Toute une mouvance tradie - militante qui plus est!!! - garde la nostalgie des acquis de la Réforme (comme qui dirait) tout en voulant sauver le panache liturgique latino-grégorien... Cette vision est nocive et destructrice, parce qu'elle s'attaque au coeur des choses tout en donnant l'impression de n'être que périphérique.
La question de "la proclamation des lectures" en français - autrefois appelée simplement "chant du saint Evangile", ou "chant de l'Epitre" - s'appuie précisément sur une vision protestante de la liturgie dont la finalité serait l'édification de l'homme. Certes, après et avec le culte de Dieu, la liturgie a pour finalité la sanctification des fidèles, mais la particularité du culte est que cette sanctification précisément n'est pas d'abord conditionnée à l'agir ou la compréhension de l'homme. Pour faire court, la finalité de la liturgie n'est pas l'enseignement moral! La finalité est le culte de Dieu, est c'est précisément ce culte propitiatoire qui sanctifie l'homme.
Aussi, il est de première urgence de quitter définitivement une conception cérébrale de la "participation" à la messe.
Nous avons perdu une culture catholique de la liturgie, au "profit" d'une culture protestante: on vous fait la morale, on vous enseigne, on vous parle et on vous fait de la musique "qui vous aide à prier"... - bref, vous êtes le centre du monde.
Redécouvrir une forme catholique de la participation (c'est une immense question) signifie d'abord laisser de côté ces appréciations subjective de l'efficience liturgique (souvent uniquement sentimentale - cf. la jolie référence aux enfants toujours attendrissante...) afin de recevoir d'abord une forme, avant de la juger et éventuellement la comprendre.
A force de le "comprendre" avant, a priori, on éprouve sans cesse le besoin de mettre une condition à la réception de l'héritage: le ... corriger! 40 ans de déboire n'ont-il pas témoigné du sérieux scientifique, intellectuel, pastoral de la méthode?
Les néo-réformateurs ne soupçonnent pas la richesse de l'héritage, voilà tout, et ils viennent avec leur belle innocence demander "pourquoi?" ou "pourquoi pas?". Il est urgent qu'il prennent le temps de réapprendre humblement une culture en-allée dont la "guerre" de la traduction n'est que l'approche le plus superficielle et la plus inutile.
Les lectures en français sont un non-sens liturgique à tous points de vue... mais surtout du point de vue de la compréhension! Et c'est par elles, précisément, qu'on a fait entrer une compréhension malsaine de la liturgie... et que l'on continue de le faire avec une naïveté (peut-être?) déconcertante.
Il y a tant de mauvaises raisons de traduire, qu'assurément on n'en manque pas. Une culture liturgique cohérente suffirait néanmoins à les rendre simplement sans objet. Il faut recommencer par là: recevoir une vraie culture liturgique de nos pères.
Question annexe: pourquoi ne donnerait-on pas la traduction, avant ou après, chaque air d'opera, récitatif de cantate, voire le commentaire musicologique d'une symphonie entre les mouvements? Pourtant ça serait instructif... et puis si c'est fait par un bon récitant, ça pourrait être palpitant et attirer ceux qui n'ont pas cette culture, et puis les enfants, y se tiendraient tranquilles, du coup, c'est sûr... etc. etc.
Autre question annexe: pourquoi n'exige-ton pas un curriculum vitae, une fiche de salaire et un bulletin de santé... lors d'un premier rendez-vous amoureux. Ce serait plus facile de se comprendre, non?
Autre autre question annexe: comment était-on chrétien, avant l'invention toute moderne du missel des fidèles, de l'electricité pour voire claire, du micro pour bien se faire entendre, et du disque pour faire pleurer... ??? Ces époques ont fait les jubés pour ne rien voir, ne rien entendre, ne pas "participer" (au sens moderne)... et pourtant elles ont fait aussi les cathédrales et les saints!
Cela devrait au moins nous donner les soupçon d'une autre richesse à chercher plus loin que les démangeaisons modernes, et dont, hélas, nous sommes si éloignés... que le dernier illettré caché derrière la dernière colonne du 10 siècle aurait tant de choses à nous apprendre sur la prière vraie, la vraie!
Une voie : cherchez du côté de "l'oraison de quiétude"... La participation "passive", voilà le concept qu'il nous faudrait peut-être réinventer afin de comprendre la seule chose à comprendre en liturgie: Dieu s'est fait liturgie - si j'ose cette formule - pour entrer dans l'économie du temps, et que précisément "comprendre" ici ce n'est pas une affaire de gain de temps, mais bien plutôt de perte de temps. L'oraison de quiétude nous apprend que seul Dieu agit fondamentalement, et que la messe c'est précisément cela: l'acte de Dieu. Nous, nous ne faisons que donner notre temps à son agir, c'est à dire notre "participation passive", afin d'être agis par Lui, en SON sacrifice. Ici, "patienter" est peut-être le plus bel agir que nous puissions offrir au Dieu s'immolant.
"Perdre son temps à racheter de l'éternité", j'aime beaucoup ce mot de Thibon qui pourrait être une belle définition de "l'agir" liturgique. |