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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Que de confusions ! Imprimer
Auteur : Abel
Sujet : Que de confusions !
Date : 2006-10-19 18:28:28

Notions élémentaires sur le Magistère

I. Le Magistère est un pouvoir

Le Magistère est le premier pouvoir que l’Église a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ : le pouvoir d’enseigner.
« Allez, enseignez toutes les nations… » [Matth. XXVIII, 18]
« Jésus-Christ a institué dans l’Église un magistère vivant, authentique et, de plus, perpétuel, qu’il a investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles ; et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres. » [Léon XIII, Satis Cognitum]
C’est le pouvoir de transmettre, de garantir, de définir, d’expliciter, d’expliquer, d’appliquer, de défendre le dépôt révélé, et aussi de condamner ce qui lui est contraire ou ce qui le diminue ou ce qui le met en péril. Ce dépôt révélé est l’ensemble des vérités que Notre-Seigneur Jésus-Christ a révélées, et celles que les Prophètes avant lui, les Apôtres après lui, ont enseignées sous l’inspiration divine – tout cela étant consigné dans la sainte Écriture ou transmis par la Tradition (c’est un pléonasme !).
La Révélation – celle qui est l’objet de la foi catholique – est close à la mort du dernier Apôtre [voir par exemple la 21e proposition du décret « Lamentabili » de saint Pie X]. L’Église ne révèle donc rien du tout, mais elle peut garantir infailliblement que telle vérité fait partie du dépôt révélé, que telle autre lui est nécessairement liée, que telle proposition n’est pas compatible avec la foi ; elle peut aussi montrer que cette vérité concerne tel domaine, qu’elle doit s’entendre de telle manière. Elle peut condamner telle proposition comme directement ou indirectement contraire à la Révélation divine.


II. Distinctions

On appelle aussi Magistère l’exercice du pouvoir susdit, et c’est là qu’on introduit des distinctions qu’il importe de bien saisir.

A. Distinction quant au sujet qui exerce le pouvoir de Magistère.
• Magistère pontifical : le Pape seul enseigne ;
• Magistère universel : l’universalité (unanimité morale) de l’Église enseignante enseigne, le Pape et les évêques.
L’expression « Magistère universel » se rapporte au sujet actuel et vivant du Magistère et pas du tout, comme on l’a parfois prétendu, à la continuité dans le temps.
Habituellement, les évêques résident chacun dans son diocèse : le sujet du Magistère universel est dispersé ; parfois, sur convocation du souverain Pontife, ils sont réunis en concile ; le sujet du Magistère universel est alors réuni. « L’accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu’ils sont réunis : l’assistance a en effet été promise à l’union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle » [Mgr Zinelli, de la Députation de la Foi, aux Pères du concile Vatican I].
La distinction Magistère pontifical / Magistère universel est inadéquate : il n’y a pas de magistère universel sans le Pape qui est principe (car les évêques ne sont pas sujets du Magistère sans union au Pape) et qui « confirme ses frères ».
Distinction inadéquate, parce que les deux branches de l’alternative ne sont pas entièrement séparées. En fait, il s’agit toujours de l’Église enseignante, soit dans son principe souverain et indépendant (le Pape) soit dans toute son extension.

B. Distinction quant au mode d’exercice du pouvoir de Magistère.
• Magistère ordinaire : c’est l’enseignement quotidien de la foi, qui consiste à transmettre le dépôt révélé et à en exposer le contenu, et qui utilise des moyens ordinaires (encyclique, discours, décret, motu proprio etc.).
Ce mode ordinaire du Magistère peut s’opérer de plusieurs façons :
– par un enseignement exprès ; ou encore par l'approbation expresse accordée aux Pères, aux docteurs ou aux théologiens qui concordent dans l’adhésion à telle doctrine ;
– par un enseignement implicite : tout ce qui est impliqué dans la pratique et la vie de l'Église, dans sa liturgie et ses lois : « La coutume de l’Église a la plus grande autorité ; sa façon d’agir doit être adoptée par tous, car l’enseignement des docteurs catholiques lui-même tient son autorité de l’Église. D’où il faut davantage s’en tenir à l’autorité de l’Église qu’à l’autorité de saint Augustin, ou de saint Jérôme ou d’un quelconque docteur. » [Somme théologique, IIa IIæ q. X, a. 12, c.]
– par une approbation tacite : si, par exemple, l'Église laisse présenter comme exacte telle doctrine par tous ses théologiens, par les manuels de séminaire etc.

• Magistère extraordinaire : c’est un enseignement donné sous une forme solennelle, qui sort de l’ordinaire : définition dogmatique, jugement solennel, décret de concile œcuménique, fulmination d’anathème.
« Prononcer un jugement solennel est le propre tant du Concile œcuménique que du Pontife romain parlant ex Cathedra » [Canon 1323 § 2]

C. La locution ex Cathedra.
La distinction selon le mode d’exercice est accidentelle au Pouvoir de Magistère. Cela est manifeste en ce que la locution ex Cathedra du Pape (locution infaillible – c’est de foi divine et catholique) peut se trouver sous l’un ou l’autre mode.
Le Pape parle ex Cathedra lorsque « remplissant sa charge de docteur et de pasteur de tous les chrétiens — en raison de sa suprême autorité Apostolique — il définit — une doctrine relative à la foi ou aux mœurs — à tenir par l’Église universelle » [Vatican I, Pastor Aeternus].
La définition du concile du Vatican ne mentionne pas que le Pape doive employer une forme extérieurement solennelle, ni qu’il doive faire mention de la volonté d’être infaillible ou de la volonté d’obliger. Non, c’est par nature que lorsqu’il parle ex Cathedra, en vertu du pouvoir de Magistère de l’Église catholique qu’il possède en plénitude, il est infaillible.
Cela peut se réaliser dans une définition dogmatique (ainsi la bulle Ineffabilis Deus de Pie IX, définissant l’Immaculée Conception) ou encore dans une encyclique : par exemple la lettre In Requirendis de saint Innocent Ier condamnant le pélagianisme (417) ; Mirari Vos de Grégoire XVI condamnant Lamennais (1832) ; Quanta Cura de Pie IX condamnant des erreurs modernes (1864) ; Casti Connubii de Pie XI à propos de la doctrine catholique sur le Mariage (1931).

