Vous êtes un peu raide. Personnellement j'aurais tendance à dire que si les vociférations (est-ce le mot?) de Bernanos ne font pas rire, faute de jouer du registre - comme le fait si bien L. Bloy (mais certainement lui-même ne riait guère en vociférant, et encore moins ne jouait...) - n'est-ce pas en raison même d'un travail extrêmement ascétique sur le style et partant le refus catégorique de la surenchère. Bernanos épure la phrase jusqu'à la limite du possible, jusqu'à ce qu'elle trouve son parfait équilibre entre la parole et le silence - pas un mot de trop: et c'est déjà trop, en raison même du surnaturel qu'il pointe! A ce titre, je parlerais volontiers d'un style classique et absolument lumineux, le tout habillant une pensée sinueuse et quelquefois obscure, voire laborieuse (en travail) et toujours au bord du silence, car au bord du Mystère. Et justement, je me souviens d'avoir lu un texte (du journal?) où il compare l'écriture à "la besogne" (et son étymologie) à laquelle il faut s'astreindre... Bernanos conçoit le travail d'écriture comme un sacerdoce, avec toute la part sacrificielle et l'ascèse que cela suppose. Il n'aime pas écrire, et a horreur de "la littérature"; et le mot n'est pas artifice ici, il rejoint son dégoût à l'égard du style claudélien par exemple et de "la sainteté héroïque", voire romanesque.
Oui pour la Joie ! et j'ajouterais, puisque cette arborescence part de considérations politiques, que le Bernanos essayiste n'a certainement pas la valeur et l'intéret du "littérateur". M'est avis que cet écrivain n'a pas encore tout dit...
Autre chose. Je m'étais amusé, en son temps, à relever tous les passages censurés de Sous le Soleil de Satan, premier roman de GB, éditée (et élagué pour des raisons théologiques - tiens, tiens!) par Jacques Maritain, le premier éditeur de Bernanos. Ma conclusion avait été que Maritain aurait censuré saint Jean de la Croix, s'il avait eu à l'éditer!
Heureusement, à l'époque de la réforme du Carmel, l'Esprit-Saint tenait encore Maritain hors d'état de nuire... Et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.
In Christo
Bertrand Décaillet