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JUILLET 2003 A MARS 2011

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C'est encore sombre... Imprimer
Auteur : Athanasios D.
Sujet : C'est encore sombre...
Date : 2003-12-29 13:26:01

Non, il n'est pas facile à voir que cette "théologie condamnée" est celle du concile, argumentaire que vous ne produisez pas comme si cela devait se comprendre sans autre démonstration. Cela est un peu trop facile. Quant à moi, je vous apporte des solutions à vos objections au moyen de cet excellent article que vous pouvez lire EN CLIQUANT ICI et dont voici quelques extraits peu significatifs.

Ainsi, "Surnaturel" qui lui a valu sa condamnation en 1946, a été mis à jour pour mieux exprimer sa pensée. Et elle ne fut pas condamnée, bien plus fut-elle encensée. On se demande donc si sa condamnation a été formelle ou si ses supérieurs prirent les devants sur une monition qui n'est donc peut-être jamais venue de Rome, pensant qu'Humani generis faisait directement allusion à lui et bien que De Lubac prétendit ne pas être visé personnellement par cette Encyclique.

La compréhension de l’homme par lui-même est étroitement liée au mystère chrétien. En cela, la  condition humaine est paradoxale. Elle est, comme le dit Balthasar, « le paradoxe  de la créature spirituelle qui, dans sa nature la plus intime, est faite, au-delà d’elle-même, pour un but inaccessible par elle-même, que seule donne la grâce ». Comment l’homme peut-il être, dans sa nature même, disposé à l’ordre de la grâce qui le comble, sans que pourtant sa nature ne l’inclue ni ne l’exige ? Ce mystère du « surnaturel » a occupé la réflexion du Père de Lubac tout au long de sa vie ; il a fait l’objet de plusieurs de ses ouvrages, sans cesse repris, augmentés, étayés de citations nouvelles, de réponses à des critiques. Surnaturel, qui parut en 1946, rassemblait des travaux antérieurs assez disparates. Il souleva une tempête. Garrigou-Lagrange et de nombreux théologiens avec lui (« rationalistes de bas vol », dit le Père en son Mémoire, p.127) partirent en guerre contre cette « nouvelle théologie » ; et quand parut Humani Generis (1950), on voulut y voir la condamnation implicite de la thèse lubacienne (Le Père de Lubac a toujours maintenu que l’encyclique ne le concernait nullement.  Mémoire, 72). En 1965, il publia deux ouvrages – il les appelle « les deux jumeaux » - qui reprenaient Surnaturel en l’amplifiant : Augustinisme et théologie moderne et Le Mystère du surnaturel ; et plus tard, en 1980, Petite catéchèse sur la nature et la grâce. Conformément à sa méthode de fidélité à la tradition, de Lubac note que la théologie de son temps, qui se réclame de St Thomas, fausse en réalité sa pensée. Dans l’intention, très louable certes, de combattre le naturalisme de Baïus, pour qui la grâce est exigée comme un dû afin que l’homme mérite la vie éternelle, on en vient, avec Cajetan et Suarez, au seizième siècle, et jusqu’à nos jours, à concevoir une « nature pure » de la créature spirituelle, dotée d’une « fin purement naturelle », seul moyen pense-t-on de sauvegarder la gratuité de la grâce. A cette conception d’une séparation de la nature et du surnaturel, d’un « ordre » surnaturel surajouté, superposé (superadditus) à la nature (on parle même parfois de « surnature »), de Lubac s’est toujours vivement opposé.

