Tout à fait d'accord avec vous, sauf que ma réserve à l'égard de Maritain ne visait pas à prendre parti dans une querelle de symboles à angles droits délimité par 1926, dont "les traditionalistes étroits" doivent nécessairement faire les frais. En bon suisse décallé (c'est mon nom) l'AF ne me passionne pas tellement.
Maritain me déplait pour certaines choses fort décevantes - et avec le recul franchement "à côté" (cette censure, certes anecdotique, mais aussi sa vision de la liturgie terriblement nocive et protestantisante) - au milieu de choses fort enthousiasmantes que j'en ai lues, non pour la vie et les combats qu'il auraient menés "pour la liberté" comme disent les romantiques, contre les étroitesses.
De fait, lorsqu'on évoque ces dialectiques (argument favori des "libérateurs" de tout poil reconnaissons-le, mais aussi de peu de poids) ne grossit-on pas à son avantage "l'étroitesse" des adversaires: un certain catholicisme, une certaine histoire, un certain pharisaïsme, pour mieux s'exalter soi-même et verser dans un pharisaïsme tout aussi étroit bien que plus chatoyant : "je vous rends grâce Seigneur de ce que je ne suis pas comme ce pharisien" (la version moderne remplace "publicain" par "pharisien", cela fait beaucoup mieux mais cela revient exactement au même)? On exalte alors les héros qui nous auraient enfin délivrés du catholicisme clérical et par là-même qui ont ouvert un avenir prometteur fondé sur la découverte de l'intelligence? Cette promesse est aujourd'hui épanouie: et le catholicisme est désormais libre, ayant de larges vues... au point de faire sans état d'âme, tant notre histoire a été mentie, le sacrifice de lui-même.
En regard de cela, la caricature dont le milieu traditionaliste est aujourd'hui l'objet sous la plume de ceux qui ont droit à la parole et qui façonne la pensée (les media et "les intellectuels" notamment), n'est certainement pas le fruit d'une stratégie différente et nouvelle. Il me semble que considérer les traditionalistes comme un milieu frileux et clérical, c'est entrer soi-même dans une vue bien étroite et complaisante qui relève de la non-connaissance de la rélalité de ce milieu: c'est prendre très exactement le feu pour la glace. Lorsqu'on est capable de sacrer 4 évêques sans l'accord de l'autorité ecclésiale en invoquant à cet égard le droit de nécessité et la grande liberté (le devoir) de la vérité catholique, il me semble que l'on ne manque pas de liberté, de grandeur et de largesse d'esprit... et de Foi en l'Eglise, précisément.
Oui vous avez raison lorsque vous dites : "Les traditionalistes n'ont-ils pas tout à gagner de s'inspirer de cet effort contre soi ?" - et j'ajouterais que c'est même exactement cela, qui les caractérise, en dépit de l'exemple (ou du contre-exemple peu importe!) de Jacques Maritain, qui, s'il devait être exhumé pour crystalliser ces faux combats - je vous rejoins pleinement! - ne mériterait pas tellement que l'on en parle.
Quels exemples alors à la grande liberté des enfants de Dieu ? Il me semble que les grands ennemis des étroitesses de toute sorte, des caricatures, des scléroses, des crispations, sont tout simplement les saints, plus encore que les intellectuels, eux qui ne l'ont pas su (contrairement aux intellectuels) et qui au jugement dernier s'étonneront: "quand Seigneur nous avons-vous vu avoir faim, soif, nu, en prison... - des types du genre le curé de Lumbres ou le curé d'ars, que Bernanos vénérait, autant qu'il se défiait viscéralement du produit de son talent de "littérateur".
Bien cordialement
In Christo
Bertrand Décaillet