Cher Luc,
Bon retour parmi nous.
1. Jean-Paul II (1988) puis Benoît XVI (2007) ont justifié, principalement, leurs 2 Motu proprio par la nécessité de rétablir la pleine communion avec les traditionalistes séparés.
Ce fait incontestable cadre mal avec votre raisonnement cher Thomas : le régime canonique de la Forme extraordinaire actuel entretient bien un lien avec les résistances opposées à l'imposition forcée de la Forme ordinaire entre 1969 et 1974.
Attention, je n'affirme pas que la situation aurait été meilleure. Mais je dis juste qu'il n'est pas hors de portée de l'imagination de trouver de meilleurs scénarii.
En l'occurrence, on pourrait imaginer que se soit fixée au moins partiellement une liturgie VOM plus digne que celle qu'on rencontre habituellement. Une défense acharnée des directives romaines aurait peut-être permis de conserver du grégorien, voire du latin et la messe face au Christ.
On peut imaginer que, ayant conservé cela, les manques du NOM par rapport au VOM se seraient fait sentir et qu'une réforme de la réforme se serait fait jour naturellement pour aboutir à un NOM VOMisé (c'est horrible, dit comme ça, mais passons).
Bref, mon « raisonnement » est qu'on ne peut pas savoir ce qui se serait passé, mais qu'il n'est pas absolument certain que cela se serait plus mal passé.
On peut aussi penser que le Saint-Esprit, face à une telle obéissance souffrante, aurait agi dans un sens qu'on ne peut dire.
En un mot, cela n'aurait probablement pas abouti au motu proprio, mais est-ce que pour autant on peut affirmer que cela aurait amené à une situation moins souhaitable ? Personnellement, c'est une affirmation que je ne saurais faire.
2. De Paul VI à l'article 1 alinéa 2 de Summorum Pontificum (2007) - le missel de 1962 n'a "jamais été abrogé"-, il y a une évidente contradiction dans les textes législatifs approuvés par le Saint-Père. La thèse de l'obéissance aveugle et sourde ne permet pas de résoudre cette contradiction.
Le cardinal Ratzinger avait écrit qu'il jugeait illégitime, allant au-delà de la prérogative pontificale, l'abrogation d'un rit légitime pratiqué.
Je n'ai pas de solution simple, je pointe le problème qui n'a pas de réponse dans l'ensemble du fil que j'ai lu, même la citation (comique) de sainte Catherine de Sienne ne nous aide guère (en un temps où l'Eglise avait deux puis par moment trois papes ...).
Les propos du pape Paul VI exigeant que les prêtres catholiques disent le nouvel ordo abroge-t-il pour autant l'ancien ordo ?
Des indults étant prévus pour des prêtres vieux ou malades, peut-on parler d'abrogation ? C'est une vraie question que je pose. Je ne connais pas la réponse.
4. "obéissance" quel terme plein d'ambiguïté en catholicisme !
Telle que je me la pose, la question a à peu près cette forme : peut-on reprocher un jour à un catholique d'avoir obéi à son Pape ?
Vous noterez qu'elle est différente de savoir si la désobéissance peut être un jour acceptée comme licite. Dire qu'il est toujours bon d'obéir, ce n'est pas dire qu'il n'est jamais bon de désobéir.
Au passage, poser cette différence, c'est aussi admettre que les deux attitudes soient acceptables. Mais l'une le serait en tous temps, et l'autre ne serait connue telle qu'a posteriori.
Par ailleurs, que des désobéissances ne soient pas sanctionnées ne signifie par pour autant qu'elles soient licites, justes ou bonnes.
En bref, je serai heureux de lire des propositions articulées sur l'obéissance en catholicisme, s'il y en a, qui puissent rendre compte de cette histoire, de la réalité de la vie de l'Eglise, de la complexité des rapports entre baptisés et hiérarchie.
Je voyais pour ma part la vertu d'obéissance comme un guide pour des actes personnels, et non une grille de lecture de l'Histoire de l'Église.
Cordialement,
Thomas