Bonsoir Ennemond,
Sans qu'il s'agisse pour moi de m'exprimer à la place de ceux qui se garderont bien de répondre, voici quelques objections probables, en provenance des catholiques humanitaristes, compte tenu de leurs arguments habituels ; je vous les livre à toutes fins utiles.
1. Premièrement, ils vous diront sans doute ceci : eux aussi serons avec les victimes en Irak, au Pakistan, priant avec elles et pour elles.
2. Mais ils le seront depuis Assise, avec les victimes chrétiennes des intégristes islamistes, mais aussi avec les victimes musulmanes des chrétiens extrémistes, ces victimes musulmanes étant innombrables, comme chacun le sait, en Irak, au Pakistan, au Proche Orient, au Moyen Orient, en Asie centrale, etc...
3. Ils seront donc en communion avec toutes les victimes de toutes les violences commises, au non de telle ou telle religion, par des croyants contre d'autres croyants, même quand il s'agit de violences chrétiennes, de coupables chrétiens, et de victimes non chrétiennes, imaginaires ou minoritaires (je n'ai pas dis excusables ni négligeables).
4. Ils vous diront sans doute aussi que leur pacifisme inter-religieux est à la fois plus catholique, car plus universel, et plus authentiquement évangélique, car plus confiant en tout homme, plus ouvert sur tout homme, plus protecteur et plus respectueux de tout croyant et de toute croyance.
A partir de là, je partage avec vous les réflexions suivantes :
A. Pourquoi sont-ils insensibles aux arguments objectifs ? A mon sens, Parce qu'ils entendent être jugés, non sur les résultats de leur pastorale, qui pasteurise le christianisme, et qui le rend inoffensif, mais sur leurs intentions fraternitaristes et humanitaristes.
B. A mes yeux, ce sont des victimes consentantes, qui consentent à la perpétuation, en elles et autour d'elles, de la confusion, intra ou para conciliaire, entre christianisme catholique et angélisme irénique et utopique.
C. Vous verrez qu'un jour prochain on nous dira que c'est parce que quelques catholiques croient "encore" que la seule vraie religion a été révélée par Jésus-Christ, que les non chrétiens que sont les musulmans, victimes d'une telle provocation, sont obligés de contre-attaquer, de se défendre comme ils peuvent, y compris en recourant à la violence, au contact de notre arrogance conquérante et dominatrice, inacceptable et intolérante.
D. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde il est victime, les chrétiens d'Orient étant victimes, non des musulmans, mais des islamistes, et les islamistes étant victimes, non du Coran, non de l'Islam, mais des Américains et des Israéliens, de l'Europe qui soutient Washington et Tel Aviv, et des catholiques traditionalistes, pas assez, ou pas du tout, humanitaristes.
E. Il n'y a que ceux, croyants ou non, qui font remarquer que la victime qui tue sera toujours moins "victime" que la victime qu'elle tue, qui sont coupables, coupables de dire la vérité, sans "charité", au lieu de taire la vérité, par "charité".
F. Et puis surtout, le plus important : de même que les raisons pour lesquelles on se fait la guerre, aujourd'hui, dans le monde, ne sont pas avant tout ou seulement religieuses, de même, les moyens par lesquels on doit et on peut essayer de construire la paix, de nos jours, sur la terre, ne sont pas avant tout ou seulement spirituels.
Les mêmes qui salueront, le moment venu, la journée inter-religieuse de prière pour la paix, sans que ce salut leur coûte grand chose, seraient-ils ou seront-ils d'accord pour une année inter-étatique d'action pour la paix, qui risque fort de leur coûter bien plus ?
Bonne soirée.
Scrutator. |