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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Honneur à Saint-Thomas Imprimer
Auteur : Gentiloup
Sujet : Honneur à Saint-Thomas
Date : 2010-09-08 12:33:32

Je me permets de replacer dans son entier l'extrait de l'encyclique "Aeterni Patris", que vous avez cité, par lequel Léon XIII rappelle la valeur irremplaçable de l'œuvre de Saint-Thomas d'Aquin, comme remède contre les erreurs:

"Mais entre tous les docteurs scolastiques, brille, d'un éclat sans pareil leur prince et maître à tous, Thomas d'Aquin, lequel, ainsi que le remarque Cajetan, pour avoir profondément vénéré les Saints Docteurs qui l'ont précédé, a hérité en quelque sorte de l'intelligence de tous (33). Thomas recueillit leurs doctrines, comme les membres dispersés d'un même corps; il les réunit, les classa dans un ordre admirable, et les enrichit tellement, qu'on le considère lui-même, à juste titre, comme le défenseur spécial et l'honneur de l'Eglise. D'un esprit ouvert et pénétrant, d'une mémoire facile et sûre, d'une intégrité parfaite de mœurs, n'ayant d'autre amour que celui de la vérité, très riche de science tant divine qu'humaine, justement comparé au soleil, il réchauffa la terre par le rayonnement de ses vertus, et la remplit de la splendeur de sa doctrine. Il n'est aucune partie de la philosophie qu'il n'ait traitée avec autant de pénétration que de solidité : les lois du raisonnement, Dieu et les substances incorporelles, l'homme et les autres créatures sensibles, les actes humains et leurs principes, font tour à tour l'objet des thèses qu'il soutient, dans lesquelles rien ne manque, ni l'abondante moisson des recherches, ni l'harmonieuse ordonnance des parties, ni une excellente manière de procéder, ni la solidité des principes ou la force des arguments, ni la clarté du style ou la propriété de l'expression, ni la profondeur et la souplesse avec lesquelles il résout les points les plus obscurs.

Ajoutons à cela que l'angélique docteur a considéré les conclusions philosophiques dans les raisons et les principes mêmes des choses: or, l'étendue de ces prémisses, et les vérités innombrables qu'elles contiennent en germe, fournissent aux maîtres des âges postérieurs une ample matière à des développements utiles, qui se produiront en temps opportun. En employant, comme il le fait, ce même procédé dans la réfutation des erreurs, le grand docteur est arrivé à ce double résultat, de repousser à lui seul toutes les erreurs des temps antérieurs, et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans l'avenir.De plus, en même temps qu'il distingue parfaitement, ainsi qu'il convient, la raison d'avec la foi, il les unit toutes deux par les liens d'une mutuelle amitié: il conserve ainsi à chacune ses droits, il sauvegarde sa dignité, de telle sorte que la raison, portée sur les ailes de saint Thomas, jusqu'au faîte de l'intelligence humaine, ne peut guère monter plus haut, et que la foi peut à peine espérer de la raison des secours plus nombreux ou plus puissants que ceux que saint Thomas lui a fournis.

C'est pourquoi, surtout dans les siècles précédents, des hommes du plus grand renom en théologie comme en philosophie, après avoir recherché avec une incroyable avidité les œuvres immortelles du grand docteur, se sont livrés tout entier, Nous ne dirons pas à cultiver son angélique sagesse, mais à s'en pénétrer et à s'en nourrir.

On sait que presque tous les fondateurs et législateurs des Ordres religieux ont ordonné à leurs frères d'étudier la doctrine de saint Thomas et de s'y attacher religieusement, et qu'ils ont pourvu d'avance à ce qu'il ne fût permis à aucun d'eux de s'écarter impunément, pas même sur le moindre point, des vestiges d'un si grand homme : sans parler de la famille dominicaine, qui revendique cet illustre maître comme une gloire lui appartenant, les Bénédictins, les Carmes, les Augustins, la Société de Jésus et plusieurs autres Ordres religieux sont soumis à cette loi, ainsi qu'en témoignent leurs statuts respectifs.

