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C'est pour cela que j'aime la messe selon le rite "extraordinaire".
Votre question m'aura été utile, Monsieur l'Abbé, car j'ai été obligée de me formuler pour moi-même les raisons de mon attachement à la messe tridentine.
Tout d'abord, j'aime que les choses aient l'air d'être ce qu'elles sont: c'est à dire que j'aime les vraies pommes de terre, le vrai beurre, la vraie laine, la vraie messe, et l'avantage de la messe "extraordinaire", c'est qu'elle est fidèle à ce qui est dans mon missel: y a pas de lézards, pas de bricolages sur feuille volantes.
Ensuite, j'aime savoir d'où viennent les choses. C'est ainsi que je préfère la mention géographique d'un vin plutôt que la mention du cépage. Ainsi, j'aime savoir que les poulets sont de Loué et qu'Albert est basque (oui, je sais...).
Par ailleurs, j'ai un faible pour les histoires anciennes, pour les aventures qui remontent à loin, à des générations et des générations. Il me plait de penser que depuis que Notre Seigneur a institué l'Église, des hommes se passent par l'imposition des mains non pas le pouvoir, mais le savoir, la force et l'être de la Sainte Église catholique romaine, ma mère, et l'autorité nécessaire à la transmission de ce savoir, à la conservation de cette vie, de cette vérité. "La" Vérité.
Il me plait de penser que ces hommes ont reçu un héritage et qu'ils l'ont chéri pour me le transmettre à moi, toute petite personne insignifiante deux mille ans après la dernière cène, deux mille ans après le Sacrifice de la croix.
Mon cœur explose littéralement de gratitude à cette pensée.
J'aime tout dans cette messe: le grégorien, d'abord. La simplicité et l'ampleur du grégorien exprime l'authenticité du message, à mes oreilles.
J'aime aussi le rythme ternaire des chants: Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei...
J'aime la manière dont le célébrant s'adresse à Dieu, le Père. Dans la liturgie tridentine, c'est très clair; sur ce point je trouve que la messe de Paul VI prête à confusion: j'ai souvent l'impression que le célébrant s'adresse à nous... mais peut-être que je suis bouchée.
J'aime les silences, le nez plongé dans mon missel -ou la tête perdue dans mes prières.
J'aime toutes les bénédictions, les innombrables bénédictions, les signes de croix, les génuflexions... tous ces signes de déférence et d'amour.
J'aime tout, tout me fait du bien, tout m'adoucit et me rend meilleure, tout me donne envie d'aimer, d'aimer Dieu et mes prochains. Et cela m'aide pendant des jours et des jours...
Surtout ces mots du psaume, après l'Asperges me:
"Introibo ad altare Dei.
Ad Deum qui laetificat juventutem meam" ... du Dieu qui réjouit ma jeunesse...
C'est tellement beau de commencer la messe ainsi! c'est tellement vrai que loin de Dieu, être jeune c'est avoir peur et être triste, écrasé par la rapacité des générations en place.
Oh, je sais que l'on va me dire que je suis sentimentale, que cela n'a rien de bien raisonnable, que c'est affreusement pas construit... mais vous nous avez demandé nos raisons personnelles (pas un traité de théologie qui ne serait pas dans mes cordes).
Malheureusement pour moi, j'ai rarement la joie d'assister à la Sainte Messe selon le rite extraordinaire. Pour des raisons que je vais détailler.
La distance géographique, d'abord.
The (only one) messe extraordinaire que nous accorde l'évêché une fois par semaine est à une heure de route de chez moi. Pour des raisons diverses et variées, ce n'est pas dans mes moyens. Le département compte plus de six cent mille habitants.
La distance "éclésiastique" -on va dire.
Dans un rayon de quarante minutes (ce qui est à ma portée de temps en temps), il y deux chapelles où un prêtre de la FSSPX célèbre chaque dimanche. Cela reste un peu loin pour moi, mais surtout, je n'arrive pas à me résoudre à quitter l'Église. D'aucun diront que c'est en allant suivre la messe de ma paroisse que je quitte l'Église, mais cela je ne le crois pas. L'Église est une, mais elle saigne, bientôt elle agonise; et je ne veux pas aggraver l'hémorragie. Alors, je n'y vais que de temps en temps. Quand je suis au bout de mes réserves de "grâces".
Vous avez donc, Monsieur l'Abbé, à faire à quelqu'un qui aime profondément la messe "de toujours" et qui est condamnée (se condamne, diront certains) à la messe de Paul VI neuf dimanches sur dix (au bas mot!).
Parfois, ce sont malgré tout de belles messes.
Assez souvent cela reste de bonnes messes... respectueuses de l'essentiel; à condition de ne pas être trop regardant et d'être un peu sourd (la chorale!).
Mais encore assez souvent -aussi- ce sont d'abominables mascarades. Alors je serre les dents, je m'agenouille toute seule sur le pavé pendant la consécration, je ne communie que des mains du prêtre le cas échéant -et je ne communie pas s'il a confié les Saintes espèces pour aller faire du rangement derrière l'autel, et jamais dans la main. Si c'est trop affreux je sors carrément mon chapelet et je demande à Notre Seigneur de glisser un mot à l'oreille du célébrant. Souvent je ne peux m'empêcher de pleurer.
Plus jamais je ne me risquerai à aller lui parler personnellement, au célébrant! Ah non! A peine courageuse et surtout pas téméraire, je suis.
Pour résumer:
Extraordinaire, par goût. Par gourmandise...
Ordinaire: par obligation. Par amour...
En espérant avoir répondu à votre attente et en vous remerciant pour cette question essentielle.
Maintenant, je vais aller lire la totalité du fil.