D. Distinction quant à l’objet du Magistère.
Le Magistère de l’Église est le pouvoir divinement institué et assisté pour qualifier toute proposition dans son rapport au dépôt révélé.
Selon ce rapport, dans les vérités concernant la foi et les mœurs en lesquelles le Magistère de l’Église est infaillible, on distingue donc :
• l’objet primaire du Magistère. Il s’agit des propositions dont le Magistère affirme (ou nie) l’inclusion dans la Révélation. Le Magistère affirme donc que telle proposition est formellement révélée (ou contraire à la Révélation). Il s’agit donc directement du « dépôt divin remis par le Christ à son Épouse, pour le garder fidèlement et le déclarer infailliblement » [Vatican I, Dei Filius] ;
• l’objet secondaire du Magistère. En font partie toutes les propositions dont l’affirmation (ou la négation) est requise pour la conservation, la compréhension ou la défense du dépôt révélé. En effet, de nombreuses vérités « bien qu’elles ne soient pas en elle-même révélées, sont cependant requises pour garder intrinsèquement le dépôt de la Révélation lui-même, pour l’expliquer comme il convient et le définir efficacement » [Mgr Gasser, communication aux Pères de Vatican I, au nom de la Députation de la foi]. On appelle également cet objet secondaire l’objet connexe (à la vérité révélée).
Dans les définitions de l’Église au Concile du Vatican, lorsque seul l’objet primaire est signifié, on parle de « veritas credenda » (vérité à croire) ; lorsque l’objet secondaire est inclus, on parle de « veritas tenenda » (vérité à tenir).

Les distinctions énumérées ci-dessus sont indépendantes les unes des autres : elles se combinent donc, pour former des modalités distinctes dans l’exercice de l’unique pouvoir de Magistère.
C’est ainsi (par exemple) que le Magistère ordinaire et universel est l’exercice actuel et quotidien du pouvoir de Magistère par toute l’Église enseignante (unanimité morale). Cet exercice peut porter sur l’objet primaire ou sur l’objet secondaire.


III. L’unité du Magistère

Avant de nous pencher sur ce que l’Église nous enseigne sur l’autorité et l’infaillibilité de son Magistère, il faut bien avoir présent à l’esprit combien le Magistère est un.
Il est un comme pouvoir : Jésus-Christ a institué une seule Église et en elle un seul pouvoir pour l’enseignement de la doctrine concernant la foi et les mœurs. Qu’il soit exercé par le Pape seul ou par le Corps épiscopal universel (qui inclut nécessairement et à titre de principe le Pape), qu’il utilise un mode ordinaire ou extraordinaire pour se faire entendre, c’est toujours la voix de Jésus-Christ qu’il fait résonner, c’est toujours l’unique mandat reçu du Fils de Dieu qu’il exerce.
Il est un dans son objet, qui lui appartient par nature et toujours : la vérité révélée et toute proposition dans son rapport avec elle. C’est de la relation à la Révélation que traite toujours le Magistère, affirmant que relativement de la Révélation divine telle proposition est incluse, ou nécessairement liée, ou connexe, ou correctement déduite, ou contradictoire, ou contraire, ou incompatible, ou malsonnante etc.
L’unité du Magistère est donc une unité d’institution (une seule fonction divine), une unité de sujet (l’Église enseignante) et une unité d’objet formel (l’ordre au dépôt révélé). Il est donc un par nature et de façon permanente.


IV. L’infaillibilité et l’autorité du Magistère

L’autorité du Magistère de l’Église, son infaillibilité, le devoir des fidèles à son égard : voilà ce qu’on ne peut connaître qu’en remontant à la source, c’est-à-dire au Magistère même qui, à l’imitation de Jésus-Christ, se rend témoignage : « Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai : parce que je sais d’où je viens et où je vais » [Jo. VIII, 14].

A. Infaillibilité de la locution « ex Cathedra »
« C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu :
« Le Pontife romain, lorsqu’il parle ex Cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité Apostolique, une doctrine concernant la foi ou les mœurs à tenir par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. » [Pastor Aeternus]

Notez que cette infaillibilité a comme objet la doctrine à tenir (tenenda). Elle porte donc et sur l’objet primaire et sur l’objet secondaire du pouvoir de Magistère.

B. Infaillibilité des jugements solennels et du Magistère ordinaire et universel
« Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé » [Dei Filius].
Deux choses sont à noter à propos de ce texte :
1. Il traite directement de l’objet de la foi, et non de l’infaillibilité. Voilà pourquoi il ne mentionne que la doctrine à croire (credenda). Mais, en vertu de l’unité du Magistère, l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel est celle de l’Église, telle qu’elle est déterminée à propos de la locution ex Cathedra : elle concerne aussi la doctrine à tenir (tenenda).
2. L’objet de la foi est caractérisé de deux manières : « ce qui est contenu dans la parole de Dieu » et « ce qui est proposé par l’Église ». Ces deux qualifications ne sont pas de même nature. L’inclusion dans la parole de Dieu est la raison fondamentale de la foi (c’est parce que Dieu a parlé que l’on croit) ; mais le fidèle n’a pas à vérifier cette inclusion pour croire, puisque précisément la proposition de l’Église est l’affirmation infailliblement garantie de cette inclusion.
La qualité « être révélé par Dieu » est le motif formel de la foi ; la proposition de l’Église garantit infailliblement l’inclusion dans l’objet de la foi.
Cet enseignement conciliaire est littéralement repris par Léon XIII dans « Satis Cognitum » et dans le code de droit canon de 1917 [c. 1323 § 1].

