a.2 La Mère de Dieu est-elle demeurée vierge en l’enfantant ?
[48073] arg. 1. S. Ambroise écrit : “Celui qui a sanctifié, en vue de la naissance d’un prophète, un sein étranger, c’est lui qui a ouvert le sein de sa propre mère pour en sortir immaculé.” Mais un sein ne peut s’ouvrir sans exclure la virginité.
[48074] 2. Rien, dans le mystère du Christ, ne devait faire paraître son corps comme imaginaire. Mais qu’il puisse traverser des lieux clos, cela ne peut convenir qu’à un corps non réel, mais imaginaire, du fait que deux corps ne peuvent coexister dans le même lieu. Donc le corps du Christ ne pouvait sortir du sein maternel si celui-ci demeurait fermé.
[48075] 3. Comme dit S. Grégoire dans une homélie sur l’octave de Pâques, du fait qu’après sa résurrection le Seigneur a pénétré à travers les portes closes jusqu’à ses disciples “montre que son corps avait gardé sa nature et reçu une nouvelle gloire”. Ainsi, traverser les lieux clos doit être attribué au corps glorieux. Or dans sa conception, le corps du Christ n’était pas glorieux mais passible car, selon l’Apôtre (Rm 8, 3), “le Christ avait une chair semblable à celle du péché”. Il n’est donc pas sorti du sein de la Vierge resté fermé.
[48076] s. c. On dit dans un discours du Concile d’Éphèse : “La nature, après l’enfantement, ne connaît plus de vierge. Mais la grâce a montré une mère qui enfante sans que sa virginité en souffre.”
[48077] Corpus. Sans aucun doute, il faut affirmer que la mère du Christ est demeurée vierge même en enfantant. Car le prophète ne dit pas seulement “Voici que la Vierge concevra”, mais il ajoute “Elle enfantera un fils.” Et l’on peut en donner trois raisons de convenance.
1° Cela convenait à ce qui est le propre de celui qui naîtrait, et qui est le Verbe de Dieu. Car non seulement le verbe est conçu dans notre cœur sans le corrompre, mais c’est aussi sans corruption qu’il sort du cœur. [58.32] Aussi, pour montrer qu’il y avait là le corps du Verbe de Dieu en personne, convenait-il qu’il naquît du sein intact d’une vierge. On lit encore dans un discours du Concile d’Éphèse : “Celle qui engendre la chair seule cesse d’être vierge. Mais parce que le Verbe est né de la chair, il protège la virginité de sa mère, montrant par là qu’il est le Verbe… Car ni notre verbe, lorsqu’il est engendré, ne corrompt notre âme, ni Dieu, le Verbe substantiel, lorsqu’il choisit de naître, ne supprime la virginité.”
2° Cela convient quant à l’effet de l’Incarnation. Car le Christ est venu pour enlever notre corruption. Aussi n’aurait-il pas été convenable qu’il détruisît par sa naissance la virginité de sa mère. Aussi S. Augustin dit-il “Il aurait été malheureux que l’intégrité fût détruite par la naissance de celui qui venait guérir la corruption.”
3° Celui qui a prescrit d’honorer ses parents ne pouvait en naissant diminuer l’honneur de sa mère.
[48078] ad 1. Ce passage de S. Ambroise commente la loi citée par l’Évangile (Lc 2, 23) : “Tout mâle qui ouvre le sein maternel sera consacré au Seigneur.” C’est ainsi, explique Bède, “qu’on parle d’une naissance ordinaire ; il ne faudrait pas en conclure que le Seigneur, après avoir sanctifié cette demeure en y entrant, lui ait fait perdre, en en sortant, sa virginité”. Aussi “ouvrir le sein” ne signifie pas comme d’ordinaire que le sceau de la pudeur virginale est brisé, mais seulement que l’enfant est sorti du sein de sa mère.
[48079] 2. Tout en voulant attester la réalité de son corps, le Christ a voulu aussi manifester sa divinité. C’est pourquoi il a mêlé les prodiges avec l’humilité. Aussi, afin de montrer la réalité de son corps, il naît d’une femme. Mais afin de montrer sa divinité, il procède d’une vierge. “Un tel enfantement convient à Dieu”, chante S. Ambroise dans un hymne de Noël.
[48080] 3. Certains ont dit qu’à sa naissance le Christ avait pris la subtilité des corps glorieux, de même qu’en marchant sur la mer il a pris leur agilité.
Mais cela ne s’accorde pas avec ce que nous avons précisé antérieurement. En effet, ces “dots”, ou qualités des corps glorieux, proviennent de ce que la gloire de l’âme rejaillit sur le corps, comme nous le dirons plus loin en traitant des corps glorieux. Mais nous avons dit plus haut que le Christ, avant la passion, permettait à sa chair d’agir et de souffrir comme cela lui est propre, et que ce rejaillissement de la gloire de l’âme sur le corps ne se produisait pas. Et c’est pourquoi il faut dire que tout cela a été réalisé miraculeusement par la vertu divine. Aussi S. Augustin dit-il : “Les portes closes n’ont pas été un obstacle pour la masse du corps où se trouvait la divinité. Il a pu entrer sans qu’elles s’ouvrent comme, en naissant, il avait laissé inviolée la virginité de sa mère.” Et Denys, écrit : “Le Christ produisait d’une manière surhumaine ce qui appartient à l’homme. C’est ce que montrent une vierge qui le conçoit surnaturellement, et une eau fluide qui supporte la charge de ses pas terrestres.”
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