Et, ici, c'est avec un extrême plaisir que l'esprit se reporte à ces écoles et ces académies célèbres et jadis si florissantes de Paris, de Salamanque, d'Alsace, de Douai, de Toulouse, de Louvain, de Padoue, de Bologne, de Naples, de Coïmbre, et d'autres en grand nombre. Personne ne l'ignore : la gloire de ces académies crût, en quelque sorte, avec le temps, et les consultations qu'on leur demandait, dans les affaires les plus importantes, jouirent partout d'une grande autorité. Or, on sait aussi que, dans ces nobles asiles de la sagesse humaine, saint Thomas régnait en prince, comme dans son propre empire, et que tous les esprits, tant des maîtres que des auditeurs, se reposaient uniquement, et dans une admirable concorde, sur l'enseignement et l'autorité du docteur angélique.

Il y a plus encore: les Pontifes romains, nos prédécesseurs, ont honoré la sagesse de Thomas d'Aquin de remarquables éloges et des plus glorieux suffrages.

Clément VI, Nicolas V, Benoît XIII, d'autres encore témoignent de l'éclat que son admirable doctrine donne à l'Eglise universelle. Saint Pie V reconnaît que cette même doctrine confond, terrasse et dissipe les hérésies, et que chaque jour elle délivre le monde entier de funestes erreurs; d'autres, avec Clément XII, affirment que des biens abondants ont découlé de ses écrits sur l'Eglise universelle, et qu'on lui doit à lui-même les honneurs et le culte que l'Eglise rend à ses plus grands docteurs, Grégoire, Ambroise, Augustin et Jérôme; d'autres enfin ne crurent pas trop faire en proposant saint Thomas aux académies et aux grandes écoles, comme un modèle et un maître qu'elles pouvaient suivre sans crainte d'erreur. Et, à ce propos, les paroles du bienheureux Urbain V à l'académie de Toulouse méritent d'être rappelées ici : " Nous voulons et, par la teneur des présentes, Nous vous enjoignons de suivre la doctrine du bienheureux Thomas, comme étant véridique et catholique, et de vous appliquer de toutes vos forces à la développer (34)." A l'exemple d'Urbain V, Innocent XII impose les mêmes prescriptions à l'université de Louvain, et Benoît XIV au collège dionysien de Grenade. Pour couronner ces jugements portés par les Pontifes suprêmes sur saint Thomas d'Aquin, Nous ajoutons ce témoignage d'Innocent VI : " La doctrine de saint Thomas a, plus que toutes les autres, le droit canon excepté, l'avantage de la propriété des termes, de la mesure dans l'expression, de la vérité des propositions, de telle sorte que ceux qui la possèdent ne sont jamais surpris hors du sentier de la vérité, et que quiconque l'a combattue a toujours été suspect d'erreur (35)."

A leur tour, les conciles œcuméniques dans lesquels brille la fleur de la sagesse cueillie de toute la terre, se sont appliqués en tout temps à rendre à Thomas d'Aquin un hommage particulier. Dans les conciles de Lyon, de Vienne, de Florence, du Vatican, on eût cru voir saint Thomas prendre part, présider même, en quelque sorte, aux décrets des Pères, et combattre, avec une vigueur indomptable et avec le plus heureux succès, les erreurs des Grecs, des hérétiques et des rationalistes. Mais le plus grand honneur rendu à saint Thomas, réservé à lui seul, et qu'il ne partagea avec aucun des docteurs catholiques, lui vint des Pères du concile de Trente : ils voulurent qu'au milieu de la sainte assemblée, avec le livre des divines Ecritures et des décrets des Pontifes suprêmes, sur l'autel même, la Somme de Thomas d'Aquin fût déposée ouverte, pour qu'on pût y puiser des conseils, des raisons, des oracles.

Enfin, une dernière palme semble avoir été réservée à cet homme incomparable: il a su arracher aux ennemis eux-mêmes du nom catholique le tribut de leurs hommages, de leurs éloges, de leur admiration. On le sait, en effet: par les chefs des partis hérétiques, on en a vu déclarer hautement, qu'une fois la doctrine de saint Thomas d'Aquin supprimée, ils se faisaient forts d'engager une lutte victorieuse avec tous les docteurs catholiques, et d'anéantir l'Eglise (36). Vaine espérance, sans doute, mais le témoignage n'est point vain.