C. Autorité et étendue du Magistère en général

« Même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se manifester par l’acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des Conciles œcuméniques ou des Pontifes romains qui occupent ce Siège, mais elle doit aussi s’étendre à ce que le Magistère ordinaire de toute l’Église répandue dans l’univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d’un consentement unanime et universel par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. » [Pie IX, Tuas Libenter]

« Toutes les fois donc que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l’auteur de l’erreur des hommes. » [Léon XIII, Satis Cognitum]

« Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment sous prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur Magistère. À ce qui est enseigné par le Magistère ordinaire s’applique aussi la parole : Qui vous écoute, m’écoute ; et la plupart du temps ce qui est exposé et inculqué dans les encycliques appartient déjà par ailleurs à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que, dans la pensée et dans la volonté des souverains Pontifes, il n’est désormais plus possible de considérer cette matière comme question libre entre les théologiens. » [Pie XII, Humani Generis]

« Suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin et des membres éminents de l’Ordre dominicain, qui brillèrent par leur piété et la sainteté de leur vie, dès que se fait entendre la voix du Magistère de l’Église, tant ordinaire qu’extraordinaire, recueillez-la, cette voix, d’une oreille attentive et d’un esprit docile, vous surtout chers fils, qui par un singulier bienfait de Dieu, vous adonnez aux études sacrées en cette Ville auguste, auprès de la Chaire de Pierre et église principale, d’où l’unité sacerdotale a tiré son origine [Saint Cyprien]. Et il ne vous faut pas seulement donner votre adhésion exacte et prompte aux règles et décrets du Magistère sacré qui se rapportent aux vérités divinement révélées – car l’Église catholique et elle seule, Épouse du Christ, est la gardienne fidèle de ce dépôt sacré et son interprète infaillible ; mais l’on doit recevoir aussi dans une humble soumission d’esprit les enseignements ayant trait aux questions de l’ordre naturel et humain ; car il y a là aussi, pour ceux qui font profession de foi catholique et – c’est évident – surtout les théologiens et les philosophes, des vérités qu’ils doivent estimer grandement, lorsque, du moins, ces éléments d’un ordre inférieur sont proposés comme connexes et unis aux vérités de la foi chrétienne et à la fin surnaturelle de l’homme. » [Pie XII, aux professeurs et élèves de l’Angelicum, 14 janvier 1958]

« C’est à double titre qu’une proposition peut relever de la foi : à titre direct et principal, comme les articles de foi ; à titre indirect et secondaire, comme les propositions dont la négation entraîne la corruption de quelque article de foi. Dans les deux cas, de même que la foi est engagée, de même il peut y avoir hérésie. » [Saint Thomas d’Aquin, IIa IIæ, q.XI a.2 : Si l’hérésie a proprement comme objet ce qui est de foi]
Notions élémentaires sur le Magistère
Voici un résumé préparé à la demande d’un intervenant sur ce forum qui désire avoir des notions précises et des idées claires sur le Magistère de l’Église. Il ne contient que des notions élémentaires, tout à fait classiques, que seuls les temps pénibles que nous vivons ont pu faire négliger. Il me semble qu’il pourra être utile à quelques-uns.


I. Le Magistère est un pouvoir

Le Magistère est le premier pouvoir que l’Église a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ : le pouvoir d’enseigner.
« Allez, enseignez toutes les nations… » [Matth. XXVIII, 18]
« Jésus-Christ a institué dans l’Église un magistère vivant, authentique et, de plus, perpétuel, qu’il a investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles ; et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres. » [Léon XIII, Satis Cognitum]
C’est le pouvoir de transmettre, de garantir, de définir, d’expliciter, d’expliquer, d’appliquer, de défendre le dépôt révélé, et aussi de condamner ce qui lui est contraire ou ce qui le diminue ou ce qui le met en péril. Ce dépôt révélé est l’ensemble des vérités que Notre-Seigneur Jésus-Christ a révélées, et celles que les Prophètes avant lui, les Apôtres après lui, ont enseignées sous l’inspiration divine – tout cela étant consigné dans la sainte Écriture ou transmis par la Tradition (c’est un pléonasme !).
La Révélation – celle qui est l’objet de la foi catholique – est close à la mort du dernier Apôtre [voir par exemple la 21e proposition du décret « Lamentabili » de saint Pie X]. L’Église ne révèle donc rien du tout, mais elle peut garantir infailliblement que telle vérité fait partie du dépôt révélé, que telle autre lui est nécessairement liée, que telle proposition n’est pas compatible avec la foi ; elle peut aussi montrer que cette vérité concerne tel domaine, qu’elle doit s’entendre de telle manière. Elle peut condamner telle proposition comme directement ou indirectement contraire à la Révélation divine.


II. Distinctions

On appelle aussi Magistère l’exercice du pouvoir susdit, et c’est là qu’on introduit des distinctions qu’il importe de bien saisir.

A. Distinction quant au sujet qui exerce le pouvoir de Magistère.
• Magistère pontifical : le Pape seul enseigne ;
• Magistère universel : l’universalité (unanimité morale) de l’Église enseignante enseigne, le Pape et les évêques.
L’expression « Magistère universel » se rapporte au sujet actuel et vivant du Magistère et pas du tout, comme on l’a parfois prétendu, à la continuité dans le temps.
Habituellement, les évêques résident chacun dans son diocèse : le sujet du Magistère universel est dispersé ; parfois, sur convocation du souverain Pontife, ils sont réunis en concile ; le sujet du Magistère universel est alors réuni. « L’accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu’ils sont réunis : l’assistance a en effet été promise à l’union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle » [Mgr Zinelli, de la Députation de la Foi, aux Pères du concile Vatican I].
La distinction Magistère pontifical / Magistère universel est inadéquate : il n’y a pas de magistère universel sans le Pape qui est principe (car les évêques ne sont pas sujets du Magistère sans union au Pape) et qui « confirme ses frères ».
Distinction inadéquate, parce que les deux branches de l’alternative ne sont pas entièrement séparées. En fait, il s’agit toujours de l’Église enseignante, soit dans son principe souverain et indépendant (le Pape) soit dans toute son extension.

