D’aucuns pourraient comprendre l’expression « se faire eunuque » comme une incitation à une manière d’ « angélisme spirituel ». Celui-ci peut éclairer la tentation homosexuelle…
Voici quelques passages du très beau livre du thomiste Yves Floucat, Julien Green et Jacques Maritain, L’amour du vrai et la fidélité du cœur, Tequi.
« Pour Green il semble y avoir, dans le désir homosexuel, une aperception si forte de la nature spirituelle qu’elle va jusqu’au refus de la différence sexuelle, qui, comme telle, il est vrai, répugne à un esprit. Ce refus est par conséquent, et en réalité, un rejet de la condition humaine par un « angélisme spirituel » qui a « sa correspondance dans un angélisme physique » et « produit ce personnage imaginaire mais obsédant de l’androgyne…. Julien Green ira même jusqu’à avancer dans une lettre à Jacques Maritain, l’hypothèse hasardeuse et sur laquelle, il se montrera, plus tard, bien réservé, se demandant s’il ne déraillait pas quelque peu en la soulevant- de la chute, par orgueil peut être, d’un Adam androgyne n’ayant pas encore reçu de Dieu Eve…. Cet androgyne originel, qui habite incontestablement l’inconscient de l’humanité, Louis Massignon l’évoque à son tour, d’une manière semblable, dans ses « trois prières d’Abraham » et plus particulièrement la « prière sur Sodome »… Le grand islamologue considérant « la tentation uranienne de l’idéalisme qui délivre du joug de la nature et fait tomber dans l’inversion physique », y découvre « quelque chose d’humain qu’il faut sauver à tout prix », à savoir « cette amitié asexuée qui réunit deux âmes instinctivement par la contemplation de l’unité primitive où l’espèce humaine a été créée, avant la blessure au côté d’Adam, d’où naquit Eve »… Maritain pose autrement le problème… Il souligne que « l’être humain n’est complètement accompli que dans l’homme et la femme pris ensemble » et que la nature humaine a été d’emblée crée mâle dans l’un et femelle dans l’autre, le langage mythique du second récit de la création ayant simplement pour objet de marquer la façon dont Dieu a voulu et a fait que la femme se différencie de l’homme. Point d’androgyne primitif, mais une nature humaine initialement composée homme et femme… » Suivent des considérations sur la tentation d’angélisme : « Etre délivré du flux temporel de la génération et de la corruption, de l’individuation matérielle à laquelle est liée pour nous la différence subspécifique de la masculinité et de la féminité, tel est l’état surhumain, transnaturel vers lequel notre esprit tend connaturellement… Il faut bien aller jusque là si l’on veut saisir ce qu’il y de noble, et non encore de purement et simplement antinaturel, dans la tentation homosexuelle. Contre nature assurément, par sa négation de l’humaine complexion, elle est radicalement, beaucoup plus une tentation spirituelle qu’une tentation charnelle. Et, sans doute, ainsi que le notait Louis Massignon, ce « dangereux attrait ne peut qu’avilir, si des gestes charnels le précipitent … dans une rage de stérilisation destructrice » » ( p.72-82 ) Pour finir citons ce passage d’une lettre de Maritain à Cocteau : « Je suis persuadé qu’un amour vraiment spirituel, délivré du sexe est possible, même pour notre nature déchue. Particulièrement bien des amitiés entre êtres du même sexe méritent le nom d’amours si vraiment le mot amour signifie qu’un ami est tout pour l’autre ami. Un tel amour peut être chaste, préservé par une grande inconscience de la chair. Le mal terrible de la littérature d’un Proust, c’est de révéler aux âmes, ce qu’elles auraient ignoré, l’existence du glissement vers le sexe, qui menace un tel amour. Alors le charme est rompu qui tenait tout dans l’ordre, et que faisait l’innocence… »
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