Excusez-moi d'interrompre, BK, mais votre message me fait penser que vos efforts pour éviter de tomber dans l'erreur de trier les jugements du magistère sont exaggérés au point de vous exposer à un danger opposé - celui de "croire" simultanément à deux propositions mutuellement exclusives, par un assentiment purement verbal qui ne peut en rien être un acte de foi salvifique. La croyance que met un catholique en l'enseignement du Magistère n'est pas une simple adhésion à une formule comme si nous étions des Musulmans. La vertu de foi éclaire surnaturellement notre âme afin qu'elle
voie la
vérité des doctrines de l'Eglise. Cette vérité une fois vue, elle exclue nécessairement l'acceptation de tout propos contradictoire, fût-il proposé en apparence par une autorité infaillible. C'est pourquoi saint Paul dit qu'il faut anathématiser même un ange du ciel qui nous prêcherait une doctrine différente de celle que l'on a reçue de l'Eglise. Cet ange représente en quelque sorte même un pape, car
en réalité l'ange du ciel ne peut pas prêcher un faux évangile, pas plus qu'un pape. Mais saint Paul parle d'une apparence trompeuse. La priorité dans ce cas n'est pas en faveur du "magistère vivant" de l'ange du ciel prêchant un nouvel évangile. C'est en faveur de
la foi immuable et connaissable.
Permettez-moi de vous citer ici presque tout le texte d'un post dont le texte intégral se trouve
ici
Ce texte parle de deux erreurs opposées. La seconde n'est-elle pas à vous ?
Une condition absolue de notre salut est de croire avec certitude en la révélation de Dieu. Cette condition n'est pas arbitraire : nous avons besoin de connaître avec certitude la révélation de Dieu. Il nous l'a révélée pour être connue et utilisée, et non pas seulement pour mettre à l'épreuve la docilité de notre intelligence.
Or, pour croire avec certitude en la révélation de Dieu, il faut savoir avec certitude ce que Dieu a, en effet, révélé. Tout le monde sait que cette révélation a été commis à l'Église catholique et romaine à garder et à transmettre aux fidèles. Les fidèles doivent donc croire à tout ce que leur enseigne l'Église.
Mais la difficulté se pose à nouveau : comment savoir avec certitude ce qu'enseigne l'Église ? Autant la doctrine de l'Église catholique doit être notre règle de foi, autant nous avons besoin d'une prochaine règle de foi nous permettant de connaître quelle est cette doctrine. Cette prochaine règle est nécessairement la manière (ou les manières) utilisée(s) par l'Église pour communiquer son enseignement aux fidèles.
Et cette prochaine règle de foi, communiquant l'enseignement catholique aux fidèles, doit nécessairement être infaillible, sans quoi, elle ne peut engendrer qu'un assentiment conditionnel, qui remplacera l'inébranlable foi divine par l'opinion comme fait le protestantisme.
Or, dans le monde de la tradition de nos jours, on rencontre deux erreurs opposées l’une à l’autre, et opposées toutes les deux à cette infaillibilité de la prochaine règle de la foi. La première est celle qui exige, parmi les conditions de tout acte infaillible de l’Église, la conformité avec la doctrine traditionnel. Cette conformité, comme vous avez si bien montré, est ce que l'infaillibilité garantit. Il va de soi que si cette conformité était une condition à vérifier avant de savoir si l'enseignement était garanti ou non par le Saint-Esprit, le fidèle ne pourrait plus croire simpliciter ce que lui dit l’Église. Aucun acte de l’Église, si solennel qu’il soit, ne pourrait suffire pour autoriser le « credo » du fidèle. Avant de croire, le fidèle doit contrôler la doctrine du magistère pour voir si la règle prochaine ne se serait pas par hasard trompée. Mais son contrôle ne pourrait jamais être que l’acte de sa propre intelligence, largement aussi faillible que le jugement du pape sur le même sujet. Tout au mieux seulement un grand théologien ayant une connaissance détaillée de la tradition ne serait capable de savoir si le magistère avait raison. Et en conséquence seulement le grand théologien serait capable de faire un acte de foi. Le simple fidèle serait réduit à se sauver par l’opinion – laquelle n’est pas une vertu théologale et n’a jamais sauvé personne.
L’erreur opposée à celle-ci est celle qui impose au fidèle le devoir d’adhérer aux doctrines émanant du « magistère vivant » sans se soucier de concilier d’apparentes contradictions entre l’objet de la foi présentée aujourd’hui et celle présentée hier. On affirme, très exactement, que le magistère seul est compétent à éclaircir avec autorité des doutes portant sur le sens de son contenu, et on imagine en conséquence qu’un changement radical de doctrine (écuménisme ? liberté religieuse ?) ne présente aucune difficulté pour la conscience catholique laquelle n’a qu’à se plier. Il est ironique de constater que le Commonitorium de saint Vincent de Lérins, invoqué par les fauteurs de ces deux erreurs, fut écrit précisément pour s’opposer à elles et pour inculquer les sains principes à appliquer, comme chacun peut le voir en le lisant.
Cette deuxième erreur détruit la foi en faisant que son acte propre soit l’adhésion à une formule mais pas à une vérité qui est nécessairement immuable. L’acte par lequel nous avons cru, sur l’enseignement du magistère, que l’Église catholique et romaine a exactement la même connotation que le Corps Mystique de Jésus-Christ (par exemple), n’eût jamais pu être un acte de foi s’il y avait eu la moindre possibilité de revoir soit la doctrine soit notre assentiment à elle.
C’est pourquoi à chacune de ces erreurs la doctrine catholique est suffisamment résumée dans le mot « Credo » - je crois, non « j’opine » ou « je souscris ».