Pourtant j'avais l'impression d'être clair et je pourrais être lassé de répéter la même chose, mais je vais m'y astreindre à nouveau.
Nous ne vivons pas enfermés chacun dans une tour d'ivoire totalement séparés du monde extérieur. Nous vivons en société et chacun de nous a une influence sur les autres et réciproquement. Tout ce que nous faisons de bien influe en bien autrui et ce que nous faisons de mal l'influe en mal.
La grâce ne supprime pas la nature, mais au contraire utilise, le plus souvent, les voies naturelles pour parvenir jusqu'à nous. Les exceptions sont des miracles.
Dieu, bien sûr, qui est tout puissant, pourrait très bien intervenir directement auprès de chaque homme pour lui conférer la grâce et il le fait effectivement parfois. Mais il a choisi au contraire de nous faire participer à cette oeuvre et de faire dépendre cette grâce de notre action auprès du prochain. C'est pourquoi Jésus-Christ a fondé son Église et l'a envoyé en mission pour évangéliser tous les hommes, faisant dépendre le salut du plus grand nombre de cette action évangélisatrice.
Vous dites :
Mon péché est alors bien plus grand que celui de cet autrui qui a des circonstances atténuantes
Bien sûr, mais pourquoi est-il plus grand, sinon justement parce qu'à cause de moi, celui-ci a péché. Car même si cet autrui a peut-être des circonstances atténuantes, il demeure un être libre qui a bien dû donner son consentement à ce péché qu'il a commis et en porte donc la responsabilité. Et si à cause de moi cet autrui va en enfer, n'ai-je pas commis le comble de l'abomination ? Alors que, si le scandale ne devait avoir aucune conséquence pour autrui (ce qui est d'ailleurs une contradiction dans les termes) je ne vois pas où serait le mal. Ou de moins, il serait bien moins grand et ne mériterait pas une telle condamnation de Notre Seigneur qu'il n'a fulminé contre aucun autre péché.
Les vies de saints sont remplies d'histoires de grands missionnaires qui ont converti des centaines des milliers de personnes en une seule mission, ont créé des paroisses nouvelles et même de grands diocèses là où il n'y avait rien avant leur venue. Comparez cela à ce que nous dit St Alphonse de Ligori, docteur de l'Eglise, déjà cité :
Ce qu’un souverain, touché par la grâce de Dieu, peut faire, dans l’intérêt de l’Église et des âmes, mille missions ne le feront jamais.
Dès lors, Mgr lefèbvre n'a-t-il pas parfaitement raison d'affirmer qu'en Colombie des millions d'âmes ont été sauvées grâce aux institutions catholiques de ce pays qui ne l'auraient pas été sinon. Et vous pouvez croire qu'il sait de quoi il parle : ce grand évêque missionnaire a fondé des dizaines de nouveaux diocèses et un nombre bien plus grand de paroisses dans toute cette Afrique française.