B. Distinction quant au mode d’exercice du pouvoir de Magistère.
• Magistère ordinaire : c’est l’enseignement quotidien de la foi, qui consiste à transmettre le dépôt révélé et à en exposer le contenu, et qui utilise des moyens ordinaires (encyclique, discours, décret, motu proprio etc.).
Ce mode ordinaire du Magistère peut s’opérer de plusieurs façons :
– par un enseignement exprès ; ou encore par l'approbation expresse accordée aux Pères, aux docteurs ou aux théologiens qui concordent dans l’adhésion à telle doctrine ;
– par un enseignement implicite : tout ce qui est impliqué dans la pratique et la vie de l'Église, dans sa liturgie et ses lois : « La coutume de l’Église a la plus grande autorité ; sa façon d’agir doit être adoptée par tous, car l’enseignement des docteurs catholiques lui-même tient son autorité de l’Église. D’où il faut davantage s’en tenir à l’autorité de l’Église qu’à l’autorité de saint Augustin, ou de saint Jérôme ou d’un quelconque docteur. » [Somme théologique, IIa IIæ q. X, a. 12, c.]
– par une approbation tacite : si, par exemple, l'Église laisse présenter comme exacte telle doctrine par tous ses théologiens, par les manuels de séminaire etc.

• Magistère extraordinaire : c’est un enseignement donné sous une forme solennelle, qui sort de l’ordinaire : définition dogmatique, jugement solennel, décret de concile œcuménique, fulmination d’anathème.
« Prononcer un jugement solennel est le propre tant du Concile œcuménique que du Pontife romain parlant ex Cathedra » [Canon 1323 § 2]

C. La locution ex Cathedra.
La distinction selon le mode d’exercice est accidentelle au Pouvoir de Magistère. Cela est manifeste en ce que la locution ex Cathedra du Pape (locution infaillible – c’est de foi divine et catholique) peut se trouver sous l’un ou l’autre mode.
Le Pape parle ex Cathedra lorsque « remplissant sa charge de docteur et de pasteur de tous les chrétiens — en raison de sa suprême autorité Apostolique — il définit — une doctrine relative à la foi ou aux mœurs — à tenir par l’Église universelle » [Vatican I, Pastor Aeternus].
La définition du concile du Vatican ne mentionne pas que le Pape doive employer une forme extérieurement solennelle, ni qu’il doive faire mention de la volonté d’être infaillible ou de la volonté d’obliger. Non, c’est par nature que lorsqu’il parle ex Cathedra, en vertu du pouvoir de Magistère de l’Église catholique qu’il possède en plénitude, il est infaillible.
Cela peut se réaliser dans une définition dogmatique (ainsi la bulle Ineffabilis Deus de Pie IX, définissant l’Immaculée Conception) ou encore dans une encyclique : par exemple la lettre In Requirendis de saint Innocent Ier condamnant le pélagianisme (417) ; Mirari Vos de Grégoire XVI condamnant Lamennais (1832) ; Quanta Cura de Pie IX condamnant des erreurs modernes (1864) ; Casti Connubii de Pie XI à propos de la doctrine catholique sur le Mariage (1931).

D. Distinction quant à l’objet du Magistère.
Le Magistère de l’Église est le pouvoir divinement institué et assisté pour qualifier toute proposition dans son rapport au dépôt révélé.
Selon ce rapport, dans les vérités concernant la foi et les mœurs en lesquelles le Magistère de l’Église est infaillible, on distingue donc :
• l’objet primaire du Magistère. Il s’agit des propositions dont le Magistère affirme (ou nie) l’inclusion dans la Révélation. Le Magistère affirme donc que telle proposition est formellement révélée (ou contraire à la Révélation). Il s’agit donc directement du « dépôt divin remis par le Christ à son Épouse, pour le garder fidèlement et le déclarer infailliblement » [Vatican I, Dei Filius] ;
• l’objet secondaire du Magistère. En font partie toutes les propositions dont l’affirmation (ou la négation) est requise pour la conservation, la compréhension ou la défense du dépôt révélé. En effet, de nombreuses vérités « bien qu’elles ne soient pas en elle-même révélées, sont cependant requises pour garder intrinsèquement le dépôt de la Révélation lui-même, pour l’expliquer comme il convient et le définir efficacement » [Mgr Gasser, communication aux Pères de Vatican I, au nom de la Députation de la foi]. On appelle également cet objet secondaire l’objet connexe (à la vérité révélée).
Dans les définitions de l’Église au Concile du Vatican, lorsque seul l’objet primaire est signifié, on parle de « veritas credenda » (vérité à croire) ; lorsque l’objet secondaire est inclus, on parle de « veritas tenenda » (vérité à tenir).

Les distinctions énumérées ci-dessus sont indépendantes les unes des autres : elles se combinent donc, pour former des modalités distinctes dans l’exercice de l’unique pouvoir de Magistère.
C’est ainsi (par exemple) que le Magistère ordinaire et universel est l’exercice actuel et quotidien du pouvoir de Magistère par toute l’Église enseignante (unanimité morale). Cet exercice peut porter sur l’objet primaire ou sur l’objet secondaire.


III. L’unité du Magistère

Avant de nous pencher sur ce que l’Église nous enseigne sur l’autorité et l’infaillibilité de son Magistère, il faut bien avoir présent à l’esprit combien le Magistère est un.
Il est un comme pouvoir : Jésus-Christ a institué une seule Église et en elle un seul pouvoir pour l’enseignement de la doctrine concernant la foi et les mœurs. Qu’il soit exercé par le Pape seul ou par le Corps épiscopal universel (qui inclut nécessairement et à titre de principe le Pape), qu’il utilise un mode ordinaire ou extraordinaire pour se faire entendre, c’est toujours la voix de Jésus-Christ qu’il fait résonner, c’est toujours l’unique mandat reçu du Fils de Dieu qu’il exerce.
Il est un dans son objet, qui lui appartient par nature et toujours : la vérité révélée et toute proposition dans son rapport avec elle. C’est de la relation à la Révélation que traite toujours le Magistère, affirmant que relativement de la Révélation divine telle proposition est incluse, ou nécessairement liée, ou connexe, ou correctement déduite, ou contradictoire, ou contraire, ou incompatible, ou malsonnante etc.
L’unité du Magistère est donc une unité d’institution (une seule fonction divine), une unité de sujet (l’Église enseignante) et une unité d’objet formel (l’ordre au dépôt révélé). Il est donc un par nature et de façon permanente.


IV. L’infaillibilité et l’autorité du Magistère

L’autorité du Magistère de l’Église, son infaillibilité, le devoir des fidèles à son égard : voilà ce qu’on ne peut connaître qu’en remontant à la source, c’est-à-dire au Magistère même qui, à l’imitation de Jésus-Christ, se rend témoignage : « Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai : parce que je sais d’où je viens et où je vais » [Jo. VIII, 14].

