Une analogie intéressante..
Au moment de la Chute, la nature duelle de l'Arbre de la Science apparaît à Adam, « puisque c'est alors qu'il devient "connaissant le bien et le mal" [Genèse, III, 22] H,
Lorsque "leurs yeux furent ouverts", Adam et Ève se couvrirent de feuilles de figuier (ibid., III, 7) ; ceci est à rapprocher du fait que, dans la tradition hindoue, 1"'Arbre du Monde" est représenté par le figuier, et aussi du rôle que joue ce même arbre dans l'Évangile.
Cette indication nous ouvre de vastes horizons. Dans le Cantique sur le Paradis d'Ephrem le Syrien, on peut souligner l'analogie établie dans le poème entre l'Éden et le Temple, résidences l'un et l'autre de la Présence divine, la Shekinah.
À l'intérieur de la sphère paradisiaque se trouve le Jardin proprement dit, au milieu duquel se dresse l'Arbre de Vie, et qui est symbolisé dans le Temple par le Saint des saints. L'Arbre de la Science du bien et du mal détermine quant à lui un deuxième enclos qui, dans le Temple, sera représenté par le Saint.
l'Éden est entouré par un troisième espace, la « région des figuiers silencieux » - abri et havre de paix pour tous ceux qui « montent au Paradis ». Leur enclos, le plus extérieur donc, correspond dans le sanctuaire de Jérusalem à l'endroit réservé au peuple.
Or, c'est là que Jésus chassa les « marchands du Temple » immédiatement après avoir maudit le figuier stérile (saint Marc, XI, 12-18).
Adam, en s'éloignant de la Shekinah, au centre de l'Éden, a causé le même désordre que les marchands du Temple, et illustré l'ambivalence de tout symbole, en l'occurrence celui du figuier. Cet arbre, en hébreu, se dit Th'ANH (the'énah), et passion, désir se dit ThANH (tha'anah). Adam, se détournant de l'Amour pacifiant et unifiant, s'est abandonné au désir passionnel, à l'attraction de la dualité puis de la multiplicité kaléidoscopique de l'illusion cosmique. Nos premiers parents qui, au centre du Paradis, étaient revêtus de la lumière de gloire, en sont dépouillés dans la troisième enceinte et, réalisant leur nudité ontologique, ils se couvrent de feuilles de figuier, vestiges de l'Arbre de Vie.
Dès lors le chemin de celui-ci, identifié à l'unité première, est inaccessible à l'homme déchu, ayant perdu, le "sens de l'éternité", qui est aussi le "sens de l'unité ". Mais ce que l'humanité dans son ensemble a perdu, tout individu qualifié peut le retrouver avec la grâce.
Cordialement
Origenius
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