Cher Scrutator Sapientiae, c'est vraiment curieux (ou providentiel) que vous me posiez cette question car j'étais précisément en train de me la poser. On lit dans Gaudium et Spes 22 : "En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. (...) par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. " Cette affirmation viendrait du cardinal Wojtyla au concile et fut plus tard au centre de tout l'enseignement de Jean Paul II. Lorsque j'étais jeune, je pensais - comme d'autres tradis le pensent encore - que cette affirmation sent le soufre. Or je viens de lire dans le livre du Bienheureux Columba Marmion "Le Christ vie de l'âme" que cette union du Christ à l'humanité par l'Incarnation est le fondement même de la charité fraternelle, ce qui n'est pas rien ! Et Marmion est antérieur à toutes les cogitations de la nouvelle théologie, vous en conviendrez. Je le cite :
"Quand nous disons à Dieu que nous voulons l'aimer, Dieu nous demande d'abord d'accepter cette humanité unie personnellement à son Verbe: Hic est Filius meus... Ipsum audite. — Mais le Verbe en s'unissant la nature humaine, s'est, en principe, uni l'humanité tout entière d'une façon mystique : le Christ n'est que l'aîné d'une multitude de frères, que Dieu rend participants de sa nature et auxquels il veut faire partager sa vie divine, sa propre béatitude ; ils lui sont tellement unis que Nôtre-Seigneur lui-même déclare qu'ils sont comme des dieux, c'est-à-dire semblables à Dieu : Ego dixi, dii estis (1 Jn 10,34). Ils sont par la grâce ce que Jésus est par nature : les fils bien-aimés de Dieu. Nous touchons ici à la raison intime du précepte que Jésus appelle « son commandement », à la raison profonde pour laquelle son importance est si vitale : depuis l'Incarnation et par l'Incarnation, tous les hommes sont, en droit, sinon en fait, unis au Christ comme les membres sont unis à la tête dans un même corps ; seuls, les damnés sont retranchés pour toujours de cette union.
Il y a des âmes qui cherchent Dieu dans le Christ Jésus, qui acceptent l'humanité du Christ, mais qui s'arrêtent là. Cela ne suffit pas ; nous devons accepter l'Incarnation avec toutes les conséquences qu'elle impose; nous ne devons pas arrêter le don de nous-mêmes à l'humanité propre du Christ, mais retendre à son corps mystique. C'est pourquoi, ne l'oubliez jamais, car je touche ici à un point des plus importants de la vie surnaturelle, délaisser le moindre de nos frères, c'est délaisser le Christ lui-même ; soulager l'un d'eux, c'est soulager le Christ en personne. Quand on frappe l'un de vos membres, votre œil ou votre bras, c'est vous-même que l'on atteint ; de même, atteindre qui que ce soit de notre prochain, c'est atteindre l'un des membres du corps du Christ, c'est toucher Jésus lui-même. Et c'est pourquoi Notre-Seigneur nous a dit que « tout ce que nous faisons de bien ou de mal au plus petit de ses frères, c'est à lui-même que nous le faisons ». Notre-Seigneur est la vérité même ; il ne peut rien nous enseigner qui ne soit fondé sur une réalité surnaturelle. Or, en ceci, la réalité surnaturelle que nous fait découvrir la foi, c'est que le Verbe, en s'incarnant, s'est uni mystiquement l'humanité entière; ne pas accepter et ne pas aimer tous ceux qui appartiennent ou peuvent appartenir au Christ par la grâce, c'est ne pas accepter et ne pas aimer le Christ lui-même."
On touche ici au coeur du christianisme. Sinon, pourquoi aimer son prochain ?
Dieu est à fois l'autre et plus intime à moi-même. Le Dieu seulement autre, c'est celui des musulmans. Le Dieu des Juifs est des Chrétiens est omniprésent : méditez le psaume 139 (138).
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