En réalité, il y a beaucoup de confusion au sujet de l’infaillibilité, et entre autre au sujet du MOU, de l’ex cathedra. Il s’agit d’un dogme de notre foi, on se demande donc comment il est possible que chacun en ait une conception si différente ! Et pourtant… On s’aperçoit d’ailleurs que dans les discussions entre traditionalistes de diverses branches, le nœud c’est l’infaillibilité. C’est-à-dire que si tout le monde était d’accord sur l’infaillibilité, nous aurions tous probablement la même position dans l’Église aujourd’hui. La tendance moderne est bien sûr de trop limiter l’infaillibilité (c’est commode) : c’est déjà une erreur. Mais n’oublions pas que l’esprit catholique est de se soumettre à Rome même pour ce qui n’est pas infaillible (et là la FSSPX a bien du mal…).
Ma position est qu’il n’y a qu’un Magistère, infaillible chaque fois qu’il tranche une question de foi et de morale, ce qui peut arriver tout les jours, danc chaque encyclique, meme si pas nécessairement, et cet unique Magistère s’exprime de plusieurs façons. Sur le fond, voilà quelques éclaircissements tirés aussi d’un article d’une revue forte bien faite (…), c’est un peu long, mais cela vaut son pesant d’or… Bonne lecture !
« Les théologiens distinguent en général un Magistère ordinaire du Pape (seul) et un Magistère ordinaire de l’Eglise (“ordinaire et universel”). Le second a été défini comme infaillible par Vatican I. Quant au Magistère ordinaire du Pape, en général on affirme qu’il est théologiquement certain qu’il est infaillible. En effet, le Pape jouit de la même infaillibilité que l’Eglise (dixit Vatican I). Or, l’Eglise est infaillible dans son Magistère ordinaire (dixit Vatican I). Donc, le Pape aussi est infaillible dans son Magistère ordinaire.
Mais en lisant les textes du Magistère et les actes de Vatican I, je me suis aperçu qu’en réalité la même définition de l’infaillibilité du Pape quand il parle ex cathedra ne fait aucune distinction entre Magistère ordinaire ou solennel du Pape. Chaque fois que le Pape parle non en tant que personne privée, mais en tant que Pape, il enseigne authentiquement (avec autorité), et donc il peut enseigner ex cathedra. Cet enseignement n’est pas rare et extraordinaire, comme dans les définitions dogmatiques solennelles (Immaculée Conception, 1854; Assomption, 1950) mais c’est tous les jours que le Pape peut enseigner, de manière définitive, à l’Eglise universelle, sur des sujets qui se réfèrent à la foi ou à la morale; évidemment toute l’Eglise est obligée d’embrasser l’enseignement de l’autorité suprême. Le Pape chaque fois qu’il parle de cette manière, n’est pas tenu d’employer un mode déterminé, ou la forme solennelle: s’il parle comme Pape, il suffit qu’on comprenne, d’une manière ou d’une autre, qu’il veut donner un jugement définitif sur un sujet lié même seulement indirectement à la foi ou à la morale. En conclusion: nous affirmons que le terme ex cathedra indique seulement l’infaillibilité du Pape tant dans le Magistère ordinaire que solennel. Beaucoup soutiennent que le terme ex cathedra indique le Magistère solennel, en en exagérant les quatre conditions, et en niant toute infaillibilité au Magistère ordinaire.
Pie XI enseigne: “Le magistère de l’Eglise, établi ici-bas d’après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance aux hommes, s’exerce chaque jour par le Pontife Romain et les évêques en communion avec lui; mais il comporte encore, toutes les fois qu’il est nécessaire pour s’opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée, afin de les mieux faire pénétrer dans l’esprit des fidèles, la mission de procéder par décrets à des définitions opportunes et solennelles”. Encore Pie XI: “Rien ne convient moins à un chrétien… de regarder l’Eglise, envoyée par Dieu cependant, pour enseigner et régir toutes les nations, comme médiocrement informée des choses présentes et de leurs aspects actuels ou même [de] n’accorder son assentiment et son obéissance qu’aux définitions plus solennelles dont Nous avons parlé, comme si l’on pouvait prudemment penser que les autres décisions de l’Eglise sont entachées d’erreur ou qu’elles n’ont pas un fondement suffisant de vérité et d’honnêteté”. Pie XII: «Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment, les Papes n’y exerçant pas le pouvoir suprême de leur Magistère. Cet enseignement est celui du Magistère ordinaire auquel s’applique aussi la parole: “Qui vous écoute, m’écoute” (Lc X, 16); et le plus souvent ce qui est proposé et rappelé dans les encycliques appartient déjà par ailleurs à la doctrine catholique. Que si les Souverains Pontifes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière jusqu’alors controversée, il est évident pour tous que cette matière, cesse par là même, suivant la pensée et la volonté de ces mêmes Pontifes, d’appartenir au domaine des questions librement discutées entre théologiens» .
Fin de l’extrait de l’article.
Je rappelle simplement pour finir cette citation de Pie VI contre les jansénistes : « Même en ce qui regarde la discipline de l’Église, il ne peut y avoir de choses inutiles, de choses dangereuses et nocives, et dire le contraire serait faux et injurieux pour l’Église et pour l’Esprit-Saint qui la dirige.»
Illustration pratique : quand Pie XII a voulu définir le dogme de l’Assomption de la Ste Vierge, il a consulté les éveques du monde entier sur ce point, pour avoir leur avis (il n’y était pas tenu, mais il a voulu faire ainsi). Une grande majorité des éveques du monde entier ont répondu qu’il croyait déjà à l’Assomption de la Ste Vierge et qu’ils désiraient cette définition solennelle. Pie XII en a déduit, et il l’a écrit que cette vérité de l’Assomption était donc déjà infaillible : par le MOU, l’enseignement ordinaire de tous ces éveques répartis dans le monde entier. C’est cela le Magistère Ordinaire Universel.
Pour répondre au sujet de l’abbé Laguérie (je lui avais moi-même posé une question sur l’infaillibilité lors du rendez-vous puisque ce sujet, c’est mon dada), le concile n’est certes pas le MOU… puisqu’il est plus que cela. Un concile œcuménique est l’autorité la plus haute qui soit, alors si un concile œcuménique n’est pas infaillible, qu’est-ce qui est infaillible ? Et si Lumen Gentium, “constitution dogmatique”, ou Dignitatis Humanæ sur la liberté religieuse, ce n’est pas du dogme et du révélé, alors qu’est-ce que c’est du dogmatique et du révélé ?…
S.G.
PS : La règle de Saint Vincent de Lerins est un argument détourné ressorti depuis 40 ans pour limiter l’infaillibilité pontificale, comme un critère qui limite le Magistère. C’est mal comprendre le pauvre saint Vincent de Lerins ! Notre critère ultime, c’est le Magistère vivant. Evidemment que le Magistère ne définit rien de nouveau : mais le Magistère est le mieux placé pour savoir ce qui est nouveau ou pas, puisque c’est justement son devoir : transmettre le dépôt révélé. |