A. Infaillibilité de la locution « ex Cathedra »
« C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu :
« Le Pontife romain, lorsqu’il parle ex Cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité Apostolique, une doctrine concernant la foi ou les mœurs à tenir par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. » [Pastor Aeternus]

Notez que cette infaillibilité a comme objet la doctrine à tenir (tenenda). Elle porte donc et sur l’objet primaire et sur l’objet secondaire du pouvoir de Magistère.

B. Infaillibilité des jugements solennels et du Magistère ordinaire et universel
« Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé » [Dei Filius].
Deux choses sont à noter à propos de ce texte :
1. Il traite directement de l’objet de la foi, et non de l’infaillibilité. Voilà pourquoi il ne mentionne que la doctrine à croire (credenda). Mais, en vertu de l’unité du Magistère, l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel est celle de l’Église, telle qu’elle est déterminée à propos de la locution ex Cathedra : elle concerne aussi la doctrine à tenir (tenenda).
2. L’objet de la foi est caractérisé de deux manières : « ce qui est contenu dans la parole de Dieu » et « ce qui est proposé par l’Église ». Ces deux qualifications ne sont pas de même nature. L’inclusion dans la parole de Dieu est la raison fondamentale de la foi (c’est parce que Dieu a parlé que l’on croit) ; mais le fidèle n’a pas à vérifier cette inclusion pour croire, puisque précisément la proposition de l’Église est l’affirmation infailliblement garantie de cette inclusion.
La qualité « être révélé par Dieu » est le motif formel de la foi ; la proposition de l’Église garantit infailliblement l’inclusion dans l’objet de la foi.
Cet enseignement conciliaire est littéralement repris par Léon XIII dans « Satis Cognitum » et dans le code de droit canon de 1917 [c. 1323 § 1].

C. Autorité et étendue du Magistère en général

« Même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se manifester par l’acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des Conciles œcuméniques ou des Pontifes romains qui occupent ce Siège, mais elle doit aussi s’étendre à ce que le Magistère ordinaire de toute l’Église répandue dans l’univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d’un consentement unanime et universel par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. » [Pie IX, Tuas Libenter]

« Toutes les fois donc que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l’auteur de l’erreur des hommes. » [Léon XIII, Satis Cognitum]

« Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment sous prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur Magistère. À ce qui est enseigné par le Magistère ordinaire s’applique aussi la parole : Qui vous écoute, m’écoute ; et la plupart du temps ce qui est exposé et inculqué dans les encycliques appartient déjà par ailleurs à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que, dans la pensée et dans la volonté des souverains Pontifes, il n’est désormais plus possible de considérer cette matière comme question libre entre les théologiens. » [Pie XII, Humani Generis]

« Suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin et des membres éminents de l’Ordre dominicain, qui brillèrent par leur piété et la sainteté de leur vie, dès que se fait entendre la voix du Magistère de l’Église, tant ordinaire qu’extraordinaire, recueillez-la, cette voix, d’une oreille attentive et d’un esprit docile, vous surtout chers fils, qui par un singulier bienfait de Dieu, vous adonnez aux études sacrées en cette Ville auguste, auprès de la Chaire de Pierre et église principale, d’où l’unité sacerdotale a tiré son origine [Saint Cyprien]. Et il ne vous faut pas seulement donner votre adhésion exacte et prompte aux règles et décrets du Magistère sacré qui se rapportent aux vérités divinement révélées – car l’Église catholique et elle seule, Épouse du Christ, est la gardienne fidèle de ce dépôt sacré et son interprète infaillible ; mais l’on doit recevoir aussi dans une humble soumission d’esprit les enseignements ayant trait aux questions de l’ordre naturel et humain ; car il y a là aussi, pour ceux qui font profession de foi catholique et – c’est évident – surtout les théologiens et les philosophes, des vérités qu’ils doivent estimer grandement, lorsque, du moins, ces éléments d’un ordre inférieur sont proposés comme connexes et unis aux vérités de la foi chrétienne et à la fin surnaturelle de l’homme. » [Pie XII, aux professeurs et élèves de l’Angelicum, 14 janvier 1958]

« C’est à double titre qu’une proposition peut relever de la foi : à titre direct et principal, comme les articles de foi ; à titre indirect et secondaire, comme les propositions dont la négation entraîne la corruption de quelque article de foi. Dans les deux cas, de même que la foi est engagée, de même il peut y avoir hérésie. » [Saint Thomas d’Aquin, IIa IIæ, q.XI a.2 : Si l’hérésie a proprement comme objet ce qui est de foi]
Notions élémentaires sur le Magistère
Voici un résumé préparé à la demande d’un intervenant sur ce forum qui désire avoir des notions précises et des idées claires sur le Magistère de l’Église. Il ne contient que des notions élémentaires, tout à fait classiques, que seuls les temps pénibles que nous vivons ont pu faire négliger. Il me semble qu’il pourra être utile à quelques-uns.


I. Le Magistère est un pouvoir

Le Magistère est le premier pouvoir que l’Église a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ : le pouvoir d’enseigner.
« Allez, enseignez toutes les nations… » [Matth. XXVIII, 18]
« Jésus-Christ a institué dans l’Église un magistère vivant, authentique et, de plus, perpétuel, qu’il a investi de sa propre autorité, revêtu de l’esprit de vérité, confirmé par des miracles ; et il a voulu et très sévèrement ordonné que les enseignements doctrinaux de ce magistère fussent reçus comme les siens propres. » [Léon XIII, Satis Cognitum]
C’est le pouvoir de transmettre, de garantir, de définir, d’expliciter, d’expliquer, d’appliquer, de défendre le dépôt révélé, et aussi de condamner ce qui lui est contraire ou ce qui le diminue ou ce qui le met en péril. Ce dépôt révélé est l’ensemble des vérités que Notre-Seigneur Jésus-Christ a révélées, et celles que les Prophètes avant lui, les Apôtres après lui, ont enseignées sous l’inspiration divine – tout cela étant consigné dans la sainte Écriture ou transmis par la Tradition (c’est un pléonasme !).
La Révélation – celle qui est l’objet de la foi catholique – est close à la mort du dernier Apôtre [voir par exemple la 21e proposition du décret « Lamentabili » de saint Pie X]. L’Église ne révèle donc rien du tout, mais elle peut garantir infailliblement que telle vérité fait partie du dépôt révélé, que telle autre lui est nécessairement liée, que telle proposition n’est pas compatible avec la foi ; elle peut aussi montrer que cette vérité concerne tel domaine, qu’elle doit s’entendre de telle manière. Elle peut condamner telle proposition comme directement ou indirectement contraire à la Révélation divine.


