Chez Stéphane,
Vous découvrez les difficultés que la foi pose à un adulte : bienvenue dans le monde des grands !
Je pense que vous auriez tout intérêt à discuter oralement avec quelqu'un qui puisse répondre à vos questions : un prêtre, ou
quelqu'un en qui vous avez confiance.
Etudiant en théologie, je suis prêt si vous le souhaitez à discuter avec vous (j'habite Paris) : il vous suffit pour cela de demander à XA (agoramag@free.fr) de vous transmettre mon mail.
Je ne crois pas que la confession sacramentelle soit "bonne pour ce que vous avez" : la confession sert à confesser des péchés : se poser des questions et avoir le sentiment de ne plus rien comprendre n'est pas un péché : le fait que vous cherchiez une réponse ici montre que n'acceptez pas de ne pas comprendre ou de perdre la foi au premier doute que vous rencontrez. J'ai donc plutôt l'impression que vos dispositions d'esprit sont saines.
Ci-dessous, dans la mesure où cela peut répondre à vos questions, un texte sur la bible et la croyance en la résurrection que j'avais rédigé pour un lycéen qui cherchait des infos sur le christianisme. A lire à tête reposée.
Un dernier conseil : si, malgré le sentiment de perdre pieds, vous voulez rester croyant, si vous le pouvez en conscience, demandez à Dieu de vous éclairer.
Courage
Dominique Degoul
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ci-dessous l'exposé que j'avais écrit pour un autre lycéen.
Je procéderai en quatre temps :
- un rappel sur ce qu’est la Bible
- un rappel sur l’histoire de la croyance en la résurrection
- ce que je crois moi même, comme catholique, sur la résurrection
- l’incidence que cela a sur ma vie quotidienne
I. Petit rappel sur ce qu’est la Bible
« la Bible » n’est pas un ouvrage écrit d’un seul bloc. Elle est un recueil d’une soixantaine de livres, traditionnellement regroupés en 2 blocs :
A - l’ancien testament, appelé ainsi parce qu’antérieur au Christ (reconnu comme écritures saintes par les juifs et les chrétiens) : il comprend
1. la « torah » (loi, pour les juifs), en 5 livres : Genèse (le récit de la création et des origines), Exode (le récit de la sortie d’Egypte), Nombres, Lévitiques, Deutéronome (trois livres de récits et de lois religieuses morales et politiques)
2. les prophètes, essentiellement Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, plus une douzaine d’autres. Ces livres recueillent des oracles : face à une situation donnée, un prophète se lève pour parler au nom de Dieu en disant « dans ces événements là, voilà ce que Dieu en pense ». Les prophètes interviennent directement dans la vie politique ou sociale, pour demander le respect de la justice, déconseiller telle alliance politique, etc…
3. les « autres écrits », dont les psaumes (qui sont des prières adressées à Dieu), les livres de sagesse (qui disent au croyant comment se comporter, p. ex : livre des proverbes, livre de la Sagesse, Siracide), le cantique des cantique (un poème d’amour), le livre de Job (qui exprime la révolte contre Dieu d’un homme sur qui le malheur s’abat), des romans religieux (livre de Ruth, livre de Jonas), des livres historiques (livres des Maccabées)
L’ancien testament a été écrit sur une période très longue : probablement entre 800 av. JC pour les premiers livres connus (La première partie du livre d’Isaïe, le livre d’Osée) ; vers
120 avant JC pour les récents : soit une période de plus de 600 ans : la distance qui nous sépare de Jeanne d’Arc.
B – le Nouveau Testament, qui rassemble les écrits des apôtres (les premiers témoins du Christ) est constitué d’écrits rédigés entre 51 et environ 130 après JC : il contient les lettres de St Paul, qui sont les plus anciennes, qui donnent à la fois des éléments de doctrine et de morale aux communautés chrétiennes naissantes, les 4 évangiles (Mathieu, Marc, Luc, Jean), qui sont des récits de la vie de Jésus, de sa mort et de sa résurrection, des lettres attribuées à d’autres apôtres, (Jude, Jacques, Pierre, Jean), et l’apocalypse de Jean, un livre difficile à comprendre.
Pourquoi ce petit cours sur la Bible ? pour que vous compreniez que « la Bible » contient une grande diversité d’époques, de genres littéraires, et donc de croyances ; c’est comme si on trouvait rassemblé dans un même document le programme d’un parti politique du XIXème siècle, le code pénal, des poèmes d’amour de la Renaissance, des recettes de cuisine du moyen âge, un roman d’Agatha Christie, des contes de Perrault, un traité de philosophie grecque… mais, tous ces écrits parleraient, chacun à leur manière, de la relation entre Dieu et nous.
