L’Esprit Saint ne garantit pas l’utilité des enseignements de l’Église, mais seulement leur vérité; on connaît des conciles oecuméniques qui n’ont pas été utiles (e.g. Lateran V 1512-1517, pour ne pas nommer d’autres). Il est évident que jusqu’à present Dignitatis Humanae a été inutile, pour ne pas dire plus; on l’a utilisé pour attaquer la doctrine traditionnelle de l’Église et justifier l’abandon pratique de cette doctrine, et cet abandon n’a pas été recompensé par une diminution sensible de la persécution des catholiques par les états qui sont ennemis de la foi et de l’Église.
Il me semble cependant qu’on pourrait extraire une enseignement de valeur de Dignitatis Humanae. Cet enseignement peut être compris d’une manière qui permet de répondre à l’objection que le père Brian Harrison a soulevé contre Michael Davies. Davies avait soutenu la thèse que ‘l’erreur n’a pas de droits’ (thèse qui va plus loin que Léon XIII, qui enseigna que l’erreur ne peut pas avoir les mêmes droits que la verité). Le pere Harrison remarqua que selon cette thèse, Stalin n’a pas violé les droits des orthodoxes, juifs et musulmans quand il supprima leurs pratiques réligieuses et les contraindra de professer l’athéisme; mais cela est invraisemblable. Dignitatis Humanae peut être lu comme apportant la précision que ce n’est pas toute erreur réligieuse qui mérite d’être supprimé par l’état, mais seulement les erreurs réligieuses qui nuisent au bien commun, y compris les erreurs qui nuisent au bien commun parce qu’ils nuisent à la foi catholique. Le fait qu’une croyance ou pratique réligieuse soit erronnée ne suffirait pas en soi de permettre qu’on la supprime; il faudrait aussi que leur erreur nuise à la foi catholique d’une façon concrete dans la société où elles existent. Si des croyances ou pratiques réligieuses ne menacent pas la pratique des catholiques ou la conversion des non-catholiques (et ne menacent pas le bien commun dans d’autres aspects), les hommes ont un droit à ces croyances ou pratiques. Un tel droit n’est pas possible selon la thèse que l’erreur n’a pas de droits – thèse soutenue par beaucoup de théologiens avant Dignitatis Humanae - mais la postulation d’un tel droit permet d’expliquer pourquoi Stalin a violé les droits des orthodoxes, juifs et musulmans en supprimant leurs pratiques réligieuses erronnées ou schismatiques.
NB. Il me semble que cette texte du Catéchisme soutient ma these sur l’enseignement de Dignitatis Humanae;
“2108 Le droit à la liberté religieuse n’est ni la permission morale d’adhérer à l’erreur (cf. Léon XIII, enc. " Libertas præstantissimum "), ni un droit supposé à l’erreur (cf. Pie XII, discours 6 décembre 1953), mais un droit naturel de la personne humaine à la liberté civile, c’est-à-dire à l’immunité de contrainte extérieure, dans de justes limites, en matière religieuse, de la part du pouvoir politique. Ce droit naturel doit être reconnu dans l’ordre juridique de la société de telle manière qu’il constitue un droit civil (cf. DH 2).
2109 Le droit à la liberté religieuse ne peut être de soi ni illimité (cf. Pie VI, bref " Quod aliquantum "), ni limité seulement par un " ordre public " conçu de manière positiviste ou naturaliste (cf. Pie IX, enc. " Quanta cura "). Les " justes limites " qui lui sont inhérentes doivent être déterminées pour chaque situation sociale par la prudence politique, selon les exigences du bien commun, et ratifiées par l’autorité civile selon des " règles juridiques conformes à l’ordre moral objectif " (DH 7).”
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