Les archives du Forum Catholique
Forum | Documents | Liens | Q.F.P. | Oremus

Les archives du Forum Catholique

JUILLET 2003 A MARS 2011

Retour à la liste des messages | Rechercher

Afficher le fil complet

en rebondissant sur l'analyse d'Aigle Imprimer
Auteur : Luc Perrin
Sujet : en rebondissant sur l'analyse d'Aigle
Date : 2011-01-03 18:11:55

Je souscrirais volontiers à l'hypothèse n°1 : le Pontife signe beaucoup de textes préparés et rédigés par les divers dicastères et celui-ci était en outre de faible portée.
L'exemple donné de Dominus Iesus n'est cependant pas bon car Jean-Paul II l'avait approuvée en forme spécifique comme il est indiqué en final :
"Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, au cours de l'audience accordée le 16 juin 2000 au soussigné cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec science certaine et son autorité apostolique a approuvé la présente Déclaration, décidée en session plénière, l'a confirmée et en a ordonné la publication."

Le Message de 2001 de ce fil ne me paraît pas revêtu de la même approbation personnelle et spécifique justement.

Pour ce qui est de "la Curie", difficile d'en faire un bloc : l'opposition - au moins les réticences - du cardinal Ratzinger envers les aventures d'Assise n'est pas un mystère. Benoît XVI a d'abord brièvement suivi "le Cardinal" avant de revenir à la politique wojtylienne de stricte observance dans sa visite en Turquie, la relance du Conseil pontifical producteur de textes de salutations diverses et tout récemment par l'annonce d'une grande célébration d'Assise en octobre 2011.
Le pape régnant voudra-t-il lever, à cette occasion, les ambiguïtés ratifiées par son prédécesseur ? Souhaitons le, c'est le temps des bons voeux.

Quant à l'exhortation à la paix, je ne partage pas la position d'Aigle. Je suggère à chacun de relire/lire l'excellente lettre encyclique Ad beatissimi apostolorum principis du 1er novembre 1914. En choisissant son nom, le pape actuel a fait référence directe à Benoît XV : rappelons que ce pape a régné de 1914 à 1922 soit bien longtemps avant Vatican II ...

Le Message pour la paix signé par lui le 8 décembre 2010 reprend la pétition de principe, non démontrée jusqu'à présent, que ce "dialogue" entre des représentants - mais qui représente quoi pour l'islam ou l'hindouisme ou encore le judaïsme etc. - pourrait aboutir parce que toutes les religions partageraient un même objectif pacifique. L'affirmation fonde Assise mais c'est un axiome pas un théorème et encore pas vraiment car l'axiome se vérifie alors que cette théorie, pour l'instant, n'a pas d'effectivité. Le Message du Saint-Père porte d'ailleurs en introduction ce constat amer :
"L'année qui vient de se clôturer a été marquée, elle aussi, malheureusement par la persécution, la discrimination, par de terribles actes de violence et d'intolérance religieuse."

Pourtant le pape reprend le faux axiome dans les numéros 10 et 11 :

"10. Dans l'univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d'unité et de paix pour la famille humaine. A partir de leurs propres convictions religieuses et de la recherche rationnelle du bien commun, leurs fidèles sont appelés à vivre de manière responsable leur propre engagement dans un contexte de liberté religieuse. Au sein des cultures religieuses variées, s'il faut rejeter tout ce qui est contraire à la dignité de l'homme et de la femme, il est nécessaire, à l'inverse, d'accueillir comme un trésor tout ce qui s'avère positif pour la convivialité civile. L'espace public que la communauté internationale rend disponible pour les religions et pour leur proposition d'une « vie bonne », favorise l'émergence d'une mesure commune de vérité et de bien, ainsi qu'un consensus moral, qui sont essentiels pour une coexistence juste et pacifique. Les leaders des grandes religions, en vertu de leur rôle, de leur influence et de leur autorité dans leurs propres communautés, sont appelés les tout premiers au respect mutuel et au dialogue.

Les chrétiens, pour leur part, sont invités, par la foi même en Dieu, Père du Seigneur Jésus-Christ, à vivre en frères, qui se rencontrent dans l'Eglise et qui collaborent à l'édification d'un monde où les personnes et les peuples ne feront « plus de mal ni de violence [...] car le pays sera rempli de la connaissance du Seigneur, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Is 11,9).

