| Auteur : Ioannes |
| Sujet : Ce qui me gêne... |
| Date : 2003-05-14 10:22:27 |
Il n'est pas aisé de trouver, d'occasion, un missel (rituel, 'Liber usualis' ou autre) de 1960-2. La raison en est simple : la liturgie traditionnelle fut peu de temps après changée une nouvelle fois (1965), puis remplacée du tout au tout (1969). Par conséquent, peu de livres furent imprimés.
D'occasion, les missels d'avant 1962 dominent, quoique une nombre important d'entre eux contiennent la Semaine sainte dite de Pie XII desa années 50.
J'en viens à ce qui m'agace. Si l'on parcourt un ouvrage d'études liturgiques des années1940-60, on est frappé (du moins devrait-on l'être) par l'esprit cavalier et le positivisme qui s'y trouvent. L'esprit de tradition a fait place à un relativisme et à un bien triste goût des nouveautés. Activisme, didactivisme, anthropocentrisme, peur frénétique de ne pas être à la page, théories sociologiques déplacées, utilitarisme, superbe des experts, dédain du passé, obsession du Peuple Très-Souverain de Dieu, nouvelle théologie, nouvelle ecclésiologie, nouvelle conception de l'acte liturgique, préciosité janséniste, tout y est. Il est manifeste que l'esprit liturgique s'était perdu. Or, c'est de cet esprit que sont les rubriques de 1962.
Une des règles traditionnelles de conduite consiste en ne rien changer en périodes de trouble (a fortiori de crise au niveau des principes). Dans l'Eglise, et en liturgie surtout, ceci est plus important encore. Or, c'est tout le contraire qui fut fait.
L'ampleur des réformes liturgiques, ensuite, indique bien tout un esprit : le Magistère est maître et propriétaire absolu de la liturgie et il n'est pas de limite à son arbitraire. (Le cardinal Ratzinger, comme à son habitude, décrit très bien cette mentalité et la déplore sans se rendre compte combien ses propos le concernent aussi.) Je ne partage pas cette notion. Je rejette donc les réformes qui en sont issues.
Il faut également citer S. Thomas d'Aquin, lequel énonce une loi de psychologie humaine : tout changement de la Loi amène nécessairement un décroissement de l'autorité que les gens prêtent à la Loi. Une réforme doit donc comporter une amélioration proportionnelle au mal qu'elle engendre. Visiblement, notre époque se moque de la sagesse de l'aquinate sur ce point. Les réformes de l'Après-guerre furent toutes faites dans un tel esprit de dédain. 1962 en est l'aboutissement.
À mon avis, les rubriques de 1962, entérinant les réformes des années 50 et y rajoutant leur grain de sel, furent l'aboutissement d'une fabuleuse entreprise de déstabilisation des esprits : que les catholiques ne considérassent plus leur liturgie comme sacrée et intangible. Force est d'avouer que l'on y réussit fort bien. La voie était désormais ouverte à une refonte totale de la liturgie romaine. Aussi me déplaisent-elles, ces rubriques. À ce titre également.
Je me souviens d'un petit livret qui m'avait, à l´époque, beaucoup choqué : "Est-on en train de nous changer notre religion ?" d'un père jésuite. J'avais assez récemment découvert le mouvement traditionnel et très vite, avec passion, assimilé toutes ses théories et analyses. Or, rien ne m'avait le moins du monde préparé à ma découverte. En effet, ce livre, qui dresse une liste impressionnante de changements récents et témoigne des inquiétudes que ceux-ci suscitèrent (le titre en dit long - non ?), était de 1959, et selon les thèse prédominantes dans le monde tradi, cela était impossible, puisque tout était la faute du concile, de Paul VI et de ses réformes. J'en conclus que l'analyse tradie dans sa version dominante avait ses défauts, dont le simplisme. Il me semble aujourd'hui que je me trompais pas.
Voilà. J'espère avoir quelque peu élucidé le mystère...
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