Le texte du Père Basile, selon sa version brève ou sa version allongée, ne laisse pas longtemps douter de son intention. Il discute du livre de Mgr Gherardini, un récent ouvrage théologique relatif au Concile qui ne parle jamais de Mgr Lefebvre, jamais de la Fraternité Saint-Pie X. C’est un fait.
Pourtant, dès la première ligne (de sa version brève), le Père Basile ne peut s’empêcher de parler de… la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, en consacrant à son court résumé un paragraphe entier aux rares allusions implicites et convenues du théologien romain à l’égard de la FSSPX. Le sujet devient alors récurent comme si l’auteur, du fait de la position assez délicate et fort engagée de son monastère, ne pouvait s’empêcher, en filigrane, de vouloir légitimer une position maximaliste adoptée depuis vingt ans et renforcée théologiquement à force d’ouvrages issus des rangs de sédévacantistes repentis et réfugiés dans des thèses refusant énergiquement d’ôter toute valeur à un Concile, fût-il pastoral. L’important, ce ne sont pas les décisions des papes, ni même leurs contenus, ce sont les titres qu’ils se sont donnés.
Par conséquent, avant tout débat, l’assentiment est dû au Concile. Le fait de discuter le Concile est lui-même contesté. Par conséquent, le débat tourne au dialogue de sourd. Pourquoi discuter d’un concile puisque la discussion est-elle-même contestée ? Le Concile devient si intouchable que la moindre nuance de la part de Mgr Gherardini devient, pour le Père Basile, une contradiction à tout ce qui pourrait vanter l’intouchable Concile. On est loin de l’esprit du cardinal Ratzinger qui rappelait que Vatican II était avant tout pastoral, qu’il ne voulait définir aucun dogme (1988) ou de celui de son successeur qui montrait que les décrets conciliaires avaient des valeurs bien différentes (2009). Quoiqu’il en soit, ce manichéisme forcé aboutit aux deux thèses exposées par le moine du Barroux qui reconnaît par conséquent les mérites d’un Brunero Gherardini louangeur tandis qu’il condamne véhément un autre Brunero Gherardini, jugé tel un mauvais élève, comme le montre réalistement Christophe Saint-Placide. Ainsi, les complexités de la nuance théologique sont dissoutes dans un monde en noir et blanc : celles qui relèvent du bon Gherardini et celle qui relèvent du mauvais Gherardini.
Il faut bien dire que parler à l’encontre du doyen de théologie du Latran d’un ton « assez verbeux », d’un texte qui « embrouille » les questions, qui croit pouvoir dire que l’auteur n’est pas honnête ou fait des contresens, pour conclure qu’il « est dommage » qu’il n’ait pas abordé tel sujet, laisse un peu songeur sur la qualité d’une telle disputatio.
Prenons un exemple : Le commentateur affirme que la note sur le « subsistit in » est une évidence. Il fait mine de ne pas comprendre que Mgr Gherardini ne saisisse pas son sens, pire il laisse entendre que ce dernier la falsifie, comme si les Pères conciliaires avaient, à l’évidence, par cette formulation, voulu renforcer l’identité entre l’Église fondée par le Christ et l’Église catholique d’aujourd’hui…
Le professeur Valuet juge l’élève Gherardini et conclut : « Ce livre constitue donc un immense hors sujet. » Pour notre part, nous recevons le commentaire du père bénédiction et ne pouvons, dans le contexte actuel, qu’y voir un passeport pour le progressisme, qui fera du Concile un texte intouchable, ou pour le sédévacantisme qui poussera à l’extrême l’interprétation de l’infaillibilité à tel point qu’il finira par conduire les âmes soit dans l’aveuglement face aux contradictions, soit dans le désespoir outrancier.
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