…à propos des prétendues oppositions entre l'Ecriture Sainte et les sciences expérimentales :
On ne lit pas dans l'Evangile que le Seigneur ait dit : Je vous envoie le Paraclet pour vous enseigner les mouvements du soleil et de la lune. Il voulait faire des chrétiens, non des mathématiciens.
(Cont. Felic. Manich., I, 10)
Je ne crois pas plus que vous, cher Monsieur l'Abbé, que Galilée ait été un martyr de la science face à l’obscurantisme de l’Eglise.
Mais est-ce vraiment pour avoir voulu imposer sa théorie comme étant « d’Eglise » que Galilée fut condamné ? J'en étais convaincu comme vous jusqu'au jour où j'ai lu que, dans sa
Lettre à la Grande-Duchesse Christina, le savant réclamait seulement pour la science la liberté d'atteindre son but par ses propres méthodes expérimentales : « La Bible n'a pas été écrite pour nous enseigner l'astronomie », y faisait-il remarquer après saint Augustin, citant encore ce bon mot qu'il attribuait au cardinal Baronius : « L'intention du Saint-Esprit n'est pas de nous montrer comment vont les cieux, mais comment on va au ciel ».
A tous ceux, dont le saint cardinal Robert Bellarmin, qui lui rappelaient que le Concile de Trente défendait d'interpréter l'Ecriture d'une manière contraire à l'opinion commune des Pères de l'Eglise, Galilée répondait :
Autant que j’en puisse juger, tout ce qui est défendu est de la pervertir dans un sens contraire à ce que la sainte Eglise ou le consentement unanime des Pères enseignent, en matière de foi et de morale. Mais la mobilité ou la stabilité de la terre ne sont nullement une affaire de foi ni contraire à la morale.
Dans sa biographie de saint Robert, le Père James Brodrick montre bien que l'affaire Galilée est plus complexe qu'il n'y paraît. Pour vous permettre d'en juger, je pourrais encore vous citer une lettre adressée par le saint au carme Foscarini, défenseur de Galilée :
Je vous rappelle, en second lieu, que le Concile défend d’interpréter l’Écriture contre le sentiment commun des saints Pères, et si vous voulez lire, je ne dis pas seulement les saints Pères, mais les commentaires modernes sur la Genèse, les Psaumes, l’Ecclésiaste et Josué, vous trouverez qu’ils s’accordent tous à expliquer, selon la lettre, que le soleil est dans le ciel et tourne autour de la terre avec une extrême vitesse, que la terre est très éloignée du ciel et reste immobile au centre du monde. Considérez maintenant, dans votre prudence, si l’Eglise peut tolérer qu’on donne aux Ecritures un sens contraire aux saints Pères et à tous les interprètes grecs et latins. On ne peut pas répondre que ce n’est pas une matière de foi, parce que, si cette matière n’est pas de foi ex parte objecti, elle l’est ex parte dicentis ; de même, ce serait une hérésie d’affirmer qu’Abraham n’a pas eu deux fils et Jacob douze, ou que le Christ n’est pas né de la Vierge Marie, parce que l’Esprit-Saint a dit l’un et l’autre par la bouche des prophètes et des apôtres.
Incontestablement, le Saint-Office a suivi à l'époque l'opinion de saint Robert, comme en témoigne le protocole de la réunion du 3 mars 1616 :
Le Seigneur cardinal Bellarmin ayant affirmé que Galileo Galilei, le mathématicien, avait, selon les instructions de la Sacrée Congrégation, été prié d’abandonner l’opinion qu’il tenait jusque-là, sur le soleil, centre de l’univers, et le mouvement de la terre, et y ayant consenti ; le Décret de la Congrégation ayant été enregistré, par lequel étaient suspendus et prohibés les écrits de Nicolas Copernic De revolutionibus orbium caelestium, de Diego di Zuniga sur le livre de Job, et de Paolo Antonio Foscarini, carme, — Sa Sainteté a ordonné que cet édit de suspense et de défense soit publié par le Maître du Sacré Palais.
V.