Je précise pour commencer le sens de la thèse (d'"Athanasios") que vous essayez de réfuter "d'un côté on assène qu'il faut suivre (aveuglément sous-entendu) le Pape "comme le Christ"": il faut écouter le magistère du pape comme la parole du Christ.
Je reviens à présent sur votre vision, très personnelle, de la pensée du cardinal Ratzinger :
Et bien admettons alors, avec Joseph Ratzinger, "avec le même réalisme", "les péchés des papes, leur disproportion par rapport à la grandeur de leur ministère" ... des papes donc ceux de notre époque aussi : Paul VI, Jean-Paul II et l'actuel Successeur de Pierre.
Si vous préférez cette formulation extrêmement dure à la mienne, beaucoup plus douce, libre à vous : affaire de style.
J'aimerais bien que vous exposiez précisément votre thèse, que vous en donniez "la formulation" (juste parce que j'ai la flemme d'aller la rechercher dans vos messages, et que j'aurai la certitude de l'avoir sous les yeux).
En toute généralité, on doit dire que le sens de la phrase du cardinal citée est :
1.réaliste (non pas "dure", c'est un constat factuel, il ne s'agit pas de condamnation : le cardinal sait bien qu'il n'est pas là pour juger les péchés du pape)
2.tronqué par vos soins, parce qu'il est clair, si vous reprenez la seconde partie de la phrase citée, que ce "péché" ne saurait corrompre le magistère de l'Eglise, que si le pape n'est pas soustrait au péché, son ministère, lui, l'est.
La phrase est, je pense, acceptable comme idéal-type de la papauté qui tente de repousser la "soumission aux puissants de ce monde" et la récuse dans son principe, là oui.
Alors là, pas du tout.
- Présenter cette phrase comme un "idéal-type", quand le cardinal dit au début de l'extrait cité parler de "l'essence intime" de la structure de la primauté, est un premier contresens.
- Ecrire que la papauté "tente de repousser" la soumission aux puissants est incorrect, puisqu'au contraire, le cardinal écrit que "Pierre a toujours été le roc" contre les idéologies et les pressions des puissants. Il ne fait pas que tenter de repousser, il y arrive.
- Prétendre que cette phrase signifie - en gros - que Pierre est un mur d'enceinte contre le Monde est incorrect : elle dit avant tout que Pierre est un roc pour la Parole de Dieu (je paraphrase le cardinal). Vous perdez de vue la perspective de la réflexion du cardinal - qui est d'abord théologique (et christologique).
Le cardinal écrit en effet :
"Nous devons également reconnaître que Pierre a toujours été le roc contre les idéologies, contre la réduction de la Parole à ce qui est plausible à une époque déterminée, contre la soumission aux puissants de ce monde."
Cela ne signifie pas que les papes vivent dans une tour éléphantine, à l'abri de toute influence. Les papes sont des hommes, qui vivent avec les hommes, et qui suivent en tout point la condition humaine, y compris le péché.
Par contre, la promesse du Christ garantit que dans l'exercice de leur charge pontificale, même s'ils cèdent à telle ou telle influence, ils ne cèderont pas au point d'abandonner quoi que ce soit d'essentiel, ils gardent et transmettent toujours fidèlement la Parole de Dieu.
Que tel pape ait été "soumis" à l'Empire, aux jésuites, à ses sens, ou à ses maîtresses n'a d'autre signification que temporelle. D'un point de vue spirituel, cela ne lèse en rien la parfaite conformité de leur enseignement à la Parole du Christ.
Une parenthèse, pour finir : dans les premiers chapitres d'
Eglise, Oecuménisme et Politique, vous verrez développée la perspective martyriologique de la primauté de Pierre, qui complète celle-ci. La primauté de Pierre se fonde dans la Foi de Pierre, qui suit le Christ jusqu'au martyre.