L’être de l’homme est, dans sa nature même, orienté vers Dieu. Saint Thomas parle du « désir naturel de voir Dieu ». L’hypothèse de la « nature pure » est sans objet ; elle est, dit de Lubac, une « doublure » qui ne ferait que reculer le problème et il n’en est pas question chez St Thomas. « Toute intelligence, dit la Somme contre les gentils, désire naturellement la vision de la substance divine. Or un désir naturel ne peut pas être vain ». De même la Somme Théologique (Prima secundae, q.3, art.8) précise que l’homme désire naturellement la vision de Dieu, mais qu’il est incapable de s’y élever par lui-même ; seule la grâce de Dieu peut combler ce désir. Tel est le paradoxe thomiste, le paradoxe chrétien de l’homme, tel que de Lubac le retrouve, paradoxe présent aussi dans la grande tradition, tant grecque, chez Grégoire de Nysse, que latine, chez Augustin. Le désir de voir Dieu n’est pas une exigence de la créature. C’est Dieu qui l’a voulu pour elle et qui l’a déposé en elle ; l’appel de Dieu suscite le désir de l’homme. Ainsi étaient évités les deux dangers : faire du surnaturel un apport extérieur à la nature, surajouté, sans racines dans la nature (« extrinsécisme ») et, d’autre part, faire du don un dû, une exigence de nature, et par là rendre le surnaturel naturel. Revenons donc à St Thomas : l’âme humaine est, par nature, « capable » de grâce ; et la grâce   « parfait » la nature. Gilson approuva chaleureusement cette redécouverte de l’authentique pensée de St Thomas.  «  Le Mystère du surnaturel, que je viens de dévorer, est absolument parfait », écrit-il au P. de Lubac, le 21 juin 1965 (Mémoire, 126). Quant à Blondel, son souci constant de souligner les continuités sans pour autant confondre, de s’appuyer sur l’immanence tout en évitant « l’immanentisme », trouvait ici pleine satisfaction.




Mais l’épreuve n’allait pas tarder à venir. Son Surnaturel (1946) souleva de vives polémiques, on cria à la « théologie nouvelle ». Et quand l’encyclique Humani generis parut, en 1950, on ne douta plus qu’il ait été visé, lui et « l’école de Fourvière » (bien qu’il n’y eût pas en fait « d’école de Fourvière ». Ce fut un beau scandale, même parmi les siens. Le Père Général des Jésuites mit peut-être un peu trop d’empressement à sévir : de Lubac fut, avec cinq autres professeurs, interdit d’enseignement ; certains de ses livres furent retirés des bibliothèques des maisons de formation. Il quitta Lyon et s’exila à Paris. Avec douleur, mais dans la foi et l’obéissance. (« Jamais l’Eglise ne donne mieux Jésus-Christ que dans ces occasions qu’elle nous offre d’être configurés à la Passion ». Méditation sur l’Eglise). Le P. de Lubac se remit au travail sereinement. Il en sortit, entre autres, la belle Méditation sur l’Eglise (1953) et sa monumentale Exégèse médiévale en 4 tomes (1959-1964). La suspicion ne s’estompa que lentement. En 1958, il fut autorisé à reprendre ses cours sur le bouddhisme. En août 60, il fut nommé par Jean XXIII consulteur à la Commission théologique préparatoire du concile de Vatican II (« Je faisais surtout figure d’otage, parfois même d’accusé », écrit-il). La véritable réhabilitation fut sa nomination, par Paul VI, comme expert au Concile. Il fut alors très consulté. Il participa activement à la préparation et même à la rédaction des textes du Concile. Jean-Paul II le créa cardinal en 1983. Inquiet de certaines dérives de la théologie post-conciliaire et de la crise de l’Eglise dans le monde moderne, il publia une douzaine d’ouvrages, de Paradoxe et mystère de l’Eglise (1967) à Entretiens autour de Vatican II (1985), pour éclairer l’enseignement du Concile.




Au temps de la grande épreuve, provoquée par Surnaturel et Humani generis, le Père de Lubac publia Méditation sur l’Eglise. D’aucuns crurent que c’était, de la part du Père de Lubac, quelque chose comme une rétractation. En réalité, il s’agissait de conférences spirituelles données à une session de jeunes prêtres, en 1949. Le mystère de l’Eglise y apparaît au centre du mystère du salut. L’Eglise est éternelle et temporelle, divine et humaine, institutionnelle mais établie d’en-haut. L’Eglise fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Eglise. Elle est au milieu du monde, mais libre de toutes contraintes. Elle est le Sacrement de Jésus-Christ. Elle ne sera jamais dépassée. Elle ne peut se réduire au social, non plus qu’au charismatique.




