Mes précisions que vous apportez ici sont très intéressantes. Je ne puis que constater, encore une fois, la sagesse de l'Eglise.
Mais il y a des points sur lesquels j'ai quelques réserves.
A propos des effets juridiques de l'absence de mariage civil, ma pratique de la généalogie successorale, en particulier, me fait constater qu'avec l'évolution de la législation et de la réglementation française, ils sont de moins en moins nombreux et de plus en plus faciles à pallier, si on prend quelques précautions élémentaires. Tout d'abord, l'égalité des droits des enfants est acquise en matière successorale, à partir du moment où la filiation existe légalement. Certes, quand il y a un mariage civil, la filiation est automatique, tandis que dans le cas contraire elle ne l'est pas, du moins pour le père. Mais en faisant un peu attention à chaque naissance, il n'y a pas de problème : les démarches à accomplir sont tout de même assez simples, et les problèmes n'existent véritablement que quand les parents ne s'entendent pas. C'est du moins mon impression. Et j'ai le sentiment que les catholiques qui voudraient, quelle qu'en soit la raison, éviter le mariage civil, sont une petite minorité tout à fait capable de faire les démarches nécessaires et par définition fortement motivée pour les accomplir, qui en principe est constituée de gens assez raisonnables en la matière pour éviter des problèmes, lors des reconnaissances, qui risqueraient de nuire aux intérêts de l'enfant et de l'un des conjoints. Quant aux preuves légales du nombre et de l'identité des enfants, les familles de concubins civils ont elles aussi un livret de famille, qui suffit pour éviter de devoir faire appel à un généalogiste lors du règlement de la succession. Si ce livret de famille manque, on se retrouve dans le même cas que celui des enfants issus d'un couple marié civilement dont le livret de famille a été perdu : l'absence de mariage civil n'est donc pas un handicap en la matière.
J'ai donc tendance à penser que l'Eglise surestime fortement les inconvénients juridiques de l'absence de mariage civil.
Par ailleurs, vous écrivez à propos du refus de la précession, que "les seuls catholiques qui refusent la précession" sont pour vous "les catholiques anticoncordataires". Permettez-moi d'exprimer ici mon désaccord. Je connais au moins un couple marié, catholique, de personnes qui ne sont pas anticoncordataires mais qui auraient refusé la précession pour des raisons liées à leurs convictions profondes si, pour d'autres raisons (dans l'un des cas il s'agit des règles d'admission de l'Association d'entr'aide de la Noblesse Française), il n'avaient pas dû l'accepter à contrecoeur. Et j'ai de bonnes raisons de penser que leur cas n'est absolument pas isolé. D'ailleurs, mon père pense de même, et je sais que s'il devait se marier il ferait de son mieux pour ne pas avoir à se marier civilement. C'est pourquoi je crois que si la hiérarchie catholique ne pesait pas de tout son poids pour faire accepter la mariage civil préalable, une minorité notable de couples catholiques militants ne se marieraient que religieusement.
Vous ajoutez, à propos des "savants calculs" (pas si savants que cela : il s'agit de mathématiques élémentaires, du niveau de l'entrée en sixième ! ) qui permettrait au ministre assistant d'échapper à l'application de la loi, qu'ils "seraient condamnables sur le plan moral". Je comprends votre raisonnement mais je n'en suis pas si sûr. Ce n'est tout de même pas la loi française qui peut être LA norme pour définir ce qui est moral ou non, et contourner la loi n'est pas nécessairement immoral en soi ! Il y a des pays tout à fait recommandables, comme la Pologne actuelle, où ce délit tentant d'imposer cette précession n'existe pas, alors que le mariage civil existe bel et bien pour tous ceux qui le souhaitent et que lui seul a des effets civils. Cette façon de contourner la loi française permettrait d'obtenir les effets de la législation polonaise. Cette dernière serait-elle immorale ? N'est-ce pas plutôt l'existence même de ce délit, dans la loi française, qui serait discutable sur le plan moral ? C'est là une hypothèse que l'on ne peut écarter sans un minimum de réflexion préalable.
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