Il faudrait, dans ce cas, réduire les ordres religieux à un seul, unifier les spiritualités, revenir sur l'existence des 22 rites de l'Eglise catholique... Je ne vous fais pas ce grief, Nemo, mais les traditionalistes tendent à oublier que l'unité ne sera JAMAIS l'uniformité. Et que si elle le devenait, ce serait un terreau idéal pour le modernisme.
Il y a certainement des différences entre un catholique qui se sanctifie et un catholique qui ne se sanctifie pas ou entre un catholique qui essaye d'être fidèle à l'Eglise et un catholique qui croit en la réincarnation, mais elle me paraît plus ténue entre un catholique qui estime la récitation du Confiteor avant la communion nécessaire et celui qui professe le contraire. Il y a diversité et diversité. Et si l'Eglise cessait d'être un lieu où le débat cessait d'exister, ce serait bien la preuve que l'Eglise imite ce monde marqué par une certaine uniformité.
De même, il y a des aberrations dans l'Eglise actuelle, surtout en raison de théories funestes, hérétiques, mais la théologie a aussi fait preuve de diversité. Jamais l'Eglise n'a tenu pour condamnable la thèse scottiste selon laquelle, même sans le péché originel, l'Incarnation aurait eu lieu... Et pourtant, par rapport à Saint Thomas d'Aquin, c'est peut-être une grande différence. Le thomisme comme ligne unitaire ? Je doute que l'on y arrive, car la théologie catholique n'a jamais pu être accaparée par une seule école.
La messe à la carte ? Je crains que ce ne soit déjà le cas, en raison des aspects dispersifs de bien de célébrations. Si les célébrations selon le NOM étaient "rationnalisées", ce serait déjà un grand progrès... Car, je préfère encore une diversité entre un VOM dans la plus fidèle observance au Missel de 1962 et un NOM "vomisé" (offertoire modifié) dans une optique vétéroformaliste qu'une diversité entre des messes tridentines et des messes yé-yé où le célébrant n'en fait qu'à sa tête. Ce serait déjà une manière de réduire les différences. Mais l'on en est loin. Quelle diversité voulons-nous ? Telle est la véritable question. Il y a une diversité mondaine qui s'appelle la confusion et qui, paradoxalement, uniformise (il n'y a pas plus cacophonique que l'homogène); cet aspect n'a jamais été assez souligné, y compris par les traditionalistes. Il y a une diversité catholique qui commence tout simplement par la Trinité (si on excluait tout mystère, pourquoi ne pas revenir sur le dogme de la Triinité, ce serait plus simple). Si l'on peut faire un reproche à la réforme liturgique, c'est bien d'avoir institué l'uniformité, en cassant au passage bien des usages locaux.
Vous avez raison de refuser la situation anglicane qui est une caricature de la diversité, mais réduire le Catholicisme a une sorte de soupe uniforme un peu comme la société rêvée par Jules Ferry, non merci !
Des milliers de variantes de messe ? Euh... Pourquoi pas ? Si cela se fait par le haut. La France d'avant le 19ème siècle connaissait des rites locaux qui disparurent à la fin de ce siècle. Il ne me semble pas que la France s'en soit portée si mal. Cela n'empêchait pas à la structure de la messe d'être la même (globalement, même canon romain, etc.) et que la différence entre les cérémonies était moindre que celle d'aujourd'hui. En s'uniformisant, l'Eglise ne tend elle pas à imiter le monde présent ?
Bref, je préfère terminer par cette jolie citation de Pascal: "La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie."
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