Bonjour Charly,
Je réponds à chacune de vos phrases :
1. " Cette idée constitue un point clé dans la compréhension du passé et dans la formulation de l'avenir de l'Eglise :
"d'autant plus qu'il y a aussi, au sein même du Concile, des arguments, des éléments, qui relèvent sûrement de la Tradition catholique".
En effet, comment comprendre la relative facilité avec laquelle les principales décisions de Vatican II ont été mises en route, si ce n'est l'existence d'arguments relevant de la tradition ? "
PERSONNE NE CONTESTE la présence d'éléments porteurs de Tradition, au sein du corpus conciliaire, mais ces éléments ont été asservis, englobés, enrôlés, subsumés, surplombés, par une intention générale porteuse :
- d'une "ouverture" oecuménique et inter-religieuse tendancieuse,
- d'une pseudo "restauration" liturgique.
- de pseudo "adaptations" et "rénovations" pastorales.
CE N'EST DONC pas seulement parce que le Concile comporte des éléments de Tradition que la mise en route s'est faite avec une relative facilité, c'est aussi parce que l'on a perverti et subverti le recours à l'autorité dans l'Eglise, en imposant ce qui faisait, le moins possible, autorité, notamment en faisant croire aux fidèles que l'Eglise avait un déficit coupable, à "enfin" combler, un certain retard à "commencer" à rattraper, compte tenu de la supériorité de "l'authenticité", confessionnelle et / ou existentielle
- des chrétiens non catholiques,
- des croyants non chrétiens,
- des humains non croyants,
vis-à-vis de tous les catholiques de France, d'Europe, et du monde.
2. " A part une minorité de catholiques autour de quelques prêtres: aucune réaction de la grande majorité des catholiques. "
AU CONTRAIRE, il y a eu une réaction de la grande majorité des catholiques : ils sont partis, ils ont quitté l'Eglise, et ne reviendront pas avant longtemps, si jamais ils reviennent.
JE NE DIS PAS qu'ils sont partis seulement pour cette raison-là (le Concile et l'après-Concile), car il y a eu également l'attractivité de la confusion contemporaine entre civilisation et divertissement qui a joué tout son rôle, mais ils sont partis notamment pour cette raison là.
A FORCE D'ENTENDRE que "les autres" sont "meilleurs" que les catholiques, et à force de subir un "lavage de cerveau", une désorientation déprogrammatrice de certaines habitudes mentales, morales, sociales, doctrinales, linguistiques, liturgiques, pastorales, habitudes qui étaient en grande partie bien légitimes, ils sont partis, dans un contexte culturel et structurel d'urbanisation qui a souvent été, de par son ampleur et sa portée, propice à une fragilisation de la foi catholique et des moeurs chrétiennes.
3. " Les départs de prêtres? pour ceux qui sont partis et que j'ai interrogés : de grandes attentes non comblées par Vatican II. "
LEURS PROFESSEURS, dans les séminaires, LEURS EVEQUES, dans les diocèses, les ont fait être "conciliaires sentimentaux" par anticipation, sinon dès 1945, du moins, à coup sûr, dès le début des années 1950 ; je pense ici à la diffusion "sous la soutane", des écrits de Teilhard de Chardin, plusieurs années avant sa mort et avant leur publication officielle.
4. " Evidemment on peut invoquer le coup du complot, ce qui est facile mais ne me satisfait pas sur le plan intellectuel. "
D'UNE PART, évoquer le coup du complot n'est pas si facile que cela, car cela suppose des rapprochements, des recoupements d'information, en provenance de sources différentes, voire opposées, mais qui apportent des données factuelles incontestables car très vérifiables.
D'AUTRE PART,
- la question n'est pas de savoir si c'est confessionnellement ou intellectuellement satisfaisant ou non,
- la question est de savoir si "la thèse du complot" permet de connaître et de comprendre les véritables origines du Concile ou fait obstacle à leur connaissance et à leur compréhension.
EN L'OCCURRENCE, non seulement il y a bien eu complot, à peu près à partir de l'élection de Jean XXIII, mais les artisans et partisans de ce complot ne s'en sont pas cachés, tellement ils étaient convaincus d'agir dans le sens de l'histoire ET de ne pas avoir à craindre de manquer leur affaire, d'où leur colère et leur tristesse, ainsi que leur volonté de jeter le plus vite possible le bébé (la Foi) avec l'eau du bain (la Tradition), pour créer UNE IRREVERSIBILITE, quand la réalité a commencé à leur résister, à peu près à compter de l'année 1967, et plus encore à compter de l'année 1969.
On trouve des indices concordants sur la conspiration qui a été à l'oeuvre, chez des auteurs que l'on peut difficilement suspecter de traditionalisme : notamment chez le biographe de Jean XXIII, HEBBELTHWAITE, et chez le spécialiste du Concile, ALBERIGO, dans le tome 1 de son Histoire du Concile.
5. " En conclusion, une condamnation de Vatican II est impossible, sur la forme et plus encore sur le fond. Reste la possibilité de rapprochement sur une une base commune restant à définir. "
NE DEMANDONS PAS l'impossible à l'Eglise, car elle ne peut pas être comparée à un cuirassé (Rome) qui ferait explicitement et officiellement mouvement pour se retrouver à proximité d'un escorteur (Ecône), afin et avant de pointer sa proue dans la même direction que lui.
EN REVANCHE, il est tout à fait possible au cuirassé, si j'ose dire, de modifier l'orientation de sa proue, sans changer les coordonnées de sa position, non afin mais avant que l'on constate que les deux navires, sans s'être rapprochés d'une manière visible, donc "conciliairement incorrecte", s'orientent désormais l'un et l'autre, à peu près et plus ou moins, dans la même direction.
EN POLITIQUE INTERIEURE ITALIENNE, cela s'est appelé "la convergence parallèle" (et l'on ne sait que trop qui n'en a pas voulu), ce n'est certainement pas totalement satisfaisant, mais s'il s'avère que c'est plus efficace et opportun qu'un mouvement du cuirassé vers l'escorteur, mouvement qui risque encore de transformer une partie des marins en autant de mutins, je suis prêt à dire qu'il ne faut pas exclure ce scénario.
Merci beaucoup pour votre message, et au plaisir de vous relire.
Scrutator. |