11. Pour l'Eglise, le dialogue entre les fidèles des diverses religions représente un instrument important pour collaborer au bien commun avec toutes les communautés religieuses. L'Eglise elle-même ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans les diverses religions. « Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes »[13 = Nostra aetate n°2].

Le chemin ainsi indiqué n'est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. L'Eglise en effet « annonce, et elle est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses »[14]. Cela n'exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d'Aquin, « toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l'Esprit Saint »[15].

En 2011 sera fêté le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix, convoquée en 1986 à Assise par le vénérable Jean-Paul II. A cette occasion, les responsables des grandes religions du monde ont manifesté combien la religion est un facteur d'union et de paix et non de division et de conflits. Le souvenir de cette expérience est un motif d'espérance en un avenir où tous les croyants se sentent et deviennent effectivement artisans de justice et de paix."

Le texte pontifical répudie ouvertement relativisme et syncrétisme : l'italique est dans le texte original ; mais, là est le hic, ne dit pas comment il convient de ne pas déraper. Comme le texte conciliaire, il juxtapose deux données contradictoires que la citation pirouette de l'Aquinate ne réconcilie pas pour autant. Car de quelle paix parle-t-on ? Les assassins musulmans des chrétiens d'Orient veulent sans doute être "effectivement artisans de justice et de paix." La justice divine appliquée aux "infidèles", à coup de bombes et de kamikazes, de tueries diverses et la paix des cimetières. La soi-disant "laïcité" turque, dont Alexandre Adler et autres Michel Rocard sont les chantres, qui étouffe exclusivement et sélectivement les rares Églises chrétiennes survivantes et persiste à nier le génocide arménien, matrice des génocidaires du XXe siècle, serait-elle "fanatique" et "fondamentaliste" : sa dénonciation n'était pourtant pas l'objet de la visite pontificale dans ce pays.

Certes les textes du Magistère, et ce Message de 2010 ne fait pas exception, pensent qu'écarter fanatisme et fondamentalisme suffit à exonérer toutes les religions par principe alors que l'on est dans le cas par cas. Ainsi le n° 7 du Message : "Le fanatisme, le fondamentalisme, les pratiques contraires à la dignité humaine, ne peuvent jamais trouver une justification, encore moins si cela est accompli au nom de la religion. La profession d'une religion ne peut pas être instrumentalisée, ni imposée par la force."
"ne peut pas être" ? Pourtant cela est partout à la surface du globe. Pire l'islam l'impose religieusement en punissant de mort les convertis à une autre religion comme apostats. Ce point sera-t-il abordé lors des dialogues avec des "représentants" ou "grands leaders" du monde musulman à Assise III ?
Le Magistère romain a tendance à regarder les autres religions avec des yeux et une mentalité ... catholiques donc à imaginer des instances régulatrices habilitées à dire qui est orthodoxe et qui est "fanatique" ou "fondamentaliste". Mais le monde des religions non chrétiennes n'est pas celui des bisounours et il n'y a la plupart du temps aucune autorité régulatrice capable de faire le tri entre juste interprétation et déplorables déviations de façon quasi-incontestable.

Faut-il se résigner à cette impasse inscrite dans le code génétique du "pluralisme religieux et philosophique", certes pas. Le "dialogue" a son utilité mais compte tenu de la structure des autres religions, il s'inscrit dans des bornes très étroites et ne pourra atteindre que des résultats réduits, partiels, que n'importe qui pourra remettre en cause en dehors du christianisme, et même en son sein du côté des myriades de Communautés ecclésiales protestantes un "prophète" guerrier peut toujours se lever en récusant l'interprétation reçue par la grande majorité.

Le Message de Benoît XVI trahit lui-même ces étroites limites en dépit de l'entrain artificiel qui l'anime. Quand il s'agit d'essayer d'illustrer le faux axiome, le pape écrit au n°7 toujours :
"Comment nier la contribution des grandes religions du monde au développement de la civilisation ? La recherche sincère de Dieu a conduit à un plus grand respect de la dignité de l'homme. Les communautés chrétiennes, avec leur patrimoine de valeurs et de principes, ont fortement contribué à la prise de conscience de la part des personnes et des peuples, de leur identité et de leur dignité, de même qu'à la conquête d'institutions démocratiques et à l'affirmation des droits de l'homme ainsi que des devoirs correspondants.
Aujourd'hui encore, dans une société toujours plus mondialisée, les chrétiens sont appelés (...)".

