Mais oui Stephdi, la "politique" sous toutes ses formes, même les moins nobles, cela existe aussi dans l'Église. Ne vous en déplaise : il suffit d'ouvrir une fois un livre d'histoire de ladite Église pour l'avoir découvert.
"L'Église sainte des pécheurs" disait Congar et la formule est excellente.
Sans être un pécheur, un membre de la hiérarchie peut se tromper en matière "politique" justement, un pape ne choisit pas forcément les collaborateurs les plus extraordinaires. C'est dur, je sais, mais cela s'appelle l'incarnation et la nature humaine.
Ainsi personne n'a jamais dit beaucoup de bien du cardinal Antonelli, le principal collaborateur du bienheureux Pie IX, au contraire même. Pourtant l'exemplarité chrétienne personnelle de ce pape était déjà admise par beaucoup de son vivant.
Célestin V n'avait aucun sens politique et c'est bien pour cela qu'il a démissionné ; Boniface VIII son terrible successeur était un politique mais pas un saint, loin de là.
Feu le cardinal Decourtray, de vénérée mémoire, avait dit à l'annonce de son cardinalat avec une malicieuse modestie : oh ce n'est pas pour moi mais à cause du siège de Lyon. Il avait pour partie raison.
Le portrait flatteur tout en étant caustique fait du cardinal Ravasi omet l'épisode de la préface au livre de J. Ratzinger-Benoît XVI où Son Eminence faisait dire au Pontife-auteur le contraire de sa pensée sur un point plus que chaud puisque directement lié à la crise moderniste.
Ce même portrait flatteur le montre en prélat "wojtylien" typique, très attentif à l'image, très orthodoxe sur les questions de morale mais penchant vers la conciliation avec la Modernité sur plusieurs dossiers intra-ecclésiaux ce qui le rapproche de l'actuel cardinal-archevêque de Milan.
Comme le relève Ennemond, rien n'impose le chapeau pour plusieurs chefs de dicastères : c'est un choix du pape. On peut à bon droit s'interroger sur ce choix, une "ascension" très rapide*, et tenter de l'expliquer du dehors, faute d'explications directes. C'est ce que font les analystes tous les jours dans tous les domaines. Pourquoi s'en indigner ?
* son prédécesseur Paul Poupard avait attendu 5 ans comme pro-président son chapeau rouge au Conseil pontifical pour les non-croyants.
Les considérations de relations personnelles jouent sûrement dans les promotions cardinalices, les choix institutionnels aussi mais les considérations politiques tant ad intra qu'ad extra y ont leur part.
Stephdi il n'y a aucun mal à faire de la politique, simplement il faut faire de la bonne politique... celle qui porte du fruit ou au moins évite des drames, des maux. C'est Pie XII lui-même qui se désolait d'avoir à Berlin Mgr Orsenigo comme nonce dont il pensait pis que pendre mais ne pouvait le changer du fait de la pression du régime nazi. To have the right man at the right place, c'est un adage qui vaut aussi pour l'Église, ne pensez-vous pas ?
Un "politique" n'est pas forcément un "politicaillon" - pourquoi user de ce mot péjoratif - mais il peut faire parfois des choix malheureux, souvent de bonne foi, cela arrive même aux meilleurs.
Un autre ex. le mandat du cardinal Hummes à la Congrégation du Clergé a-t-il été brillant ? Le cardinal brésilien ,à première vue et sous bénéfice d'une étude approfondie, a un bilan très maigre par comparaison avec ce qu'avait lancé et accompli son prédécesseur, le cardinal Castrillon Hoyos qui avait été très apprécié du jeune clergé, occidental au moins. Certes il n'a pas promu le mariage des prêtres comme il l'avait fait avant de venir à Rome : est-ce suffisant dans la situation présente de malaise du clergé ? Est-ce schismatique ou hérétique de penser qu'il n'était sans doute pas "the right man at the right place" et que l'actuel titulaire semble mieux préparé aux défis de la fonction ?
nota bene pour le P. Dobrée :
Oui, c'est un marronnier du F.C., mon Père, il y a des différences entre les évêques et les cardinaux. Les évêques et les cardinaux ne pensent pas tous pareils, ils ne portent pas tous les mêmes orientations doctrinales et pastorales, même s'ils ont tous soit la calotte violette soit la calotte rouge.
De même que sur le F.C. tous baptisés (sans doute) mais nous ne pensons pas tous pareils. ô surprise, le sacrement de l'ordre dans ses 3 degrés ne change rien à ce constat d'humanité. Les hommes d'Église ne sont pas des robots ou des clones, vous devriez vous en réjouir avec moi.
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