Cher BK,
permettez-moi de ne pas partager complètement votre analyse sur ce que pensait le Cal. Ratzinger à l'époque. Ne le connaissant pas personnellement, il s'agit bien sûr là d'une interprétation de ma part à la lecture de certains de ses textes, mais elle diffère de la vôtre.
1. Tout d’abord, le texte en question est écrit en préface à une livre de Mgr Gamber. Ce livre, dont ladite préface est élogieuse pour Mgr Gamber, parle bien quant à lui explicitement du NOM et pas seulement du mouvement liturgique.
La rupture avec la tradition est désormais consommée : par l’introduction de la nouvelle forme de célébration de la messe et des nouveaux livres liturgiques, encore davantage par la liberté concédée tacitement par les autorités d’organiser librement la célébration de la messe, sans qu’on puisse déceler en tout cela un avantage substantiel du point de vue pastoral
Y a-t-il derrière tout cela le souci des âmes, ou bien n’y a-t-il pas plutôt la volonté de tirer un trait de séparation définitif entre l’ancien et le nouveau rite et de rendre ainsi impossible l’utilisation des anciens livres liturgiques, et donc impossible la messe “tridentine”, parce que ces livres ne correspondraient plus au nouvel esprit régnant dans l’Église ?
Les réformateurs voulaient visiblement une liturgie entièrement nouvelle, se différenciant de l’ancienne tant par son esprit que par ses formes extérieures,
2. Le Cal. Ratzinger ne parle pas de « ce qui s’est passé après la promulgation du NOM » mais bien de « ce qui s’est passé après le Concile ». Or le mouvement liturgique dévoyé en vigueur après le Concile, et qui s’est éloigné de façon assez considérable même de ce qu’avait voulu
Sacrosanctum Consilium, est bien le même mouvement liturgique qui a conduit à la rédaction du NOM.
3. Vous interprétez « réalisation concrète de la réforme liturgique » comme s’il était écrit « applications pratiques de la réalisation concrète de la réforme litugique ». Question de point de vue, me direz-vous ; pour ma part, j’avais plutôt interpété « réalisation concrète » comme étant justement les nouveaux livres liturgiques. J’allais un cran moins loin dans la chaîne des conséquences. Mais même en retenant votre interpétation, on ne peut manquer de remarquer que le Cal. Ratzinger parle bien de « la réalisation concrète » et non de « certaines réalisations concrètes » qui se référeraient alors peut-être à certains abus post NOM.
4. Je ne partage pas votre assimilation entre liturgie latine et fruit d’un développement d’une part, et entre liturgie orientale et reflet de la liturgie éternelle d’autre part. Vous faussez la conception même latine de la liturgie en établissant cette distinction.
5. Deux petits compléments pour finir :
Les nouveaux livres officiels, aussi bons soient-ils, laissent beaucoup trop percer la planification très pensée des professeurs et renforcent l'idée qu'on "fait" un livre liturgique comme on fait aussi d'autres livres
Joseph Ratzinger, « Peut-on modifier la liturgie ? » in L'eucharistie. Pain nouveau pour un monde rompu, Fayard, 1981, p. 166
il faut porter un regard critique et constater que, malgré toutes ses qualités, le nouveau missel a été édité comme s'il était un ouvrage revu et corrigé par des professeurs, et non l'une des phases d'une évolution continue. jamais chose semblable ne s'est produite; cela s'oppose à l'essence même de l'évolution de la liturgie.
Ibid, p167-168
La première citation parle bien d’un livre liturgique, et la deuxième paraphrase celle cité en tête de fil, mais me semble encore plus explicitement parler du missel lui-même.
Bien à vous
Une Ame