Je ne vois que les "chrétiens" donnés en exemple mais quid des autres qui sont pourtant les interlocuteurs privilégiés du "dialogue interreligieux" et du futur Assise III. Quelle est la contribution des divers judaïsmes et des divers islams à la paix (je ne dis pas "civilisation" terme flou) au Proche-Orient pour prendre un exemple évident et puisqu'il s'agit de l'objet recherché par Assise I en 1986 et l'Assise III annoncé ?
Ne "dialogue"-t-on pas souvent à Rome et ailleurs dans les diocèses et conférences épiscopales devant un ... miroir ?

n.b. Deux indices de ce dia/monologue. L'Arabie Séoudite s'est abstenue de voter la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (le Yémen n'a pas voté non plus) sur laquelle s'appuie le Saint-Siège et deux Déclarations islamistes des droits (1981,1990) cautionnées par l'Organisation de la Conférence islamique, donc de nombreux États, posent des restrictions importantes par rapport au texte onusien qui est en recul généralisé dans l'espace musulman comme référence du droit depuis 30 ans. Les pactes onusiens de 1966 n'ont été signés que sous réserve de restrictions par les États arabo-musulmans (discrimination homme/femme, répression de l'apostasie envers l'islam). Récemment le chef de l'actuel État islamique/iste soudanais a indiqué vouloir établir la totale suprématie de la Charia après la scission probable du Sud Soudan. L'imam d'Al Azhar au Caire vient de protester contre "l'ingérence" du pape dans les affaires "intérieures" égyptiennes à propos du massacre des Coptes qu'il dit par ailleurs condamner : toutefois les manifestants coptes à sa sortie du siège de l'Église ont protesté contre sa venue tellement la tiédeur de l'État égyptien pour réprimer les actes anti-chrétiens est notoire. L'imam de la plus respectée au monde des universités musulmanes ne doit pas être un "représentant" ou un "grand leader" sans doute ...


La discussion

 Les 15 ans d'Assise : message de Jean-Paul II, de Scribe [2011-01-02 20:05:45]
      Ben alors, n'y-a-t-il pas un palolâtre de service, de Scribe [2011-01-02 22:11:35]
          Marthe et Marie, de Cachalot [2011-01-02 22:18:53]
          A mon avis ils sont KO, de Pellicanus [2011-01-02 23:02:10]
          Me voici !, de Paxtecum [2011-01-02 23:09:19]
              Lisez bien tout..., de azur [2011-01-02 23:25:31]
              Merci de votre lumière Paxtecum, de Armaguedon [2011-01-02 23:48:33]
          défense un peu, critique beaucoup, de Luc Perrin [2011-01-03 02:16:26]
              Clair et limpide, de Tibère [2011-01-03 08:35:22]
      Quitte à souligner..., de Effata [2011-01-03 00:22:28]
          Oui, enfin..., de Gentiloup [2011-01-03 00:41:28]
          attention : "dialogue oecuménique" PAS  [...], de Luc Perrin [2011-01-03 02:35:10]
              Question pour M. Perrin, de Alonié de Lestre [2011-01-03 05:28:57]
                  Réponse partielle, de Tibère [2011-01-03 08:41:20]
                  Oui M Perrin, de Aigle [2011-01-03 09:12:18]
                      les papes ne parlent pas avec ambiguïté mais, de jejomau [2011-01-03 14:43:44]
                          merci jejomau, de jean-marie dobrée [2011-01-03 17:07:21]
                              ne me remerciez pas mon Père, de Luc Perrin [2011-01-03 19:51:48]
                          hélas jejomau hélas ce message de 2001, de Luc Perrin [2011-01-03 19:42:03]
                              si ,si la géopolitique a son importance, de jejomau [2011-01-03 23:11:11]
                                  que de fils emmêlés..., de Luc Perrin [2011-01-04 01:47:47]
                      en rebondissant sur l'analyse d'Aigle, de Luc Perrin [2011-01-03 18:11:55]