Cher M. l'abbé,
On ne peut dire que la guerre de 70 est terminée que si l'on ajoute qu'une autre continue. Ce que vous avez fait dans votre article de Monde et Vie (c'est pour cette raison que je m'en suis réjoui) mais pas la première fois où vous l'avez utilisée où vous laissiez planer l'idée que désormais, tout avait changé. Animé du même optimisme excessif, l'abbé Laguérie voyait tout en rose, lui aussi : " l’autodestruction de l’Église s’arrête, les fumées de Satan se dissipent, la barque de saint Pierre, qui « prenait l’eau de toute part » reprend la mer avec audace et déverse sa fierté éternelle d’épouse de Jésus-Christ sur chacun de ses fils… " C'était en janvier 2009...
Par ailleurs, l'expression : "accepter le Concile à la lumière de la Tradition" a été acceptée par Mgr Lefebvre puis, à sa suite, par Mgr Fellay à la condition que ce travail d'examen soit bel et bien effectué. Il ne s'agit pas d'une formule pour amadouer le tradi tandis que le reste des diocèses lirait le Concile à la lumière de la Déclaration des Droits de l'homme ou de la libre-pensée de l'évêque du lieu. On a vu trop de communautés ED la signer pour enterrer cet examen, attendant qu'une fraternité plus puissante mette tout cela au clair avec la Curie. Il ne suffit pas non plus de dire que le Concile est catholique et que tout va bien.
Revenant sur sa signature du protocole du 5 mai 1988, Mgr Lefebvre a dit qu'il poserait ses conditions, qu'il ne s'accorderait avec le Saint-Siège que si on reconsidère les encycliques des papes (Quas Primas en particulier). Mgr Fellay, à son tour, a été précis en affirmant en 2009 : "Loin de vouloir arrêter la Tradition en 1962, nous souhaitons considérer le Concile Vatican II et l’enseignement post-conciliaire à la lumière de cette Tradition que saint Vincent de Lérins a définie comme « ce qui a été cru toujours, partout et par tous » sans rupture et dans un développement parfaitement homogène". Il ne s'agit pas en effet de faire du déni de réalité. Vatican II a bel et bien existé. Mais faire, comme s'il ne posait pas problème, comme s'il était un concile que l'on accueillait comme les autres, c'est faire un autre déni de réalité.
Je trouve assez audacieuse votre conclusion du point 4, laissant entendre que j'aurais refusé de reconnaître que le NOM avait moins de valeur. Je ne le conteste pas. Ce que je trouve sidérant dans votre propos, c'est que vous vous contentiez de cette simple comparaison de valeur pour surtout ne plus pointer du doigt les déficiences du nouveau missel, pour éviter d'avoir un regard public trop critique. A cet égard, le texte de Mgr Rifan est un monument qui rejoint très exactement le désir de Jean XXIII et des pères conciliaires : ne plus condamner, positiver, comme dirait carrefour. Eh bien, depuis quarante ans, l'Eglise meurt de ne plus condamner. Mgr Lefebvre avait appelé la mort de ce système immunitaire : le sida de l'Eglise.
Enfin, j'ai deux petites questions :
- Sur quelle base vous fondez-vous pour dire que la FSSPX se félicite de la réforme de la réforme ?
- Puisque Mgr Rifan lance un appel à l'unité, signez-vous son cahier des charges ?
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