Ce que je voulais dire, cher Vianney, c'est que dans leur épouvantable tragédie ces moines se débattaient seuls entre les tirs croisés de leurs adversaires (les hypothétiques candidats à la conversion) et de la hiérarchie de l'Église du moment.
Il m'apparaît que la plus grande difficulté de cette communauté était de ne pas savoir comment aborder les musulmans dont ils espéraient réellement la conversion. Cela par contre, me semble assez clair dans ce témoignage.
Christian de Chergé, nous dit-on, était issu d'une famille traditionnellement catholique. Il avait personnellement une grande dette envers un musulman qui avait payé de sa vie le fait d'avoir sauvé la sienne. Plutôt que penser qu'il voulait régler cette dette en faisant un syncrétisme des deux religions, comme le pensent certains, il me semble beaucoup plus probable que par reconnaissance il ait voulu offrir la révélation du Christ aux musulmans.
Le problème c'est qu'il était très seul dans cette vocation!
D'après le témoignage du survivant, avant qu'il ne soit prieur, la communauté était complètement coupée de la société. C'est le cas habituel des chrétiens en pays musulman. Joseph Fadelle et tous ceux qui se sont convertis en témoignent: en pays d'Islam il ne peut y avoir d'échanges entre musulmans et chrétiens.
Alors, a dû se demander le père de Chergé, à quoi servons-nous?
Et c'est là tout le drame! Il n'était évidemment en rien soutenu par les laïcards de France, mais surtout la hiérarchie suprême de l'Église n'a su que lui renvoyer en pleine figure l'exemple inouï d'Assise avec le poulet sacrifié sur l'autel de l'église!
En fait ils n'avaient que menaces de part et d'autre! Et surtout aucun exemple encourageant sur lequel s'appuyer! Alors n'étant qu'un simple humain, il a fait ce qu'il a pu et il a offert, avec ses frères, sa vie à Dieu. C'est du moins ainsi que je décrypte l'interview de ce survivant de Tibhirine.
Ils étaient en fait complètement démunis! Seuls une communauté traditionnelle appuyée par sa hiérarchie aurait vu clairement la situation et ses possibilités, aurait reçu conseils et soutiens.
Je me refuse à jeter la pierre à ses pauvres victimes de la hiérarchie ecclésiale et de leur pays.
L'Enfer est, selon Bossuet, pavé de bonnes intentions, mais je ne peux pas croire que ces moines aient alimentés l'Enfer, par contre ils étaient en Enfer sur cette terre!
Que Notre Seigneur nous suscite des élites digne de Lui! Car sans vrais CHEFS à la tête de l'Église d'abord, puis des États ensuite, nous ne pouvons pas grand chose! |