II. l’histoire de la croyance en la résurrection.
Elle se déroule en trois temps :
- avant le 2ème siècle avant Jésus Christ, il n’y a pas de croyance en la résurrection chez les juifs : les juifs croient que, quand quelqu’un meurt, il va « se coucher auprès de ses pères », c’est à dire dormir pour l’éternité dans un lieu qui s’appelle le shéol. Dans la mentalité de cette époque, Dieu récompense un juste en lui accordant une vie sur terre longue, prospère, et une descendance abondante. Certains psaumes (désolé, je n’ai pas de bible avec moi) sont les témoins de cette pensée : « l’ombre des morts se dresse t elle pour t’acclamer », dit un psaume… un autre « la vie d’un homme est comme l’herbe ; le nombre de nos années ? 80 pour les plus vigoureux » : il n’est pas là du tout question de vie après la mort.
- Au deuxième siècle avant Jésus Christ, après pas mal de péripéties politiques, la terre des juifs est sous contrôle grec : le roi grec Antiochus décide de supprimer le culte juif : une très grande révolte s’ensuit, pendant laquelle de nombreux hommes jeunes meurent à la guerre. La conception traditionnelle est alors remise en cause : comment se fait il que Dieu laisse mourir ces jeunes hommes alors qu’ils font une chose juste : défendre la foi ? C’est alors que vient l’idée que la rétribution des actes justes interviendra, non pas avant, mais après la mort : l’idée d’une résurrection des morts nait et se généralise à ce moment-là. On en trouve une trace très claire dans le livre de Daniel, quand une mère encourage ses fils à subir le martyr plutôt que de renoncer à leur foi, puisque Dieu les ressuscitera.
- Le troisième temps (uniquement pour les chrétiens) est l’événement de la mort et de la résurrection du Christ : pour les chrétiens, la résurrection des morts n’est pas seulement quelque chose qu’on espère, mais quelque chose que le Christ a déjà réalisé en mourant sur une croix et en ressuscitant des morts.
III. ce que je crois moi-même, comme catholique, sur la résurrection
A.Jésus Christ est vraiment ressuscité
La fête chrétienne la plus importante est celle de pâques : elle est celle où l’on fête Jésus Christ mort et ressuscité.
Dire que je crois à la résurrection, c’est d’abord dire que je crois que Jésus est ressuscité : cet homme a vraiment été tué ; et après sa mort il a été reconnu comme vraiment vivant. Et j’y crois.
Cela dit, les évangiles nous laissent sur notre faim si nous essayons de décrire précisément comment était Jésus après sa résurrection : on a souvent du mal à le reconnaître ; il mange, il boit, il se laisse toucher ; mais il apparaît et disparaît en passant à travers les murs… Autrement dit, c’est bien lui, mais il a changé. Un peu comme quelqu’un qu’on revoit après 30 ans d’absence.
Ce qui est important, c’est que pour un chrétien, la résurrection du Christ est le modèle de la résurrection de tous les hommes.
B. Résurrection de la chair
Le credo catholique dit « je crois à la résurrection de la chair ». Entendons nous bien : quand je mourrai, ma chair physique, les muscles, le sang, seront décomposés : les molécules qui me composent repartiront dans la nature et seront réincorporées dans un autre être vivant, animal ou végétal; les os se dessècheront, seront même probablement dispersés par un tremblement de terre dans quelques milliers d’années. Comme dit le livre de la genèse, « tu es poussière et tu retourneras en poussière ».
La résurrection n’est donc pas une reconstitution de cadavre. De ce point de vue, pour moi, il est indifférent qu’une personne soit enterrée ou incinérée après sa mort (je pense que c’est mieux d’enterrer pour que la famille ait un lieu où se recueillir ; mais pour celui qui est mort ça ne change rien) : quand une personne est morte, le corps qui reste est une dépouille sans vie, qu’il faut traiter avec respect, mais qui n’est plus la personne elle même.
Que veut dire alors « résurrection de la chair » ?
Il y a deux manières de décrire un objet : soit à partir de ce qui le constitue : (p. ex : des lunettes ce sont des morceaux de verre montés sur une armature en métal) ; soit à partir de ce à quoi il sert : (p. ex : des lunettes ça sert à corriger la vue de quelqu’un). La deuxième manière de décrire dit beaucoup plus de choses que la première.
