Non, le principe rappelé par M. l'Abbé de Tanoüarn, et par vous abusivement qualifié de sophisme, n'est que le pur écho de l'enseignement de l'Eglise (
clic !)
Vous faites valoir, vous appuyant sur Arnaldo Xavier da Silveira, que l'infaillibilité de l'Eglise en matière de liturgie (et de lois disciplinaires) doit être envisagée dans ses nuances.
Certes, Arnaldo Xavier da Silveira donne bon nombre de références, mais ces dernières ne sont pas ad rem !
En effet, les références en questions nous expliquent à quelles conditions la liturgie peut être un lieu théologique et donc relever de la proposition de l'objet de la foi, c'est-à-dire non plus de l'assistance prudentielle infaillible (une liturgie qui ne peut aller contre la foi et la moeurs), mais de l'assistance infaillible absolue ou infaillibilité à proprement parler (une liturgie qui vaut, dans certaines conditions, proposition de l'objet de la foi).
Ce n'est pas du tout la même chose !
- Le Dépôt de la Révélation a été commis à l'Eglise enseignante qui a pouvoir de la conserver, de la défendre et d'en expliciter le contenu. Pour se faire, le Pape et les évêques attestent que telle proposition est formellement (explicitement ou implicitement) révélée, ou connexe au Dépôt. Et telle proposition est rigoureusement irréformable : la Vérité ne change pas.
- Ce faisant, dans l'exercice de leur "pouvoir déclaratif", le Pape et les évêques (ou le Pape seul, mais non pas les évêques sans le Pape) jouissent d'une assistance infaillible absolue, pour reprendre les termes de Journet :
"La plus haute tâche du pouvoir juridictionnel est donc de conserver intact parmi les hommes le sens de la révélation divine et d'en expliciter avec autorité le contenu, suivant que le réclame le progrès du temps. Cela n'est possible qu'avec le secours de la plus haute forme existante de l'assistance divine. Elle ne supprimera pas l'effort humain ; elle le consacrera divinement : à la manière un peu dont le miracle de Cana consacra l'effort des serviteurs rempissant les urnes. Dans ce cas suprême, l'assistance divine est infaillible au sens propre et d'une manière absolue ; au sens propre, car elle garantit chacune des décisions qui sont prises ; d'une manière absolue, car elle les garantit comme irréformables."
Charles Journet, Théologie de l'Eglise, Desclée de Brouwer, 1958.
"La tâche suprême de l'Eglise est de manifester le message révélé, de faire entendre la voix même de l'Epoux : voilà le pouvoir déclaratif, qui rappelle le droit immédiatement divin. Sa tâche secondaire est de prendre au cours du temps toutes les mesures aptes à protéger le message évangélique contre les déviations qui le mettent en péril, à faire descendre concrètement les eaux vives de la vérité et de la grâce jusque dans la vie quotidienne. C'est la voix de l'Epouse. Voilà le pouvoir canonique, qui fonde et promulgue le droit immédiatement ecclésiastique, médiatement divin. Le pouvoir canonique de l'Eglise comporte, comme le pouvoir des cités temporelles, les pouvoirs législatif, judiciaire, coercitif. [...]
"La tâche du pouvoir canonique n'est pas de déterminer si telle chose est ou n'est pas révélée, irrévocablement définie, d'institution divine. Elle est de déterminer si telle chose est propre à rapprocher (ou à éloigner) les esprits, les coeurs, la vie entière de ce qui est révélé. Nous sommes, on le voit, dans le domaine des décisions prudentielles."
Jounet, id.
L'exercice de ce "pouvoir canonique" ne relève pas directement de la proposition de l'objet de la foi. Il ne relève pas de l'assistance infaillible absolue et ne jouit pas de l'irréformabilité. Et néanmoins, cet exercice est divinement assisté.
En tant que ces décisions sont de destination universelle, cette assistance peut être dite "prudentielle infaillible" :
"L'assistance nécessaire au pouvoir canonique n'aura donc pas à être absolue. Il suffira d'une assistance relative, ayant pour fin de garantir la valeur prudentielle des mesures décrétées par ce pouvoir canonique.
