vraiment, l’assistance et les promesses du Christ ne sont nullement limitées à l’exercice du magistère solennel et extraordinaire ; bien plus, elles regardent plutôt le magistère quotidien des évêques : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » [Mat. XXVIII, 20]. »
T. Zapelena, De Ecclesia Christi, pars altera, Université Pontificale Grégorienne, 1940 (pp. 60 et suivantes.).
J'ose espérer, effectivement, que chacun fera son miel de ceci et de cela. Merci à M. l'Abbé Abel pour ses excellentes notes.
N.M.