Pour ces faits et ces motifs, Vénérables Frères, toutes les fois que Nous considérons la bonté, la force et les remarquables avantages de cet enseignement philosophique, tant aimé de Nos Pères, Nous jugeons que ç'a été une témérité de n'avoir continué, ni en tous temps, ni en tous lieux, à lui rendre l'honneur qu'il mérite: d'autant plus que la philosophie scolastique a en sa faveur et un long usage, et l'approbation d'hommes éminents, et, ce qui est capital, le suffrage de l'Eglise. A la place de la doctrine ancienne, un nouveau genre de la philosophie s'est introduit çà et là, et n'a point porté les fruits désirables et salutaires que l'Eglise et la société civile elle-même eussent souhaités. Sous l'impulsion des novateurs du XVIe siècle, on se prit à philosopher sans aucun égard pour la foi et l'on s'accorda mutuellement pleine licence de laisser aller sa pensée selon son caprice et son génie. Il en résulta tout naturellement que les systèmes de philosophie se multiplièrent outre mesure, et que des opinions diverses, contradictoires, se firent jour, même sur les objets les plus importants des connaissances humaines. De la multitude des opinions on arriva facilement aux hésitations et au doute: or, du doute à l'erreur, qui ne le voit ? la chute est facile."


La discussion

 A D. Sureau sur la distinction : ordre naturel, or [...], de Jean-Paul PARFU [2010-09-06 17:04:24]
      Dialoguer..., de Denis SUREAU [2010-09-06 18:38:36]
          Cher Denis Sureau, de Jean-Paul PARFU [2010-09-06 21:00:00]
              Multiplication des lois naturelles !, de Denis SUREAU [2010-09-07 08:58:48]
      Mais je sais aussi, de Veni [2010-09-07 00:33:05]
          Lubac et Rome, de Denis SUREAU [2010-09-07 08:52:22]
              Dans le mystère du surnaturel, de Jean-Paul PARFU [2010-09-07 10:53:04]
          Un peu de bonne foi..., de Justin Petipeu [2010-09-07 11:44:20]
              Lubac et Rome suite, de Denis SUREAU [2010-09-07 13:28:52]
              Je remercie Jean-Paul Parfu et Denis Sureau, de Yves Daoudal [2010-09-07 13:37:12]
                  Bien d'accord..., de origenius [2010-09-07 13:51:21]
                  Bien d'accord..., de Denis SUREAU [2010-09-07 14:09:43]
                      Sur la gratuité de l'ordre surnaturel, de Jean-Paul PARFU [2010-09-07 14:56:35]
                          Non, non, et non., de Yves Daoudal [2010-09-07 16:20:22]
                              C'est une question difficile, de Jean-Paul PARFU [2010-09-07 16:52:32]
                                  Eh oui, je suis un sentimental,, de Yves Daoudal [2010-09-07 17:00:25]
                                      Non, pas sentimental !, de Jeanne Smits [2010-09-07 23:43:05]
                                          Là, je ne crois pas!, de Gentiloup [2010-09-08 01:02:47]
                                              Mystère en effet..., de Jeanne Smits [2010-09-08 10:33:16]
                                                  C'était l'idée de Duns Scot, le ""doct [...], de Yves Daoudal [2010-09-08 12:22:41]
                                                      Anthropomorphisme ?, de Vincent F [2010-09-08 14:17:31]
                                                          C'est vrai, de Jean-Paul PARFU [2010-09-08 14:42:05]
                              le surnaturel serait donc dû???, de Theonas [2010-09-08 11:26:40]
                                  L'ordre surnaturel est-il un dû ou un don ?, de Jean-Paul PARFU [2010-09-08 11:59:51]
                  Sans doute vous a-t-il échappé, de Justin Petipeu [2010-09-07 21:42:04]
                  Oui, mais... A propos du thomisme?, de Gentiloup [2010-09-08 01:08:37]
                      Le Pape n'est pas thomiste, de Denis SUREAU [2010-09-08 08:53:35]
                          Merci, mais..., de Gentiloup [2010-09-08 09:57:55]
                              Infaillibilité doctorale ?, de sylvquin [2010-09-08 10:16:44]
                              Evidemment que les docteurs de l'Eglise, de Yves Daoudal [2010-09-08 10:42:05]
                              thomisme et hérésie, de Thomas [2010-09-08 11:02:47]
                                  Excellent., de Yves Daoudal [2010-09-08 11:33:54]
                                  Je ne sais pas , de Gentiloup [2010-09-08 12:14:54]
                                  Une petite précision.., de origenius [2010-09-08 14:34:02]
                      Lisez l’encyclique, de Vianney [2010-09-08 09:36:18]
                          Honneur à Saint-Thomas, de Gentiloup [2010-09-08 12:33:32]
                          "Tout ce que je sais, de castelrey [2010-09-09 14:32:20]