Le père Garrigou-Lagrange est une référence en matière de thomisme ! C'est toute la différence avec de Lubac...Et si ce sont les supérieurs directs du théologien qui l'ont condamné, il n'y a là rien que de très normal ! Ils ont appliqué les conséquences pratiques de la condamnation doctrinale contenue dans Humani Generi en 1950.
Quand le pape Pie XII écrit :
"Enfin ils reprochent à cette philosophie de ne s'adresser qu'à l'intelligence dans le processus de la connaissance, puisqu'elle néglige, disent-ils, l'office de la volonté et celui des affections de l'âme. Or cela n'est pas vrai. Jamais la philosophie chrétienne n'a nié l'utilité et l'efficacité des bonnes dispositions de toute l'âme humaine pour connaître à fond et pour embrasser les vérités religieuses et morales ; bien mieux, elle a toujours professé que le défaut de ces dispositions peut être cause que l'intelligence, sous l'influence des passions et de la volonté mauvaise, s'obscurcisse à ce point qu'elle ne voit plus juste. Bien mieux encore, le Docteur commun estime que l'intelligence peut d'une certaine manière percevoir les biens supérieurs d'ordre moral soit naturel soit surnaturel, mais dans la mesure seulement où l'âme éprouve une certaine connaturalité affective avec ces mêmes biens, soit par nature, soit par don de grâce (10). Et l'on ne peut pas ne pas saisir l'intérêt du secours apporté par cette connaissance obscure aux recherches de notre esprit. Cependant autre chose est de reconnaître aux dispositions affectives de la volonté le pouvoir d'aider la raison à poursuivre une science plus certaine et plus ferme des choses ; et autre chose, ce que soutiennent ces novateurs, à savoir : attribuer aux facultés d'appétit et d'affection un certain pouvoir d'intuition et dire que l'homme, incapable de savoir par la raison et avec certitude la vérité qu'il doit embrasser, se tourne vers la volonté pour faire choix et décider librement entre des opinions erronées : n'est-ce pas là mêler indûment la connaissance et l'acte de la volonté ?"
C'est très exactement la théologie de Lubac qui est ici visée !
La condamnation de Lubac n'est donc pas la condamnation d'un supérieur trop zélé. Dans la revue Communio, en 1991, Mgr Henrici écrivait d'ailleurs :
On avait jusque-là pris à la légère la polémique contre cette théologie, comme s’il ne s’était agi que d’une querelle entre théologiens, mais elle acquérait désormais une pénible confirmation venue du sommet de la hiérarchie. Cette condamnation fut assortie de mesures complémentaires – telles un renforcement de la censure ou l’interdiction de certains enseignements -. Les interdictions frappant les enseignements et les livres (en particulier la disparition de certaines œuvres des bibliothèques des séminaires et l’interdiction des rééditions) étaient particulièrement à l’ordre du jour.
Votre interprétation est donc erronnée : la condamnation venait donc d'en haut et même du plus haut ! Et elle portait sur des points essentiels de la doctrine. Pie XII l'écrivait : Or tout cela s'oppose manifestement aux documents de Nos Prédécesseurs Léon XIII et Pie X et ne peut s'accorder avec les décrets du Concile du Vatican.
Le père de Lubac ne se soumet à rien, sauf aux mesures disciplinaires qu'il ne peut de toute façon éviter. Il ne change rien à sa théologie, même s'il s'en mordra les doigts plus tard, en constatant les désastres conciliaires.
Je ne fais pas d'amalgame ; je dis les faits. Il n'y a visiblement que vous qui ignorez les fréquentations modernistes du père de Lubac ! Chacun sait que si Lubac ne partageait pas toutes les vues de Teilhard, par exemple, il en soutenait une bonne partie et les échanges épistolaires et bienveillants entre les deux hommes furent nombreux. D'autre part, je vous signale que la revue Communio elle-même est une revue internationale fondée par trois pères jésuites : Hans Urs von Balthasar, Henri de Lubac et Jean Daniélou. C'est-à-dire trois théologiens progressistes, dont deux furent sanctionnés ; leurs livres mis à l'index et interdits d'enseignement. Ils furent ensuite soutenus par le théologien Ratzinger...qui ne s'en cache pas. Voici un extrait d'une conférence au congrès eucharistique italien, le 2 juin 2002 :
Lorsque, avec des amis - en particulier Henri de Lubac, Hans Urs von Balthasar, Louis Bouyer, Jorge Medina - j'eus l'idée de fonder une revue, dans laquelle nous avions l'intention d'approfondir et de développer l'héritage du Concile, nous nous mîmes à la recherche d'un nom qui puisse exprimer de la façon la plus complète, par un seul mot, l'intention de ce média. A ce propos, le fait que Hans Kung dans son livre "Structures de l'Eglise" crut avoir découvert une signification équivalente aux paroles "Ekklesia" (Eglise) et "Concilium" a pu jouer un rôle.
Belles fréquentations en vérité, lorsqu'on est parvenu à la tâche de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ! Ca fait frémir...
Il est intéressant de noter aussi que le directeur de la revue Communio en 1996 n'était autre que Mgr Henrici, à qui nous devons la célèbre phrase : " le Concile illustre au moins clairement l’affrontement de deux traditions différentes de la doctrine théologique, qui ne pouvaient, au fond, se comprendre mutuellement."
Venant du directeur de la revue de Lubac et fils spirituel d'icelui, vous nous permettrez de rire doucement lorsque vous prétendez que Lubac fut un philosophe thomiste ! le cal de Lubac est bien au contraire l'un des néo-théologiens responsables de la rupture de l'Eglise avec sa propre tradition thomiste.
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