En 1969 parut L’Eglise dans la crise actuelle. Devant une certaine confusion de l’après-concile, cette brochure se propose de réagir contre un certain état d’esprit « qui fait tout remettre en question à la fois par principe et en tout ordre, sans que rien ne soit vraiment étudié et discuté » (Mémoire, 134). « Je ne cède pas au pessimisme, écrit-il  (Mémoire, 150), je vois à l’œuvre bien des efforts d’authentique rénovation,… les signes d’espoir ne manquent pas… (Mais une certaine théologie post-conciliaire) s’écarte de plus en plus des normes de la foi catholique et des enseignements mêmes de Vatican II… Par elle, le concile est trahi… Elle soutient et accélère ce vaste phénomène…“ d’autodestruction ” de l’Eglise et “d’apostasie interne ”… Plusieurs sont portés à croire que j’exagère et que je me “ferme” en vieillissant »…




Le cardinal de Lubac a su attendre son heure dans la parfaite obéissance et l'amour de l'Eglise, et il lui fut rendu justice.
Doit-on continuer à poursuivre quelqu'un qui, mal compris et ayant précisé sa pensée, fut jugé irréprochable sur ce dont on le condamnait? Je pense que oui et honnêtement, je ne comprendrai pas qu'on continue à l'anathématiser aussi témérairement alors qu'il a prouvé qu'il était parfaitement catholique et au passage un excellent thomiste. A moins que Gilson ne soit qu'un sale "progro"?...

Si Mgr Lefebre a signé Lumen Gentium, il avait sans doute compris que la contribution du P. de Lubac fut suffisamment "traditionnelle" pour la signer. Prétendre ensuite la combattre parce que l'un des experts fut (trop rapidement) condamné en "oubliant" sa réhabilitation est un peu bancal et pas très... traditionnelle.

Athanasios



La discussion

 Méditation sur l'Eglise, de Bernard Joustrate [2003-12-29 10:09:25]
      Les cardinaux de l'Eglise conciliaire, de Justin Petipeu [2003-12-29 10:22:36]
          Eclairez-nous..., de Athanasios D. [2003-12-29 11:48:33]
              Eclairage, de Justin Petipeu [2003-12-29 12:22:44]
                  C'est encore sombre..., de Athanasios D. [2003-12-29 13:26:01]
                      Vous me permettrez de préférer, de Justin Petipeu [2003-12-29 14:10:45]
                          Bon,..., de Athanasios D. [2003-12-29 16:34:38]
                              C'est du révisionnisme !, de Justin Petipeu [2003-12-29 18:40:31]
                                  Vous n'avez manifestement..., de Athanasios D. [2003-12-29 21:20:04]
                                      Bien sûr, de Justin Petipeu [2003-12-29 21:48:55]
                                          J'ai déjà répondu..., de Athanasios D. [2003-12-29 21:56:58]
                                              Bien sûr..., de Justin Petipeu [2003-12-29 22:35:59]
                                                  Huhu ... -pdt-, de PGM [2003-12-30 05:08:32]
                                                  Ce n'est pas moi qui le dit™..., de Athanasios D. [2003-12-30 10:42:26]
                                                      la questionn n'est pas là, de blancdumidi [2003-12-30 12:20:19]
                                                          Et bien..., de Athanasios D. [2003-12-30 14:05:30]
                                                      malheureusement pour vous, Athanasios ..., de PGM [2003-12-30 17:03:50]
                                                          Comparer..., de Athanasios D. [2003-12-31 12:35:51]
                                      comparer le Padre Pio, de blancdumidi [2003-12-29 22:18:03]
                  J'oubliais..., de Athanasios D. [2003-12-29 14:03:06]