II. Distinctions

On appelle aussi Magistère l’exercice du pouvoir susdit, et c’est là qu’on introduit des distinctions qu’il importe de bien saisir.

A. Distinction quant au sujet qui exerce le pouvoir de Magistère.
• Magistère pontifical : le Pape seul enseigne ;
• Magistère universel : l’universalité (unanimité morale) de l’Église enseignante enseigne, le Pape et les évêques.
L’expression « Magistère universel » se rapporte au sujet actuel et vivant du Magistère et pas du tout, comme on l’a parfois prétendu, à la continuité dans le temps.
Habituellement, les évêques résident chacun dans son diocèse : le sujet du Magistère universel est dispersé ; parfois, sur convocation du souverain Pontife, ils sont réunis en concile ; le sujet du Magistère universel est alors réuni. « L’accord des évêques dispersés a la même valeur que lorsqu’ils sont réunis : l’assistance a en effet été promise à l’union formelle des évêques, et non pas seulement à leur union matérielle » [Mgr Zinelli, de la Députation de la Foi, aux Pères du concile Vatican I].
La distinction Magistère pontifical / Magistère universel est inadéquate : il n’y a pas de magistère universel sans le Pape qui est principe (car les évêques ne sont pas sujets du Magistère sans union au Pape) et qui « confirme ses frères ».
Distinction inadéquate, parce que les deux branches de l’alternative ne sont pas entièrement séparées. En fait, il s’agit toujours de l’Église enseignante, soit dans son principe souverain et indépendant (le Pape) soit dans toute son extension.

B. Distinction quant au mode d’exercice du pouvoir de Magistère.
• Magistère ordinaire : c’est l’enseignement quotidien de la foi, qui consiste à transmettre le dépôt révélé et à en exposer le contenu, et qui utilise des moyens ordinaires (encyclique, discours, décret, motu proprio etc.).
Ce mode ordinaire du Magistère peut s’opérer de plusieurs façons :
– par un enseignement exprès ; ou encore par l'approbation expresse accordée aux Pères, aux docteurs ou aux théologiens qui concordent dans l’adhésion à telle doctrine ;
– par un enseignement implicite : tout ce qui est impliqué dans la pratique et la vie de l'Église, dans sa liturgie et ses lois : « La coutume de l’Église a la plus grande autorité ; sa façon d’agir doit être adoptée par tous, car l’enseignement des docteurs catholiques lui-même tient son autorité de l’Église. D’où il faut davantage s’en tenir à l’autorité de l’Église qu’à l’autorité de saint Augustin, ou de saint Jérôme ou d’un quelconque docteur. » [Somme théologique, IIa IIæ q. X, a. 12, c.]
– par une approbation tacite : si, par exemple, l'Église laisse présenter comme exacte telle doctrine par tous ses théologiens, par les manuels de séminaire etc.

• Magistère extraordinaire : c’est un enseignement donné sous une forme solennelle, qui sort de l’ordinaire : définition dogmatique, jugement solennel, décret de concile œcuménique, fulmination d’anathème.
« Prononcer un jugement solennel est le propre tant du Concile œcuménique que du Pontife romain parlant ex Cathedra » [Canon 1323 § 2]

C. La locution ex Cathedra.
La distinction selon le mode d’exercice est accidentelle au Pouvoir de Magistère. Cela est manifeste en ce que la locution ex Cathedra du Pape (locution infaillible – c’est de foi divine et catholique) peut se trouver sous l’un ou l’autre mode.
Le Pape parle ex Cathedra lorsque « remplissant sa charge de docteur et de pasteur de tous les chrétiens — en raison de sa suprême autorité Apostolique — il définit — une doctrine relative à la foi ou aux mœurs — à tenir par l’Église universelle » [Vatican I, Pastor Aeternus].
La définition du concile du Vatican ne mentionne pas que le Pape doive employer une forme extérieurement solennelle, ni qu’il doive faire mention de la volonté d’être infaillible ou de la volonté d’obliger. Non, c’est par nature que lorsqu’il parle ex Cathedra, en vertu du pouvoir de Magistère de l’Église catholique qu’il possède en plénitude, il est infaillible.
Cela peut se réaliser dans une définition dogmatique (ainsi la bulle Ineffabilis Deus de Pie IX, définissant l’Immaculée Conception) ou encore dans une encyclique : par exemple la lettre In Requirendis de saint Innocent Ier condamnant le pélagianisme (417) ; Mirari Vos de Grégoire XVI condamnant Lamennais (1832) ; Quanta Cura de Pie IX condamnant des erreurs modernes (1864) ; Casti Connubii de Pie XI à propos de la doctrine catholique sur le Mariage (1931).

D. Distinction quant à l’objet du Magistère.
Le Magistère de l’Église est le pouvoir divinement institué et assisté pour qualifier toute proposition dans son rapport au dépôt révélé.
Selon ce rapport, dans les vérités concernant la foi et les mœurs en lesquelles le Magistère de l’Église est infaillible, on distingue donc :
• l’objet primaire du Magistère. Il s’agit des propositions dont le Magistère affirme (ou nie) l’inclusion dans la Révélation. Le Magistère affirme donc que telle proposition est formellement révélée (ou contraire à la Révélation). Il s’agit donc directement du « dépôt divin remis par le Christ à son Épouse, pour le garder fidèlement et le déclarer infailliblement » [Vatican I, Dei Filius] ;
• l’objet secondaire du Magistère. En font partie toutes les propositions dont l’affirmation (ou la négation) est requise pour la conservation, la compréhension ou la défense du dépôt révélé. En effet, de nombreuses vérités « bien qu’elles ne soient pas en elle-même révélées, sont cependant requises pour garder intrinsèquement le dépôt de la Révélation lui-même, pour l’expliquer comme il convient et le définir efficacement » [Mgr Gasser, communication aux Pères de Vatican I, au nom de la Députation de la foi]. On appelle également cet objet secondaire l’objet connexe (à la vérité révélée).
Dans les définitions de l’Église au Concile du Vatican, lorsque seul l’objet primaire est signifié, on parle de « veritas credenda » (vérité à croire) ; lorsque l’objet secondaire est inclus, on parle de « veritas tenenda » (vérité à tenir).