"Les mesures d'ordre général et les mesures d'ordre particulier
"Plus les décrets du pouvoir canonique seront importants, universels, permanents, pressants, plus en conséquence ils dépendront de la prudence de tel ou tel de ses ministres, et moins ils l'engageront elle-même.
"D'où la répartition de ces décrets d'une part en mesures d'ordre général, où l'Eglise entend engager pleinement son autorité prudentielle ; elles concernent les grands enseignements spéculatifs et pratiques des pouvoirs canoniques, les lois et commandements de l'Eglise, les décisions majeures relatives au culte et à la dispensation des sacrements, les dispositions permanentes du Droit Canon. Et d'autre part en mesures d'ordre particulier, où l'Eglise n'entend pas engager pleinement son autorité prudentielle ; elles concernent les applications législatives, les verdicts judiciaires (validité ou non validité de tel mariage), les sentences pénales, etc.
"Assistance prudentielle infaillible et assistance prudentielle faillible
"Corrélativement à ces deux espèces de mesures canoniques, il faudra reconnaître deux espèces d'assistance relative prudentielle.
"D'abord une assistance prudentielle infaillible au sens propre, qui garantit divinement la prudence de chacune des mesures d'intérêt général. Non seulement ces mesures ne prescriront jamais rien d'immoral et de pernicieux qui blesse soit la loi évangélique soit la loi naturelle ; mais toutes seront en outre sages, prudentes, bienfaisantes. Ce qui ne veut pas dire qu'elles seront toujours le plus sage possible : les lois ecclésiastiques, même édictées avec l'assistance particulière de l'Esprit Saint, cherchent à discipliner une matière toujours changeante, d'où la possibilité d'un certain jeu et d'adaptations plus parfaites. On pourra parler ici de formes et de réformes de l'Eglise.
"Ensuite une assistance prudentielle faillible, concernant les mesures d'ordre particulier. Il y a assistance divine, car ces mesures seront sages, prudentes, bienfaisantes quant à leur orientation génrale et pour l'ensemble des cas ; mais cette assistance est faillible, car elle ne garantit pas dans le concret la sagesse, le prudence, la bienfaisance de chacune de ces mesures."
Journet, id.
La promulgation d'un ordo missae, relève en soi :
- Non pas directement de la proposition de l'objet de la foi ("pouvoir déclaratif"), avec assistance infaillible absolue... attestation irréformable de la Vérité ;
- Mais bien du "pouvoir canonique" de l'Eglise, avec assistance prudentielle infaillible... promulgation d'un rite dont l'orthodoxie et l'orthopraxie sont garanties, mais qui demeure réformable.
Cependant... Même si les lois liturgiques relèvent dudit "pouvoir canonique" et sont réformables, elles ont valeur de lieu théologique, et en ce sens,
peuvent relever du pouvoir déclaratif ("irréformabilité").
"Les rites sacrés et les cérémonies contiennent de grands enseignements pour le peuple chrétien et une profession de vraie foi."
Sixte Quint, Constitution apostolique Immensa aeterni Dei, 22 janvier 1587.
"On a toujours accordé une grande importance aux missels comme monuments de la piété chrétienne et de haute antiquité, où l'Eglise affirme sa foi vivante."
Pie XI, Bulle Inter multiplices, sur le missel de Braga.
"Si une définition formelle [de l'Immaculée Conception] n'est pas donnée maintenant, on devrait au moins prescrire alors à tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers de réciter l'office de l'Immaculée Conception, comme le fait l'Eglise : ainsi, sans aucune définition, nous obtiendrions ce que nous désirons."
Saint Robert Bellarmin, Opinion sur la définition de l'Immaculée Conception, lue devant la Sacrée Congrégation du Saint-Office en présence du Souverain Pontife.
Par conséquent, les conditions envisagées par Arnaldo Xavier da Silveira pour que la liturgie de l'Eglise soit
infaillible sont valables si l'on se demande à quelles conditions la liturgie de l'Eglise vaut attestation de la foi (assistance infaillible absolue). La liturgie de l'Eglise n'est pas toujours
infaillible de l'assistance infaillible absolue.
En revanche, la liturgie de l'Eglise est toujours
infaillible de l'assistance prudentielle infaillible. Ceci est tout à fait
certain au regard des enseignements du Concile de Trente, de Pie VI, de Grégoire XVI...