Le Combat de la Messe – Editorial
Par l’Abbé Claude PELLOUCHOUD
La guerre liturgique, le combat de la Messe, le combat pour la Messe, connaît de nouveaux assauts ces derniers temps. Depuis la parution du livre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, «Le problème de la Réforme liturgique» en février 2001 - ouvrage remis au Saint Père -, on peut dire que le combat a véritablement repris, mais sous une autre forme,
Le combat de la messe a changé. Il n'est plus ce qu'il était il y a une génération, lors de la messe de Mgr Lefebvre à Lille en août 1976. Cette date représentait pourtant déjà un tournant puisque, même si la résistance aux nouveautés liturgiques s:organisait, la messe de Lille fit connaître Mgr Lefebvre et son séminaire d'Ecône, à la Belgique (certains d'entre vous s'en souviennent), au monde et marqua l'essor de la Tradition.
Peu après, il y eut, à Paris, la prise de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet dont on vient de fêter le 25ème anniversaire. C était le temps où les affrontements étaient certes violents mais francs: messe contre messe, catéchisme contre catéchisme, prêtre contre prêtre. On a beaucoup fait à l'époque pour désolidariser Mgr Lefebvre de cet événement, mais sa venue en cette église de la capitale de l'hexagone pour des confirmations, le 22 mai 1977, consolida fortement la Tradition en France. Cependant, le souvenir de ces moments forts met bien en évidence que le combat de la Messe est aujourd'hui d'une certaine manière le même, mais que d'une autre manière, il a changé [voir l’article « De Saint Nicolas du Chardonnet à Saint-Joseph » par l’abbé Claude Pellouchoud].
A notre époque, le combat est devenu plus sournois. Il reste bien réel, n'en doutons pas. Nous n'ignorons pas qu'il y a eu des ouvertures romaines à la Messe traditionnelle. Ces ouvertures se sont faites de plus en plus larges, les concessions sont de plus en plus «favorables» à l’ancien rite. La lettre «Quattuor abhinc annos» du 3 octobre 1984 concédait un induit pour les prêtres et fidèles qui demeuraient attachés au rite dit «tridentin». Mais il imposait cinq conditions qui firent dire à Jean Madiran que cette «circulaire romaine donne à ceux qui ont voulu supprimer la messe traditionnelle la faculté d'en autoriser la célébration à ceux qui font la preuve qu'ils n'ont aucun motif de la désirer) (in revue Itinéraires N° 288, cité dans Nouvelles de Chrétienté N° 67).
Puis ce fut le Motu proprio « Eccesia Dei afflicta » du 2 juillet 1988, qui donna la possibilité théorique d'utiliser les anciens livres liturgiques à ceux qui voudraient ne pas suivre Mgr Lefebvre à la suite des sacres épiscopaux du 30 juin 1988. Cette même possibilité vient d'être accordée, largement et sans restriction, tout dernièrement, aux Pères de Campos (Décret d'érection de l'Administration Apostolique Saint Jean-Marie Vianney du 18 janvier 2002, § 3). Même si l'on peut trouver à redire quant au nouveau statut obtenu par les héritiers de Mgr de Castro Mayer (voir notre dernier numéro), on peut souligner, dans le combat de la Messe, cette ouverture de la part de Rome [voir l’article « le 25 décembre 2001, un événement : la Messe retrouvée » par l’abbé Aulagnier].
Mais ces concessions vaticanes imposent toujours, comme condition fondamentale, la reconnaissance de la nouvelle messe. Dans ce combat de la messe, on cherche à faire subsister dans une meilleure entente possible les deux rites, oubliant qu'il s'agit d'un nouveau rite qui cherche depuis trente ans à supplanter la Tradition bimillénaire de l'Eglise. Ainsi, aujourd'hui plus que jamais, il convient de montrer en quoi ce nouveau rite « s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologique catholique » (Bref examen critique des Cardinaux Ottaviani et Bacci).
C'est pourquoi nous rejoignons M. l'abbé Philippe Laguérie lorsque, portant aujourd'hui son regard sur l'Eglise qui a changé, sur la subversion qui n'a plus la même force, il affirme qu'« on est entré maintenant dans une sorte de guerre de tranchées, une guerre de positions - théologiques entre autres - plus lente à résoudre... que nous devons mener aujourd'hui un combat théologique plus serré dans le même temps où nous créons des institutions » (in « L'expérience de la Tradition », p. 65). C'est ce à quoi est bien décidée d'œuvrer la Fraternité Sacerdotale Saint- Pie X, et le dernier congrès théologique de SiSi NoNo est là pour le manifester [voir l’article « La Messe en question » par l’abbé Guy Castelain »].
Abbé Claude Pellouchoud