Cher Vianney,
c'est vous, il me semble, qui demandait s'il existe "
beaucoup de conciles oecuméniques dont les déclarations aient continué à susciter de telles divergences d'interprétation, plus de quarante ans après ?"
Le cardinal Ratzinger, en 1985, vous aurait répondu que "à y regarder de plus près, on ne peut pas nier que
presque tous les conciles ont d'abord eu pour effet d'ébranler l'équilibre, agissant comme facteur de crise" (Les principes de la théologie catholique, Tequi).
Après la première session du concile de Constantinople (381), saint Grégoire de Naziance était moyennement euphorique à l'idée de reprendre les débats : "Pour dire la vérité, je considère qu'on devrait fuir toute assemblée d'évêques, car je n'ai jamais vu aucun Concile mettre avoir une issue heureuse ni mettre fin aux maux" (Ep. 130 ad Procopium). Quant à saint Basile, Sa Sainteté Benoît XVI nous rappelait lors du fameux discours du 22 décembre 2005 qu'il ne voyait dans le déroulement de la discussion conciliaire qu'un "vacarme indistinct et confus", et parlait d'une "clameur ininterrompue qui remplissait toute l'Eglise" (De Sancto Spiritu, XXX).
Vous demandiez également "Et quand les déclarations manquent de précision, à quoi au juste obligent-elles les fidèles ?". Le pape Pélage Ier, confronté au doute de certains fidèles au sujet d'un concile, était je pense assez clair :
chaque fois qu'un doute s'élève pour certains au sujet d'un concile universel - pour se voir fournir des éclaircissements au sujet de ce qu'ils ne comprennent pas - soit ceux qui désirent le salut pour leur âme viennent d'eux-mêmes auprès des Sièges apostoliques pour être éclairés, soit... s'ils devaient être à ce point obstinés et opiniâtres qu'ils ne veulent pas être enseigné, il est nécessaire qu'ils soient tirés vers le salut de toutes les manières par ces mêmes Sièges apostoliques, ou qu'ils soient poursuivis par les pouvoirs séculiers conformément aux canons, de manière à ne pas pouvoir être une cause de perdition pour d'autres.
(Lettre "Relegentes autem" au patricien Valérien, mars ou avril 559, au Denzinger, 447)
Ils savaient vivre en ce temps-là.
En tout cas, une chose est claire, c'est
auprès des Sièges apostoliques qu'on trouve la lumière. C'est ce que rappelle également Grégoire XVI dans Mirari Vos :
(...) au seul Pontife romain, d’après le témoignage de saint Léon " a été confié la dispensation des canons ", que lui seul, et non pas un simple particulier, a le pouvoir de prononcer " sur les règles sanctionnées par les Pères ", et qu’ainsi, comme le dit saint Gélase, " c’est à lui de balancer entre eux les divers décrets des canons, et de limiter les ordonnances de ses prédécesseurs, de manière à relâcher quelque chose de leur rigueur et à les modifier après mûr examen, selon que le demande la nécessité des temps, pour les nouveaux besoins des Églises ".
Ainsi, dire que les textes d'une concile oecuménique sont "propres à détruire la foi" et que ceux qui méritent des louanges sont ceux qui lui résistent, c'est vraiment se placer sous le coup de la condamnation énoncée dans Pascendi :
Ce qu'on leur reproche comme une faute, mais c'est ce qu'ils regardent au contraire comme un devoir sacré. En contact intime avec les consciences, mieux que personne, sûrement mieux que l'autorité ecclésiastique, ils en connaissent les besoins : ils les incarnent, pour ainsi dire, en eux. Dès lors, ayant une parole et une plume, ils en usent publiquement, c'est un devoir. Que l'autorité les réprimande tant qu'il lui plaira : ils ont pour eux leur conscience et une expérience intime qui leur dit avec certitude que ce qu'on leur doit, ce sont des louanges, non des reproches.(&37)
Bien à vous.
Marchenoir.