« Le cheval de Troie n’a pas vraiment consisté dans les documents conciliaires eux-mêmes ; ce sont plutôt certaines idées que des groupes de pression réussirent à faire entrer dans l’aula conciliaire, qui entraînèrent la maturation progressive d’une ligne qui a déterminé ensuite la culture postconciliaire » (p. 21). Dans cette optique (acceptable), on sait gré à l’auteur d’abord de reconnaître la légitimité de Vatican II, et sa doctrine, laquelle « devra toujours être religieusement accueillie comme un enseignement conciliaire » (p. 54), et (théoriquement) de reporter ses critiques plutôt sur la formulation de Vatican II.
Le problème que dénonce Mgr Gherardinie est fort simple : ces idées des groupes de pression ont effectivement conduit au fait que la formulation de Vatican II est restée ambigüe, n'a pas condamné clairement les erreurs contraires à la doctrine catholique, et n'a pas réaffirmé simplement les dogmes de l'Eglise catholique. Ces fameuses bombes latentes que certains théologiens à Vatican II reconnaissaient eux-même avoir laissées pour s'en servir après.
Du coup, la réponse du P. Basile à la thèse numérotée 2 tombe un peu à plat :
En droit, même le magistère non définitif (dit aussi « authentique ») exige que nous y adhérions, et d’ailleurs non seulement extérieurement, mais encore par un assentiment interne de notre intelligence et de notre volonté. Donc, par exemple, lorsque Pie XII, dans son allocution du 29 septembre 1949, condamne la fécondation artificielle humaine, il faut y adhérer. De même, lorsque Vatican II condamne la violation du droit à la liberté religieuse.
Car, pour donner l'assentiment interne de son intelligence, encore faut-il qu'on sache concrètement à quoi on donne l'assentiment son intelligence. Par exemple, encore faut-il bien s'entendre sur ce que Vatican II entend par la "condamnation de la violation du droit à la liberté religieuse". Une double négation en la matière ne vaut pas affirmation.
Et une bonne partie de la suite de l'article s'attache à démontrer qu'on doit assentiment à Vatican II, voix du Magistère, parce qu'il ne contiendrait pas d'erreur évidente. Mais on peut parfaitement donner son assentiment à un texte qui n'affirme rien de précis, et pour autant continuer à en demander des éclaircissements, ou en dénoncer un interprétation qui est contraire au magistère antérieur.
C'est typiquement le cas de la fameuse "Déclaration commune sur la Justification", abordée aussi dans l'article. En la matière, je ne partage même pas l'avis de Mgr Gherardini : il ne s'agit même pas d'un "consensus fou". Pour moi il n'y a pas de consensus du tout, puisque ce qui a opposé de tous temps les luthériens et les catholiques, le coeur de cette opposition, subsiste toujours, comme le confirment la Déclaration elle-même, et surtout la Note publiée ensuite par la CDF.
Quant au fait que Vatican II ait "offert aux partisans d’une herméneutique de rupture (nommés de manière ambiguë « le postconcile ») comme un point d’ancrage", ce n'est même pas à démontrer ! Tous les hérésiarques les plus farfelus prétendent toujours s'invoquer de Vatican II ! En revanche, j'en ai rarement vu qui s'invoquent du Concile de Trente... Allez comprendre !
Cordialement
Meneau