... dont on peut interroger le bien-fondé. Pourquoi avoir réactualisé des pratiques qui étaient tombé en désuétude ? Le NOM, n'est-il pas, d'une certaine manière, réactionnaire ? En effet, il semble ignorer l'idée même de développement du dogme en donnant comme solution le retour au passé ! Curieuse vision de la réforme... D'autres part, on est toujours tributaire des recherches et des études sur le passé: aujourd'hui, on inclinerait à relativiser certaines formes prétendument antiques (communion dans la main, messse face au peuple...).
La seule nuance que j'apporterai à votre exposé, cher Bertrand Decaillet, est que le NOM n'est pas le premier coup de force "modernisant" apporté à la liturgie. Il faut insister sur la responsabilité de l'Eglise préconciliaire concernant l'effondrement de la liturgie. Certaines pratiques comme la messe dialoguée (encouragée à partir de Benoît XV et confirmée sous Pie XII dans l'Instruction de 1958) ou la messe face au peuple (il semble que cette pratique se soit développée sous Pie XI) sont apparues bien avant le Concile, même si il est incontestable qu'elles ont été dopées par l'euphorique atmosphère conciliaire. Il en va de même pour la réforme de la Semaine Sainte: certaines pratiques (récitation du Pater Noster par l'assemblée, utilisation du vernaculaire) ont crée de curieuses prédispositions, voire mêmes des bombes à retardement... Ne s'est-on pas donné, dans les années 30, un idéal de retour à la liturgie basilicale de l'Antiquité ? Il y aurait beaucoup à dire sur certaines réformes et le danger qu'elles faisaient peser.
Parlons du rôle de Pie XII: bien sûr, vaillament, il a combattu certaines tendances qui commençaient à poindre, bien que - c'est ma position - il l'ait fait de façon molle (eh oui, sous son pontificat les polémiques fusaient: il suffit de relire les ouvrages de madiran publiés à la fin des années 50)ou maladroite (cet exil du Père Congar, c'est vraiment vaudevilesque !). D'ailleurs, un certain Bunigni agisait déjà dans les coulisses. N'était-il pas derrière les réformes de 1955 ? Cela m'amène à comparer Pie XII et Louis XVI (Viguerie a écrit un excellent article sur le roi de cette période trouble): certes tous deux résistent au parti révolutionnaire, mais sont en même temps ambigus (Louis XVI, tout en refusant le diktat de l'assemblée, admet que la Nation puisse être représentée en-dehors du roi)... Comment combattre son adversaire lorsqu'on partage une philosophie réformiste commune ? Le combat ne devient-il pas difficile quand les interlocuteurs baignent dans le même univers mental ?
Quelle est votre position sur ce sujet ? avez-vous lu le livre du Père Aidan Nichols (je suppose que oui, pour le Suisse érudit que vous êtes)? Ce serait bien qu'on entame un débat de fond, plutôt que s'orienter, peut-être maladroitement comme je l'ai fait, vers un einième débat sur les sacres ou sur le "schisme".