En Newman, la force motrice qui le poussait sur le chemin de la conversion était la conscience. Mais qu'entend-on par cela ? Dans la pensée moderne, la parole « conscience » signifie qu'en matière de morale et de religion, la dimension subjective, l'individu, constitue l'ultime instance de la décision. Le monde est divisé dans les domaines de l'objectif et du subjectif. A l'objectif appartiennent les choses qui peuvent se calculer et se vérifier par l'expérience. La religion et la morale sont soustraites à ces méthodes et par conséquent sont considérées comme appartenant au domaine du subjectif. Ici, n'existeraient pas, en dernière analyse, des critères objectifs. L'ultime instance qui ici peut décider serait par conséquent seulement le sujet, et avec le mot « conscience » on exprime justement ceci : dans ce domaine peut seulement décider un chacun, l'individu avec ses intuitions et ses expériences. La conception que Newman a de la conscience est diamétralement opposée. Pour lui « conscience » signifie la capacité de vérité de l'homme : la capacité de reconnaître justement dans les domaines décisifs de son existence - religion et morale - une vérité, la vérité. La conscience, la capacité de l'homme de reconnaître la vérité lui impose avec cela, en même temps, le devoir de se mettre en route vers la vérité, de la chercher et de se soumettre à elle là où il la rencontre. La conscience est capacité de vérité et obéissance à l'égard de la vérité, qui se montre à l'homme qui cherche avec le cœur ouvert. Le chemin des conversions de Newman est un chemin de la conscience - un chemin non de la subjectivité qui s'affirme, mais, justement au contraire, de l'obéissance envers la vérité qui, pas à pas, s'ouvre à lui. Sa troisième conversion, celle au Catholicisme, exigeait de lui d'abandonner presque tout ce qui lui était cher et précieux : ses biens et sa profession, son grade académique, les liens familiaux et de nombreux amis. Le renoncement que l'obéissance envers la vérité, sa conscience, lui demandait allait encore plus loin. Newman avait toujours été conscient d'avoir une mission pour l'Angleterre. Mais dans la théologie catholique de son temps, sa voix pouvait à grand peine être entendue. Elle était trop contraire à la forme dominante de la pensée théologique et aussi de la piété. En janvier 1863, il écrivit dans son journal ces phrases bouleversantes : « Comme protestant, ma religion me semblait misérable, mais pas ma vie. Et maintenant, en catholique, ma vie est misérable mais pas ma religion ». L'heure de son efficacité n'était pas encore arrivée. Dans l'humilité et l'obscurité de l'obéissance, il dut attendre jusqu'à ce que son message soit utilisé et compris. Pour pouvoir affirmer l'identité entre le concept que Newman avait de la conscience et la compréhension moderne subjective de la conscience, on aime faire référence à la parole selon laquelle lui-même - dans le cas où il aurait dû porter un toast -, l'aurait d'abord porté à la conscience, puis au Pape. Mais dans cette affirmation, « conscience » ne signifie pas le caractère obligatoire ultime de l'intuition subjective. C'est l'expression de l'accessibilité et de la force contraignante de la vérité : en cela se fonde son primat. Au Pape, peut être dédié le second toast, parce que c'est son devoir d'exiger l'obéissance à l'égard de la vérité.
Le texte est explicite.
Je suppose qu'il veut dire que c'est la conception de Newman, opposée à la conception moderne, qui est la vraie façon de concevoir la conscience. Or cela ne ressort pas clairement dans cette citation.
Vous n'avez pas à supposer c'est ce qu'il dit même dans l'extrait que vous citez.
Bien sûr ensuite vient la question de l'obéissance...(celle la est peut-être gênante à certains)
Cordialement