Ce texte ne parle pas des rites, mais de l'évolution de la notion de liturgie - il faut encore préciser : évolution de la notion de liturgie dans la pensée théologique, et non dans le magistère. Dans aucune phrase de cette préface le cardinal Ratzinger n'analyse la constitution sur la liturgie, la réforme liturgique ou le missel promulgué par Paul VI (à ce sujet, voir - par exemple - ceci, où celui qui était alors Mgr Ratzinger reprend des articles de 1977 à 1979, où figurent les mêmes idées qui figureront dans le Motu Proprio Summorum Pontificum).
- La première partie de ce texte oppose la juste conception de la liturgie évoquée par un jeune prêtre et celle qui se manifeste dans la réalisation concrète de la réforme liturgique (c'est-à-dire non pas le NOM en tant que tel, mais sa mise en oeuvre concrète). Puis il développe en opposant deux conceptions également anti-liturgiques mais opposées (qui ne sont bien sûr pas identifiables au VOM et au NOM, mais qui en sont chacune des caricatures) : "liturgie dégénérée en show" et " conservation des formes rituelles [...] poussée à l'extrême".
La seule phrase qui concerne le NOM à proprement parler est celle-ci, qui évoque l'attitude normale à avoir envers tout rite approuvé par l'Eglise : "Certes, il reste entre les deux tous les prêtres et leurs paroissiens qui célèbrent la nouvelle liturgie avec respect et solennité; mais ils sont remis en question par la contradiction entre les deux extrêmes, et le manque d’unité interne dans l’Église fait finalement paraître leur fidélité, à tort pour beaucoup d’entre eux, comme une simple variété personnelle de néoconservatisme."
- Dans sa dernière partie, après avoir évoqué la figure de Mgr Gamber, le cardinal Ratzinger commence par rappeller deux approches complémentaires - l'une surtout latine, et l'autre d'origine orientale - de la liturgie : "liturgie fruit d'un développement" et "[liturgie] reflet de la liturgie éternelle".
"Ce qui s’est passé après le Concile signifie tout autre chose : à la place de la liturie fruit d’un développement continu, on a mis une liturgie fabriquée. On est sorti du processus vivant de croissance et de devenir pour entrer dans la fabrication. On n’a plus voulu continuer le devenir et la maturation organiques du vivant à travers les siècles, et on les a remplacés — à la manière de la production technique — par une fabrication, produit banal de l’instant."
Si l'on s'en tient à l'idée maîtresse de ce texte (qui analyse l'évolution de la notion de liturgie dans l'opinion et non dans le magistère, et sans jamais parler directement des rites ni de la réforme liturgique) "Ce qui s’est passé après le Concile" désigne la façon dont la liturgie a été mise en oeuvre après le concile - et non la liturgie.
Dans la Célébration de la Foi, cette idée est explicitée en ces termes : "A l'époque où le nouveau missel n'avait pas encore paru, mais où l'ancien était déjà traité d'"ancien", on n'eut plus conscience qu'il y a un "rite", c'est-à-dire une forme liturgique préétablie, et que la liturgie n'est elle-même que parce que ceux qui célèbrent ne peuvent en disposer à leur guise".
En bref : le cardinal Ratzinger reproche certes au nouveau missel de "laisser trop apparaître une planification professorale délibérée", renforçant ainsi "l'idée qu'un missel peut être fait comme n'importe quel autre livre", mais "le missel de Paul VI n'est rien d'autre qu'une version nouvelle du missel auquel avaient déjà travaillé saint Pie X, Urbain VIII, saint Pie V et leurs prédécesseurs en remontant jusqu'à l'Eglise primitive".
Soit encore :
"A quoi pouvait ressembler la liturgie en 1918 ? Je tenterai une comparaison, sans doute imparfaite comme toute comparaison, mais qui éclairera mon propos. La liturgie, à ce moment-là, donnait l'impression d'une fresque parfaitement préservée, mais presque entièrement recouverte de couches successives. Dans le missel que le prêtre utilisait pour célébrer la messe, la liturgie apparaissait telle qu'elle s'était développée depuis ses origines, alors que pour les croyants, elle était en grande partie dissimulée sous une foule de rubriques et de prières privées. Grâce au Mouvement liturgique, puis de façon plus nette lors du concile Vatican II, la fresque fut dégagée et, pendant un instant, nous restâmes fascinés par la beauté de ses couleurs et des ses motifs. Exposée depuis lors aux conditions climatiques comme à diverses tentatives de restauration ou de reconstruction, la fresque risque toutefois d'être détruite si l'on ne prend pas rapidement des mesures pour mettre un terme à ces influences nuisibles. Certes, il ne s'agit pas de la recouvrir derechef d'une autre couche, mais de susciter un nouveau respect pour tout ce qui la touche, une intelligence renouvelée de son message et de sa réalité, pour éviter que cette redécouverte ne soit le premier pas vers sa perte définitive." (Avant-propos de L'Esprit de la liturgie) |