...vous permettrait pourtant de comprendre en quoi la liberté revendiquée par Vatican II s’oppose à l’enseignement constant de l’Église. La “liberté religieuse” prônée comme un droit naturel (issu de la Révélation !) par Vatican II ne se limite pas à n’obliger personne à adhérer à la religion catholique (ce que l’Église a toujours reconnu). Elle revendique (Dignitatis humanæ, § 4) pour toutes les religions indistinctement le droit “d’édifier des édifices religieux” (les fameux minarets, vous vous souvenez ?), “de tenir librement des réunions ou de constituer des associations éducatives, culturelles, caritatives et sociales”, “de manifester librement l’efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l’activité humaine”.
Or, cette égale protection accordée par l’État à toutes les religions est précisément ce que Léon XIII condamne sous le nom de libéralisme dans son encyclique Libertas Præstantissimum que je vous invite à lire attentivement dans son intégralité – c’est beaucoup plus qu’un simple “divertissement d’intellectuel” – et dont voici quelques passages particulièrement significatifs :
Envisagée au point de vue social, cette même liberté veut que l’Etat ne rende aucun culte à Dieu, ou n’autorise aucun culte public ; que nulle religion ne soit préférée à l’autre, que toutes soient considérées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait profession de catholicisme. Mais pour qu’il en fût ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n’eût aucun devoir envers Dieu, ou qu’en ayant, elle pût impunément s’en affranchir ; ce qui est également et manifestement faux.
C’est Dieu qui a fait l’homme pour la société et qui l’a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, pussent la trouver dans l’association. C’est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l’hommage de son culte. Non, de par la justice ; non, de par la raison, l’Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l’athéisme, être animé à l’égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits.
Et si l’on demande, parmi toutes ces religions opposées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l’exclusion des autres, la raison et la nature s’unissent pour nous répondre : celle que Dieu a prescrite et qu’il est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l’erreur entraînerait des conséquences trop désastreuses. C’est pourquoi offrir à l’homme la liberté dont Nous parlons, c’est lui donner le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour se tourner vers le mal : ce qui, Nous l’avons dit, n’est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté et une servitude de l’âme dans l’abjection du péché.