Beaucoup de choses sont "inutiles" en effet dans le rit romain, comme d'ailleurs dans toute oeuvre d'art, mais ce n'est pas là (l'utilité et ses avatars modernes ravalant la liturgie à un rôle pédagogique ou spectaculaire au sens propre) une considération qui soit vraiment pertinente lorsqu'on envisage la question liturgique.
"Inutile" sans doute, mais seulement depuis René Descartes...
Cependant ce "doublement" comme d'ailleurs de très nombreux autres effets d'échos ou de symétrie dans le rit romain - qui d'une certaine manière n'est fait que de développement par "doublement" et redondance à partir d'un geste unique et très bref - sont une des notes particulières de son art et de son développement au file des siècles. (On a dit aussi que l'offertoire doublait "inutilement" le canon..., c'est Luther qui l'a dit.)
Sur le plan culturelle, il faut relever que la glose médiévale, ce type de commentaire procédant par petites touches successives et par cycles dans l'approfondissement du regard sur une chose unique, est une des plus glorieuses héritière de cette attitude de l'esprit contemplatif formé au moule du rit romain.
En l'occurrence le Christ s'éloigne de ses disciples, parmi lesquels il choisit trois. Puis il se distance encore "d'un jet de pierre" de ceux-ci, tout en les invitant à le suivre dans sa prière (avec lui, mais un peu en retrait) lorsqu'il entre dans son sacrifice... et commence à tourner les pages du missel d'autel.
Ce doublement me semble une chose d'une profondeur inouie et fort belle, qui peut s'entendre de bien des façons...
Les modernes ne l'ont plus compris, mais ces "modernes"-là sont déjà d'une génération qui est passée, et tout laisse penser que l'avenir goûtera à nouveau ce type d'expression contemplative, et ce non seulement dans la prière, mais aussi dans l'art.
In Christo
Bertrand Décaillet