...pour me faire pardonner mon retard à vous répondre, cher Origénius : “Il faut dépenser le mépris avec une grande économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.”
Observez par exemple ce qu’écrit le R.P. A. d’Alès dans son
Dictionnaire apologétique de la foi catholique (t. 4, p. 1582-1583) :
SYNCRÉTISME. — Le mot syncrétisme évoque immédiatement l’idée de mélange. Appliqué à l’histoire religieuse, il désigne moins un système défini qu’une tendance : tendance naturaliste à présenter l’unique vraie religion, révélée de Dieu, comme un simple résidu des diverses religions historiques. Il s’attaque d’ailleurs soit au dogme et au culte, soit au culte seulement.
Le syncrétisme dogmatique, méconnaissant le caractère transcendant de la doctrine révélée, substitue aux symboles de foi, garantis par l’autorité de 1’Eglise, des pièces de marquetterie où figurent, en proportions variables, les vérités divines et des inventions humaines. On comprend aisément que cette voie mène à l’hérésie, Car le dépôt de la révélation doit être gardé pur de tout alliage ; si la foi chrétienne fait volontiers appel à la philosophie rationnelle pour développer le contenu de la tradition divine authentique, elle repousse tout accroissement par le dehors. La doctrine chrétienne est, selon le mot de l’Apôtre (I, Cor., I, 23-24 ; II, 7), scandale pour les Juifs, folie pour les Gentils, mais pour les élus, puissance de Dieu et sagesse de Dieu ; sagesse mystérieuse, venue d’en haut.
Il y a d’ailleurs, dans le syncrétisme religieux, bien des nuances, depuis les affirmations catégoriques du naturalisme intégral jusqu’aux insinuations plus ou moins ouvertes du modernisme. A tous les degrés, il constitue un dissolvant énergique de la croyance catholique.
Je peux naturellement me tromper, mais il me semble que votre petit exposé sur
“l’Unité des Religions” n’échappait pas toujours à cet écueil, loin de là. Impression partagée par quelques autres liseurs, si j’ai bien compris leurs réactions : la plus bienveillante étant encore celle de Luc Perrin, qui y voyait un exemple de l’humour origéniusien...
(Origénius :) Alors que dans l'extrait que vous citez, je me contentais de rappeler que les croyants des différentes formes traditionnelles attendaient le Pasteur unique Jésus-Christ.
C’est là encore une affirmation qui demanderait à être examinée cas par cas, et avec la plus grande prudence. Est-il bien certain, par exemple, que les chrétiens et les juifs croient au même Messie ? Alors que les seconds refusent plus que jamais le Christ souffrant de l’histoire, sera-t-il mieux reconnu au moment de son retour glorieux ? Car les prophéties divines (des deux Testaments) nous apprennent qu’avant le second avènement du Messie, l’Antéchrist incarnera une singerie diabolique de ce retour : ce personnage, qui n’aura pas les traits du Jésus détesté, les juifs ne vont-ils pas le prendre pour le Messie ?
V.