Cher Nicoco,
Je ne sais si votre expérience de ceux que vous appellez "néo-anté-conciliaires" peut être généralisée.
En tout cas, je suis né après Vatican II et, toute ma jeunesse je n'ai connu que la messe en langue vernaculaire, qui ne m'a jamais vraiment intéressé, tout le contraire de la messe dite "tridentine" à laquelle j'assiste maintenant depuis trois ans. Maintenant que j'ai goûté de la messe dite "tridentine", je ne peux plus m'en passer et ne supporte plus la messe dite "post-conciliaire".
Est-ce un hasard ? Il est vrai que cette messes "post-conciliaire" est dans la (immense) majorité des cas bâclée. Même la messe d'ordination épiscopale à Bruxelles récemment était bâclée alors que quasi tous les Evêques de Belgique étaient présents ainsi que des centaines de Prêtres : pas de Kyrie ni de Gloria, pas de génuflexion, des personnes dans le choeur sans habit ad hoc, etc. Est-ce un hasard si les messes post-conciliaires sont bâclées et pas les messes dites tridentines ?
Je ne le pense pas, il doit y avoir plus qu'une simple question d'édition de Missel.
Quant au latin v. langue vernaculaire :
Bien sûr que le "peuple" doit comprendre ce qui se passe. Mais il existe des éditions bilingues latin-langue vernaculaire du Missel de 1962 tout comme du Graduel (mais, sauf erreur, cette dernière ne me semble pas réimprimé, c'est fort dommage). Ce que dit le célébrant et ce que chante la schola ou l'assemblée, on peut le suivre dans le missel avec la traduction si on ne maîtrise pas le latin.
Il me semble avoir lu, à propos, que lors de l'évangélisation des territoires romano-francs et germains, le latin n'était plus ou pas une langue vernaculaire (JUNGMANN, Missa Solemnia).
Quant au rite oriental, le slavon n'est pas non plus une langue vernaculaire, me semble-t-il, pas plus que l'hébreu, qui a été "réintroduit" comme langue vernaculaire par les Juifs d'aujourd'hui (mais là, vous êtes plus au courant que moi, qui suis peut-être mal renseigné).
D'ailleurs, quand vous allez écouter une oeuvre musicale chantée en italien, allemand ou anglais, vous acceptez sans problème qu'il ne soit pas traduit, et que le traduire équivaudrait à le trahir. Vous connaissez le texte ("und er weinte bitterlich" = "et il pleura amèrement", ce n'est pas très compliqué), ou vous le suivez dans votre programme bilingue. Quand j'entends une Passion de Bach, l'envie ne me prend pas non plus de la traduire : elle est très bien comme elle est... Mais dans le cadre de la Semaine Sainte, elle n'est pas appropriée, je préfère, c'est comme ça, le récit de la Passion chanté selon le Graduel "1962".
Je veux bien comprendre que certains préfèrent une liturgie en langue vernaculaire, mais je refuse que l'on refuse à d'autres le droit de célébrer en latin :
1. je n'en ai jamais vue qui soit aussi belle et efficace que la liturgie latine
2. j'ai des objections historiques et théoriques outre celles formulées plus haut, je renvoie ici à http://www.petrusbruderschaft.de/html/kultsprache.html (si vous ne lisez pas l'allemand, je tenterai de vous en faire un petit résumé), et à une récente allocution du Pape Jean-Paul II suite au 40-ième anniversaire de Veterum Sapientia (http://www.unavoce.org/news/2002/pope_on_latin.html).
Si le "peuple" ne prend pas la peine de comprendre la signification des mots latins (et pour un francophone, ce n'est pas du chinois, tout de même), en prendra-t-il pour chercher la signification au-delà des mots, exercice bien plus "difficile" ?
Je pense qu'il n'est pas le rôle de l'Eglise d'"être de son temps" au sens de "suivre la mode" : la mode des idées, des styles vestimentaires, de la langue vernaculaire aussi. "La mode, c'est ce qui se démode", ai-je lu qqe part, or l'Eglise ne peut se démoder. Je pense que l'usage du latin lui confère cette intemporalité, qui lui donne également son universalisme dans le temps et dans l'espace.