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Evangélisation ou "Oecuménisation" : il faut se sauver du soldat Rahner. Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Evangélisation ou "Oecuménisation" : il faut se sauver du soldat Rahner.
Date : 2010-10-14 10:54:25

Bonjour à tous,

D'une part, j'ai bien conscience du fait qu'il s'agit davantage de dialogue inter-religieux que d'oecuménisme proprement, dit, mais l'expression "oecuménisation" est la seule qui m'est venue à l'esprit, pour désigner ce dont je vais essayer de parler ici.

D'autre part, l'idée de ce texte m'est venue quand j'ai appris, grâce au FC, la création du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation ; je me suis dit que cela serait peut-être, "une fois pour toutes", l'instrument et l'occasion propices à une clarification christianisatrice, et non seulement humanisatrice, de l'articulation devant et pouvant exister entre "le dialogue", qui devrait n'être qu'un moyen, au service de "l'annonce", qui devrait être la seule fin.

Enfin, je ne crois pas totalement inutile de préciser ou de rappeler ici quelle est la vision, plus philosophique que théologique, qui nuit le plus à la fécondité christianisatrice de la nouvelle évangélisation, laquelle devrait, en principe, avoir vocation à être entreprise au bénéfice et à destination des croyants non chrétiens et des non croyants, en les exhortant

- à l'abandon de ce qui fait obstacle, dans leurs pensées et dans leurs actions,

- à l'adhésion à ce qui est propice, dans leur esprit et dans leur vie,

à leur conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ.

Dans sa contribution pré-conciliaire de 1961, "Le Christianisme et les religions non chrétiennes", Karl RAHNER a présenté des thèses, sur le christianisme anonyme et sur la légitimité des religions thèses qui ont servi de base aux réflexions ultérieures, en vue d'une théologie des religions.

" 1) Le christianisme se comprend comme la religion absolue, destinée à tout homme et ne pouvant reconnaître à côté d'elle aucune autre religion comme également légitime.

2) Jusqu'à cet instant où l'Evangile pénètre effectivement dans la situation historique d'un homme concret, une religion non chrétienne (même en dehors de la religion mosaique) contient non seulement des éléments de connaissance naturelle de Dieu, mêlés à la dépravation du péché originel et de ses conséquences, mais aussi des éléments surnaturels, de par la grâce que Dieu accorde aux hommes par Jésus-Christ ; et par là, on peut la reconnaître comme une religion légitime, même si c'est à des degrés divers, et sans pour autant nier l'erreur et la dépravation qu'il y a en elle.

3) (Ainsi), le christianisme ne rencontre pas le membre d'une religion non chrétienne sans plus comme un non-chrétien, mais bien comme quelqu'un qui peut et doit d'ores et déjà être considéré de part en part comme un chrétien anonyme selon telle ou telle perspective.

4) (Eu égard à cette situation), l'Eglise aujourd'hui ne se considère pas tant comme la communauté exclusive des dépositaires du salut, mais plutôt comme l'avant-poste historiquement saisissable, comme l'expression historique et sociale de ce que le chrétien espère être donné, même en dehors de la visibilité de l'Eglise, comme une réalité cachée. "

(Manuel de théologie fondamentale de H. WALDENFELS, éditions du Cerf, collection Cogitatio Fidei, n° 159, pages 636 à 638)

N'étant pas l'un des sept nains, je ne serai donc pas grincheux, car l'annonce de la création de ce Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation est susceptible de constituer, en elle-même, un signal encourageant.

Mais encore faut-il mettre en retrait, voire en sommeil (quitte à le faire sans le dire), la conception "altérolâtrique" contemporaine du dialogue avec les religions non chrétiennes, conception qui constitue à mon sens un obstacle, une relativisation de l'ampleur et de la portée de l'explicitation de l'intégralité, de la radicalité et de la spécificité du christianisme catholique, alors que cette explicitation est la vocation, et non "une prétention", pour toute l'Eglise.

Comment s'effectuera "l'articulation opérationnelle" entre le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation ET le Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, l'un impulsant "l'annonce", l'autre incarnant "le dialogue" ?

Et surtout, une théologie "surnaturelle théologale" et non "immanentiste fraternitaire" du pluralisme religieux émergera-t-elle enfin, en ce début de XXI° siècle, au terme d'un demi-siècle d'expérience du Renouveau conciliaire, particulièrement difficile à subordonner, dans ce domaine comme dans d'autres, à une "herméneutique du renouveau dans la continuité" de la Tradition ?

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée à tous.

Scrutator.


La discussion

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          Cher Denis Sureau, de Jean-Paul PARFU [2010-10-14 17:15:48]
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