Les distinctions énumérées ci-dessus sont indépendantes les unes des autres : elles se combinent donc, pour former des modalités distinctes dans l’exercice de l’unique pouvoir de Magistère.
C’est ainsi (par exemple) que le Magistère ordinaire et universel est l’exercice actuel et quotidien du pouvoir de Magistère par toute l’Église enseignante (unanimité morale). Cet exercice peut porter sur l’objet primaire ou sur l’objet secondaire.


III. L’unité du Magistère

Avant de nous pencher sur ce que l’Église nous enseigne sur l’autorité et l’infaillibilité de son Magistère, il faut bien avoir présent à l’esprit combien le Magistère est un.
Il est un comme pouvoir : Jésus-Christ a institué une seule Église et en elle un seul pouvoir pour l’enseignement de la doctrine concernant la foi et les mœurs. Qu’il soit exercé par le Pape seul ou par le Corps épiscopal universel (qui inclut nécessairement et à titre de principe le Pape), qu’il utilise un mode ordinaire ou extraordinaire pour se faire entendre, c’est toujours la voix de Jésus-Christ qu’il fait résonner, c’est toujours l’unique mandat reçu du Fils de Dieu qu’il exerce.
Il est un dans son objet, qui lui appartient par nature et toujours : la vérité révélée et toute proposition dans son rapport avec elle. C’est de la relation à la Révélation que traite toujours le Magistère, affirmant que relativement de la Révélation divine telle proposition est incluse, ou nécessairement liée, ou connexe, ou correctement déduite, ou contradictoire, ou contraire, ou incompatible, ou malsonnante etc.
L’unité du Magistère est donc une unité d’institution (une seule fonction divine), une unité de sujet (l’Église enseignante) et une unité d’objet formel (l’ordre au dépôt révélé). Il est donc un par nature et de façon permanente.


IV. L’infaillibilité et l’autorité du Magistère

L’autorité du Magistère de l’Église, son infaillibilité, le devoir des fidèles à son égard : voilà ce qu’on ne peut connaître qu’en remontant à la source, c’est-à-dire au Magistère même qui, à l’imitation de Jésus-Christ, se rend témoignage : « Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai : parce que je sais d’où je viens et où je vais » [Jo. VIII, 14].

A. Infaillibilité de la locution « ex Cathedra »
« C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu :
« Le Pontife romain, lorsqu’il parle ex Cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité Apostolique, une doctrine concernant la foi ou les mœurs à tenir par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. » [Pastor Aeternus]

Notez que cette infaillibilité a comme objet la doctrine à tenir (tenenda). Elle porte donc et sur l’objet primaire et sur l’objet secondaire du pouvoir de Magistère.

B. Infaillibilité des jugements solennels et du Magistère ordinaire et universel
« Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé » [Dei Filius].
Deux choses sont à noter à propos de ce texte :
1. Il traite directement de l’objet de la foi, et non de l’infaillibilité. Voilà pourquoi il ne mentionne que la doctrine à croire (credenda). Mais, en vertu de l’unité du Magistère, l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel est celle de l’Église, telle qu’elle est déterminée à propos de la locution ex Cathedra : elle concerne aussi la doctrine à tenir (tenenda).
2. L’objet de la foi est caractérisé de deux manières : « ce qui est contenu dans la parole de Dieu » et « ce qui est proposé par l’Église ». Ces deux qualifications ne sont pas de même nature. L’inclusion dans la parole de Dieu est la raison fondamentale de la foi (c’est parce que Dieu a parlé que l’on croit) ; mais le fidèle n’a pas à vérifier cette inclusion pour croire, puisque précisément la proposition de l’Église est l’affirmation infailliblement garantie de cette inclusion.
La qualité « être révélé par Dieu » est le motif formel de la foi ; la proposition de l’Église garantit infailliblement l’inclusion dans l’objet de la foi.
Cet enseignement conciliaire est littéralement repris par Léon XIII dans « Satis Cognitum » et dans le code de droit canon de 1917 [c. 1323 § 1].

C. Autorité et étendue du Magistère en général

« Même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se manifester par l’acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des Conciles œcuméniques ou des Pontifes romains qui occupent ce Siège, mais elle doit aussi s’étendre à ce que le Magistère ordinaire de toute l’Église répandue dans l’univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d’un consentement unanime et universel par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. » [Pie IX, Tuas Libenter]

« Toutes les fois donc que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l’auteur de l’erreur des hommes. » [Léon XIII, Satis Cognitum]

« Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment sous prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur Magistère. À ce qui est enseigné par le Magistère ordinaire s’applique aussi la parole : Qui vous écoute, m’écoute ; et la plupart du temps ce qui est exposé et inculqué dans les encycliques appartient déjà par ailleurs à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que, dans la pensée et dans la volonté des souverains Pontifes, il n’est désormais plus possible de considérer cette matière comme question libre entre les théologiens. » [Pie XII, Humani Generis]