En ce qui concerne notre corps, nous savons dire de quoi il est constitué (des atomes, regroupés dans des cellules, elles mêmes regroupées dans des organes) : mais à quoi sert il ?
J’ai tendance à dire que le corps est ce qui nous sert à entrer en relation avec le monde autour de nous et avec les autres. Les sens (vue, odorat, ouïe…) permettent de percevoir le monde ; mon visage, la langue que je parle, permettent d’exprimer des sentiments, des idées, d’entrer en relation avec les autres ; le corps peut même permettre une union physique très intime entre deux personnes.
Ce qui ressuscite, pour moi, ce n’est pas ce qui nous constitue (les atomes, etc…) : c’est la raison d’être de notre corps, c’est à dire sa capacité à entrer en relation avec les autres.
Autrement dit, lors de la résurrection, d’une manière que nous ne pouvons pas connaître, nous serons encore des personnes, ayant chacun notre capacité de relation propre ; nous saurons reconnaître ceux que nous avons aimés, de la même manière que les apôtres ont reconnu le Christ ressuscité ; et enfin, nous serons « auprès de Dieu », c’est à dire que, alors que ici nous ne pouvons que croire en lui, nous le verrons enfin tel qu’il est.
C. La résurrection est offerte à tous – le problème du jugement, de la rétribution, et de l’enfer
Comment aborder le problème du jugement ? Traditionnellement, on dit « si on est gentil on va au paradis, si on est méchant on va en enfer ». Le seul problème, c’est où faire passer la limite pour dire « celui là il a été assez gentil pour aller au paradis », « celui là il a été trop méchant, il va en enfer ».
J’aurais tendance à dire que chaque homme est pécheur : c’est à dire – et nous pouvons tous le constater – qu’il y a des moments dans lesquels nous n’agissons pas bien… ou au moins des moments où nous aurions très envie de mal agir, par paresse, par intérêt, par plaisir…
Jésus vient nous dire que nous sommes tous pécheurs : quand il dit « celui qui se met en colère contre son frère est déjà un meurtrier dans son coeur», il dit en fait « tous sont meurtriers » : car quel homme n’a pas, une fois dans sa vie, éprouvé de la colère contre un autre ?
Mais le fait que nous soyons pécheurs ne nous condamne pas : car Dieu désire « que tout homme soit sauvé » : c’est à dire que chacun puisse obtenir la vie éternelle (ressusciter) en ne gardant que les côtés positifs de sa personne, et en ne faisant plus le mal. Ca ne veut pas dire être dépersonnalisé : je suis persuadé que Jean Sébastien Bach continue à faire de la musique au paradis…
Le paradis, la résurrection, la vie éternelle, n’est donc pas pour moi la « récompense des gentils » : il est ce que Dieu offre à chaque homme.
Et l’enfer ? A mon sens, il existe, mais je ne sais pas s’il y a quelqu’un dedans. Nul ne saurait l’affirmer. Mais, parce que Dieu veut que ce qu’il nous donne soit accepté librement, il faut que nous puissions refuser (si nous sommes obligés d’accepter, nous ne sommes plus libres). L’enfer, c’est en quelque sorte le refus définitif et en toute connaissance de cause de ce que Dieu nous donne.
IV. L’incidence que cela a sur ma vie quotidienne
Vous me posez là une question personnelle, et donc difficile. La plus difficile, en fait.
J’ai envie de vous dire d’abord que le fait de croire à la résurrection est pour moi porteur d’une très grande espérance : celle de retrouver après ma mort ceux que j'ai connus et aimés.
Par ailleurs, le fait de croire que ma vie a un après a un effet bizarre : à la fois ça déculpabilise et ça responsabilise.
Ca déculpabilise parce que le but de ma vie est bien au delà de l’âge où je mourrai : même si ma vie ici n’est pas trop bien réussie sur cette terre, j’ai l’éternité pour y arriver.
Mais ça responsabilise aussi : les actes que je fais ne sont pas seulement pour maintenant, ils ont une valeur d’éternité : si je pose aujourd’hui un acte d’amour, de confiance, cet acte a une valeur éternelle ; si je pose un acte de défiance ou de haine, je commets quelque chose qu’il faudra que moi ou d’autres réparent.
Et puis j’ai le sentiment que l’éternité introduit un peu de gratuité dans ma vie : il y a des choses que je fais, ce n’est pas grave si elles n’ont pas d’efficacité immédiate. Les actes religieux (prier, aller à la messe) en font partie : en eux mêmes ils ne servent à rien ; mais ils signifient la présence dans ma vie de cette croyance que la vie que j’ai reçue dépasse le temps de vie ici.
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