« Suivant l’exemple de saint Thomas d’Aquin et des membres éminents de l’Ordre dominicain, qui brillèrent par leur piété et la sainteté de leur vie, dès que se fait entendre la voix du Magistère de l’Église, tant ordinaire qu’extraordinaire, recueillez-la, cette voix, d’une oreille attentive et d’un esprit docile, vous surtout chers fils, qui par un singulier bienfait de Dieu, vous adonnez aux études sacrées en cette Ville auguste, auprès de la Chaire de Pierre et église principale, d’où l’unité sacerdotale a tiré son origine [Saint Cyprien]. Et il ne vous faut pas seulement donner votre adhésion exacte et prompte aux règles et décrets du Magistère sacré qui se rapportent aux vérités divinement révélées – car l’Église catholique et elle seule, Épouse du Christ, est la gardienne fidèle de ce dépôt sacré et son interprète infaillible ; mais l’on doit recevoir aussi dans une humble soumission d’esprit les enseignements ayant trait aux questions de l’ordre naturel et humain ; car il y a là aussi, pour ceux qui font profession de foi catholique et – c’est évident – surtout les théologiens et les philosophes, des vérités qu’ils doivent estimer grandement, lorsque, du moins, ces éléments d’un ordre inférieur sont proposés comme connexes et unis aux vérités de la foi chrétienne et à la fin surnaturelle de l’homme. » [Pie XII, aux professeurs et élèves de l’Angelicum, 14 janvier 1958]

« C’est à double titre qu’une proposition peut relever de la foi : à titre direct et principal, comme les articles de foi ; à titre indirect et secondaire, comme les propositions dont la négation entraîne la corruption de quelque article de foi. Dans les deux cas, de même que la foi est engagée, de même il peut y avoir hérésie. » [Saint Thomas d’Aquin, IIa IIæ, q.XI a.2 : Si l’hérésie a proprement comme objet ce qui est de foi]




La discussion

 Le MOU est il infaillible ?, de Le Corbeau [2006-10-19 14:25:13]
      MOU ?, de Ambroisine [2006-10-19 14:43:07]
          MOU, de Le Corbeau [2006-10-19 14:45:39]
              Pas d'accord avec cette définition, de Azerty [2006-10-19 15:55:39]
                  Les textes, pas de baratin,, de baudelairec2000 [2006-10-19 16:16:25]
                      Oui, justement, de Azerty [2006-10-19 17:19:15]
                          Petit problème, de baudelairec2000 [2006-10-19 17:51:15]
                          NON !, de N.M. [2006-10-19 22:37:52]
          Il s'agit...., de Brution [2006-10-19 14:46:05]
          Vous êtes durs avec le MOU, de Rasta [2006-10-19 14:47:32]
              Les définitions, de Rémi [2006-10-19 14:59:14]
              Merci à vous., de Ambroisine [2006-10-19 15:01:59]
                  Bof..., de Rémi [2006-10-19 15:15:38]
                      Rappeler, de Thomas [2006-10-23 08:26:40]
                          A mettre en balance, de Rémi [2006-10-23 12:54:17]
          D'autres discussions, de Vianney [2006-10-19 15:29:16]
          Mon chat , de Adso [2006-10-23 13:15:06]
      La position FSSPX, de Azerty [2006-10-19 15:46:21]
      mauvaise question sur le MOU, de baudelairec2000 [2006-10-19 15:50:04]
          je n'aurais pu dire mieux, de abbé F.H. [2006-10-19 15:52:25]
              iriez-vous, monsieur l'Abbé,, de baudelairec2000 [2006-10-19 16:02:54]
                  difficile, de abbé F.H. [2006-10-19 16:20:25]
                  Temps et espace, de N.M. [2006-10-19 21:22:01]
                      Bref ..., de PGM [2006-10-21 06:23:08]
                          Votre ignorance et votre fanatisme vous excusent, de N.M. [2006-10-21 07:20:47]
                              Vous auriez pu vous éviter ...., de PGM [2006-10-23 02:19:15]
                                  Une question au passage, de N.M. [2006-10-23 08:19:50]
                                      Sur ce qui ...., de PGM [2006-10-24 03:56:12]
                                          Hors sujet, de N.M. [2006-10-24 07:22:10]
                              Il est dommage, NM, ..., de PGM [2006-10-23 03:09:17]
                                  Que de confusions !, de N.M. [2006-10-23 08:16:33]
                                  Deux questions, de Abel [2006-10-23 13:25:56]
                                      Dites mon gars ..., de PGM [2006-10-24 04:33:31]
                                          Hmmmmmmmmmmmm ?, de N.M. [2006-10-24 07:26:30]
                                          Je vous les reposerai, de Abel [2006-10-24 09:24:39]
                          Le cas de l'Immaculée Conception, de Vianney [2006-10-21 07:59:28]
                              Oui, de N.M. [2006-10-21 09:19:52]
                                  Saint Bernard aussi, de Vianney [2006-10-21 10:20:00]
                              Euh ... pas vraiment ..., de PGM [2006-10-23 00:40:35]
                                  Juste une chose en attendant mieux...., de N.M. [2006-10-23 08:01:09]
                                      Soyez assuré ..., de PGM [2006-10-24 04:11:26]
                                          Mais encore ?, de N.M. [2006-10-24 07:32:57]
          Collégialité, de N.M. [2006-10-19 20:58:14]
      [réponse], de Alanian [2006-10-19 16:00:01]
      Non..., de Athanasios D. [2006-10-19 16:42:20]
          Magistère suprême, , de baudelairec2000 [2006-10-19 17:41:34]
              Magistère suprême, de N.M. [2006-10-19 22:01:55]
              Définir, de N.M. [2006-10-19 22:07:09]
      Le MOU est infaillible, qu'on se le dise !, de Seni Gallia [2006-10-19 16:51:06]
          Question réglée depuis longtemps, de Justin Petipeu [2006-10-19 17:07:32]
              Vous vous trompez... en lisant trop vite, de Seni Gallia [2006-10-19 17:35:43]
              Coup de pouce, de Seni Gallia [2006-10-19 18:31:54]
              Juste une erreur ?, de N.M. [2006-10-19 22:56:21]
      Indults,motu propio, de JacqHou [2006-10-19 17:37:20]
          Un peu à la fois, de Seni Gallia [2006-10-19 18:27:59]
      Que de confusions !, de Abel [2006-10-19 18:28:28]
          Bravo, désormais Justin Petitpeu la question est  [...], de Seni Gallia [2006-10-19 18:39:29]
      Quelques textes, de N.M. [2006-10-19 19:01:37]
      L'assistance du Christ à son Eglise, de N.M. [2006-10-19 19:14:01]
      Récapitulons..., de N.M. [2006-10-19 19:28:10]
          mon cher N.M., de baudelairec2000 [2006-10-19 19:54:00]
              Non possum omnia, de N.M. [2006-10-19 20:44:48]